La première édition du festival de hip hop de Yaoundé s’est achevée dimanche.
Jules Romuald Nkonlak
C’est sûr qu’il y avait des couleurs au Camp Aes Sonel à Essos en fin de semaine dernière. Malgré la nuit et la pluie de ce vendredi 15 juin 2007, il était tout de même possible de remarquer le rouge, le jaune, le vert et le bleu des graffitis qui ont envahi tout un mur, juste en face du complexe abritant la première édition du festival Couleurs urbaines à Yaoundé. Possible également de remarquer, à l’intérieur du complexe, les tenues extravagantes et colorées des jeunes gens, qui constituent l’essentiel du public. Il est 20h passées et dans une petite salle, on joue des coudes pour admirer les danseurs de hip hop qui rivalisent d’adresse sur une piste improvisée.
A l’extérieur, le podium qui a été installé pour le festival est fin prêt. Tout en couleurs lui aussi. Quelques minutes plus tard, pour compléter l’expression consacrée, il sera également pourvu en sons, pour le premier concert de la première édition du festival international de rap organisé au Cameroun. Le public n’est pas bien nombreux, ce qui peut s’expliquer par la pluie qui s’est abattue sur les lieux un peu plus tôt. Mais les quelques personnes présentes, visiblement passionnées de hip hop, essaient de faire foule et d’accompagner leurs idoles. Ils reprendront en chœur les refrains d’un jeune groupe venu de Garoua, accompagneront One Love dans ses histoires de quartier, sautilleront avec No Name et ses tubes en anglais, se passionneront pour le rap militant et engagé de Valsero. Un public maigre, mais du bruit, des sons… et des couleurs.
RancœurLe cocktail aura pourtant du mal à se reconstituer pour la deuxième journée, où la verve des rappeurs va d’abord se faire entendre en dehors de la scène. Les propriétaires du matériel de sonorisation loué par l’organisation demandent à être payés en entier. Devant un autre maigre public, sidéré. Dj Bilik, l’un des doyens de la scène rap au Cameroun, s’enflamme et peste contre ce député, propriétaire dudit matériel, qui s’oppose à l’éclosion de la jeunesse. Quelqu’un reprend le célèbre refrain de Valsero tant applaudi la veille : "Ce pays tue les jeunes !"
Il faudra l’intervention magnanime d’un spectateur, qui payera de sa poche une partie de la somme exigée, pour que l’épouse du "député" permette enfin que le spectacle commence. Il est plus de 23h et il fait froid. Les artistes monteront quand même sur scène, malgré la déception et la rancœur vis-à-vis du partenaire en matière de sono. Thierry Olemba, Koppo, Le Bronz, Ak Sang Grave et les autres font le show. Le public apprécie. Hans Mbong, le directeur du festival, est soucieux.
Il le sera un peu moins dimanche 17 juin, jour de la clôture de l’événement. La finale de battle (danse hip hop) est particulièrement disputée, le public est passionné, quoique le choix du jury en faveur du groupe X-Trailer P. en décevra une bonne partie. Mais personne ne regrette les prouesses des danseurs sur la piste, les acrobaties et les pirouettes effectuées… Pour calmer les passions et adoucir les mœurs, on se replonge dans la musique. Au point de ne pas voir le temps passer. Hans Mbong a retrouvé le sourire et pense qu’il a tenu le pari de lancer son festival de musique et de danse urbaines.
Tout ce que le Cameroun compte comme grandes figures du rap est au rendez-vous : Krotal (parrain de cette première édition), Koppo, Sultan Oshimin, Ak Sang Grave, X-Maleya, C-minaire, etc. Il y a également des invités d’ailleurs, du Gabon notamment. Pour un spectacle haut en couleurs, au cours duquel le public n’a perdu ni la voix, ni le rythme. Et a gardé, jusqu’au petit matin, des réminiscences de ces trois jours de spectacles, où l’on parlait camfranglais, s’habillait bizarre, dansait brutalement, et disait crûment des choses, comme ça ne se fait pas tous les jours. Les couleurs urbaines ? Certains parleraient de couleurs jeunes. Et le jeune festival de rap et de hip hop de Yaoundé est né. Il ne lui reste plus qu’à grandir…