Séverin Cécile ABEGA : Les Bimanes rend hommage au courage des gagne-petit

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Dans une interview accordée à Patrimoine il y a quelques années, il situait le contexte d'écriture de cette œuvre et sa portée pour la jeunesse.




Au moment où vous écriviez Les Bimanes pensiez - vous à la jeunesse ?
Non, je pensais aux travailleurs manuels. A l'époque, Jean-Pierre Ngonda, Dave K. Moktoï, Kumé Talé, Le trio X Y Z (Tadié, Bill Kom Lobo, Emile Abessolo), François Bingono Bingono, et moi, menions une réflexion sur le fait que les Camerounais se préoccupaient plus de tous les grands sujets à thématique politique comme l'Apartheid, la libération des colonies portugaises d'Afrique, le problème palestinien. On s'intéressait donc à autre chose pour ne pas parler de la réalité camerounaise. Sur le plan national, c'était la pensée unique et c'était dangereux de parler du Cameroun. Il y avait donc un malaise et j'ai décidé de dissiper ce malaise à mon niveau en décidant de parler du Cameroun et des problèmes qui se posent à nous notamment la désarticulation entre la classe des nantis et le petit peuple. Les Bimanes rend hommage au courage des gagnes- petit et à leur humilité.

Quel est votre message à la jeunesse ?
Premièrement, les humbles, le petit peuple fait partie de notre identité et c'est grâce à eux que les puissants sont là. Un peuple a aussi besoin de bras, en plus de la tête. Nous admirons les concepteurs des pyramides égyptiennes mais ces concepts seraient restés de simples croquis sur du papier s'il n'y avait eu le tailleur des pierres pour sortir de la roche un bloc équarri et s'il n'y avait eu personne pour monter ces blocs en forme de pyramide, on n'aurait jamais eu toutes ces merveilles ! Deuxièmement, la coupure qui a tendance à s'installer entre les travailleurs manuels et les autres classes peut être l'une des vraies causes de notre sous-développement dans la mesure où il existe une désarticulation, un vide dans toutes les économies du Tiers-Monde. Nous avons un secteur primaire et un secteur tertiaire mais il nous manque des fabriques. Donc aux efforts du paysan, il faut ajouter l'effort de l'ouvrier.

Angeline Solange BONONO in Patrimoine n° 42, octobre 2003.
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