Patrice Ndedi Penda, Le char des dieux, Editions CLE, 3ème : Transparency national :

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Une pièce à l'écriture vive et militante en faveur d'une Afrique spoliée, tant par des étrangers que par ses élites.





Sept personnages, une foule. L'histoire d'un royaume convoité par les puissances occidentales, représentées par des consuls et gouverneurs. Dans ce royaume fier des exploits de ses guerriers, des richesses énormes provoquent des rivalités entre lesdites puissances. Et ces rivalités entre puissances divisent l'élite gouvernante : il y a les pro Allemands et les pro Anglais, etc.. Au sommet, le roi voit son prince héritier, éduqué et formé au métier des arts en Allemagne, s'assimiler à ses anciens maîtres au point de commander ses troupes dans la langue de Goethe. Cette ambiance de convoitise, de perte de repères, de rivalités occidentales et de conflits internes à la cour, débouche sur la prise du pouvoir par le chef des guerriers, poussé par le consul anglais. C'est un coup d'État au cours duquel le roi est tué, tandis que l'héritier est assassiné par le représentant de la Couronne. Le nouveau roi liquide certains ennemis, soumet ou corrompt d'autres. Et le peuple se met à ses pieds.

Le nouveau chef du royaume affiche les contradictions de tout putschiste africain. Il annule un traité accordant des avantages exorbitants à l'Allemagne ainsi que l'idée d'exproprier les populations indigènes au profit d'une nouvelle colonie allemande, mais il a à peine pris le pouvoir qu'il a cédé tout le royaume aux Anglais, dont il se dit l'ami. La foule, comme toutes les foules, ne se pose aucune question : manipulée, contrainte ou naïve, elle acclame le nouveau roi et puis se tait. C'est ainsi " Le char des dieux " de Patrice Ndedi Penda.
Mbimbia, le théâtre de ces événements, pourrait tout aussi être n'importe quel pays d'Afrique, d'hier ou d'aujourd'hui. Car à côté de l'influence occidentale, les intrigues de palais et les convoitises de toutes sortes, il règne dans ce royaume, le phénomène de la corruption, symbolisé par le contrôleur du trésor. Frère du roi, il n'hésite cependant pas à céder aux offres mirobolantes des Occidentaux qui veulent contrôler les biens du royaume; à la mort de son frère, il retourne la veste au profit du putschiste qui l'élève à la diginité de "contrôleur général du trésor, Pair du royaume et confident particulier du roi".

La pièce de Ndedi Penda, rééditée aux éditions Clé, dédiée cette fois-ci à Thomas Sankara, décrit notre Afrique dans sa naïveté. L'action, qu'elle se situe à une époque de rois dans les brousses, ne s'éloigne cependant pas de la vie actuelle de nos États en prise à une mondialisation assimilatrice, dévoreuse des faibles, à la corruption immonde des élites, à la nonchalance des peuples, etc.
Le char des dieux , à n'en pas douter, est une œuvre de maître. Écriture classique pour un découpage atypique cependant, avec un seul acte (en fait un tableau en un seul lieu mais sans la même unité au niveau du temps) et 5 scènes au rythme soutenu. Une écriture qui ne donne même plus de liberté à l'autre auteur, le metteur en scène, tellement les didascalies sont abondantes et précises. Auteur et metteur en scène, Patrice Ndedi Penda livre, avec Le char des dieux, un spectacle clé en mains.

Cette réédition subit également la forte personnalité de l'auteur qui y introduit une conclusion. En fait un discours qui relate son combat contre la corruption et la domination occidentale, qui l'a amené à affronter les personnes influentes du régime politique de son pays. Il relate ainsi avec douleur, la disparition de son journal, Galaxie, qu'un ponte du pouvoir de Yaoundé a contraint à la faillite lorsque ses manœuvres de détournement ont été dévoilées. Alors, il finit par un souhait : "mon ultime espoir est de voir la jeunesse africaine se mobiliser, et particulièrement la jeunesse camerounaise, pour une société meilleure où l'égalité des chances sera ouverte à tous et le pouvoir aux mains des hommes intègres, compétents, intelligents, imaginatifs et de haute moralité".

* Journaliste et comédien
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