L’encyclopédie de l’assiko assure

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Dans diverses manifestations publiques de Douala, le groupe de danse exhibe avec brio le rythme du peuple bassa.
Monique Ngo Mayag stagiaire)





Une bouteille de bière en équilibre sur la tête, ou simplement une table entre les dents, le tout supporté par des reins et des pieds en perpétuels mouvements. Les danseurs d’assiko ne reculent devant rien pour rendre leur spectacle captivant. "Tout cela ne relève pas de la magie", déclare Sylvie Bikoko, la fille du bien connu musicien Jean Bikoko Aladin. Le fruit de bitter kola, qu’elle tient entre sa main étant, selon elle, le seul stimulant qu’elle prend pour être en forme sur scène.

Danseuse depuis l’âge de douze ans, Sylvie Bikoko, 31 ans, dit avoir la danse dans le sang. Elle intègre "L’encyclopédie de l’assiko" en 2003, date de la formation du groupe par un certain Olivier de Clovis. D’après Sylvie Bikoko, toute la technique de la danse de l’assiko réside d’abord, dans l’art de nouer le pagne autour des reins. A cet effet, on reconnaît un vrai danseur d’assiko par sa façon de nouer le pagne. Pour cela, il faudrait au moins 6,5 yards de pagne, explique-t-elle. Si Sylvie Bikoko est devenue une valeur sûre dans les prestations scéniques de la troupe, elle doit cependant rivaliser d’adresse avec ses autres camarades, notamment onze danseurs et un groupe de musiciens composé de deux percussionnistes, deux balafongistes et un pianiste.

Le groupe de danseurs ne comporte pas seulement ses membres issus de la tribu bassa. Des ethnies d’horizons divers y sont en effet présentes. Et sur scène, bassa, béti, bamilékés…, se côtoient pour attirer l’attention des "faroteurs", ces spectateurs qui n’hésitent pas à délier le cordon de leur bourse pour encourager les danseurs. En dehors des cabarets, la troupe se produit lors des célébrations de mariages, de funérailles, des deuils et autres manifestations populaires. La facture, pour avoir "L’encyclopédie" à sa fête, se chiffre à partir de 50.000 Fcfa représentant les frais de déplacement de ce groupe de danse.

"Certains pensent que c’est trop demander, mais nous prenons beaucoup de risques pour faire un vrai spectacle d’assiko", déclare Sylvie. Cette dernière mentionne notamment que le danseur peut perdre ses dents en voulant porter une lourde table avec sa bouche. De plus, en essayant de maintenir en équilibre une bouteille de bière sur la tête, le récipient peut glisser et blesser son porteur. Elle note également les cas de blessures dans l’exécution des pas de danse. "Mais tout cela n’a pas d’importance, nous aimons cette danse et nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes pour la valoriser", tranche t-elle
A propos de valorisation, la danseuse se plaint que rien n’est fait du côté des acteurs culturels pour organiser des festivals d’assiko ou, tout simplement, pour inciter les jeunes à s’initier à cette danse. Pour sa part, elle avoue vivre pour et par la danse. "La danse m’a tout donné" dit-elle. Nostalgique, elle confie par ailleurs qu’elle a rencontré son époux à la sortie d’un spectacle d’assiko...
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