{"id":11582,"date":"2024-06-14T11:53:14","date_gmt":"2024-06-14T09:53:14","guid":{"rendered":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/?p=11582"},"modified":"2024-07-02T07:52:24","modified_gmt":"2024-07-02T05:52:24","slug":"les-sawa-et-la-langue-duala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/les-sawa-et-la-langue-duala\/","title":{"rendered":"LES SAWA ET LA LANGUE DUALA"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Sawa constituent un regroupement d\u2019ethnies bantoues \u00e9tablies en bordure de l\u2019oc\u00e9an Atlantique et dans le littoral camerounais. L\u2019ensemble pr\u00e9sente moins une harmonie sociologique et linguistique qu\u2019une sorte de compatibilit\u00e9 g\u00e9ographique en manque d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Le c\u0153ur de cet ensemble bat dans l&rsquo;influente ville porti\u00e8re de Douala.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La langue duala est surtout parl\u00e9e dans les anciens villages indig\u00e8nes, devenus des quartiers francophones de la plus grande agglom\u00e9ration urbaine du Cameroun (Bonapriso, Bonassama, Bonaberi, Bonendale, Bonanjo&#8230;), et dans une fraction notable du Sud-Ouest anglophone du pays (1). Dialecte pr\u00e9sum\u00e9 authentique de l\u2019ethnie qui porte le m\u00eame nom, le duala ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la \u00ab langue-m\u00e8re \u00bb des Sawa, puisqu\u2019il existe moult autres dialectes autochtones \u00e0 proximit\u00e9 de l&rsquo;imposant estuaire camerounais, qui est r\u00e9guli\u00e8rement aliment\u00e9 par les fleuves navigables Wouri, Mungo et Dibamba. De fait, tous les c\u00f4tiers peuvent se r\u00e9clamer Sawa, mais tous les Sawa ne sont pas Duala.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Langue v\u00e9hiculaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est cependant admis que le duala repr\u00e9sente la langue v\u00e9hiculaire d&rsquo;une partie non n\u00e9gligeable de la communaut\u00e9 Sawa. Il y a au moins trois raisons qui expliquent l\u2019attractivit\u00e9 historique de cette langue par rapport aux dialectes environnants : la position pr\u00e9dominante de l&rsquo;escale maritime de Douala, plut\u00f4t propice aux \u00e9changes avec d&rsquo;autres peuples ; le r\u00f4le privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019interm\u00e9diation qu&rsquo;ont manifestement jou\u00e9 les chefferies c\u00f4ti\u00e8res, entre les commer\u00e7ants europ\u00e9ens et les ethnies de l\u2019arri\u00e8re-pays ; l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation chr\u00e9tienne, facilit\u00e9e jadis par l&rsquo;unique langue exploitable dans le chef-lieu pr\u00e9-colonial du Cameroun (2).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, le duala fut l\u2019un des premiers dialectes \u00e9crits au XIXe si\u00e8cle par des missionnaires. Parmi les c\u00e9l\u00e8bres pasteurs venus en pr\u00e9lude \u00e0 la colonisation, il y a lieu de citer le baptiste britannique Alfred Saker, l\u2019esclave affranchi jama\u00efcain Joseph Merrick et le protestant suisse Carl Meinhof (3). Plusieurs ethnies Sawa, \u00e0 l\u2019instar des Malimba, des Bassa, des Bakoko, des Bakossi, des Batanga, des Bakweri, des Bodiman, des Ewodi ou des Pongo, se sont convertis au christianisme et ont peu ou prou adopt\u00e9 la langue liturgique duala au XXe si\u00e8cle, en \u00e9migrant parfois en masse vers ce qui allait devenir une m\u00e9tropole encombr\u00e9e et tentaculaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extension de la langue duala<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est notamment \u00e0 un polyglotte protestant de bonne heure et ir\u00e9nique sur le tard, Isaac Moum\u00e9 Etia, premier \u00e9crivain camerounais multilingue, qu&rsquo;est due l\u2019extension de la langue duala (4). N\u00e9 \u00e0 Ewodi en 1889, dans le Nkam, il \u00e9pouse, en 1913, la princesse Christine Mouna Nton\u00e8 Ekwalla Eyoum de la Chefferie sup\u00e9rieure de De\u00efdo. L\u2019auteur autodidacte va alors s\u2019atteler \u00e0 r\u00e9diger, dans les ann\u00e9es 1920, apr\u00e8s une carri\u00e8re administrative allemande, puis bri\u00e8vement britannique, des manuels d\u2019apprentissage du duala qu\u2019il avait lui-m\u00eame appris \u00e0 neuf ans, dans le village de Yassa, tout pr\u00e8s de Japoma, sous la vigoureuse impulsion de sa m\u00e8re Sik\u00e8 Mouanjo Moudourou et de son oncle cat\u00e9chiste Elem\u00e8 Mouanjo Moudourou (5).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premiers manuels d\u2019apprentissage du duala, langue qui avait finalement r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 d&rsquo;autres dialectes de la communaut\u00e9 Sawa, contenaient le lexique des mots d\u2019usage et des paroles bibliques, susceptibles de favoriser, disait-il, \u00ab l\u2019int\u00e9gration linguistique des ethnies sous administration coloniale \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, Isaac Moum\u00e9 \u00c9tia n\u2019\u00e9crivait pas seulement le duala, mais \u00e9galement l\u2019allemand, l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, l\u2019espagnol, le bassa, le bulu, le fang, l&rsquo;ewondo, le bamoun et le nufi (6).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Administration fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le partage du Cameroun entre la France et le Royaume-Uni, sous le mandat de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, il va successivement besogner comme auxiliaire et fonctionnaire de l\u2019Administration fran\u00e7aise dans les localit\u00e9s de Yabassi, de Yaound\u00e9, de Douala, de Kribi, de Dschang, de Bafang, de Bafoussam et de Foumban, parfois avec des va-et-vient entre les circonscriptions territoriales (7).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nonobstant une \u00e9puisante exp\u00e9rience d\u2019accompagnement colonial et une mise en retraite forc\u00e9e en 1935, suite \u00e0 son refus de formuler l\u2019acte d\u2019accusation visant \u00e0 destituer le sultan Ibrahim Njoya (8), il persistera dans sa vocation d\u2019\u00e9crivain et laissera \u00e0 sa mort, en 1939, une abondante bibliographie parsem\u00e9e de po\u00e9sies, de fables, d\u2019essais ethnographiques, d\u2019ouvrages historiques et de manuels d\u2019enseignement linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Multiples publications<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre ses multiples publications, se distinguent les titres suivants : \u00ab La langue de Douala (Cameroun) par vous-m\u00eame \u00bb, \u00ab Les m\u0153urs et les coutumes chez les grassfields \u00bb, \u00ab Le Cameroun avant, pendant et apr\u00e8s la guerre de 1914 \u00bb, &nbsp;le \u00ab Manuel de conversation de la langue Grassfield \u00bb, &nbsp;\u00ab La langue boulou \u00bb, \u00ab&nbsp;<em>Conversation grammar english and Duala&nbsp;<\/em>\u00bb, \u00ab Les Fables de Douala\u2026 en deux langues : Fran\u00e7ais et Douala \u00bb, \u00ab Dictionnaire du langage franco-douala contenant tous les mots usuels \u00bb (9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;honorable \u00ab Chevalier de l\u2019Ordre universel du M\u00e9rite humain \u00bb (1929) et \u00ab Chevalier de l\u2019Ordre de l\u2019\u00c9toile noire \u00bb (1936), \u00ab Officier d\u2019acad\u00e9mie \u00bb fran\u00e7aise (1939) et \u00e9crivain \u00e9clectique indig\u00e8ne (10), a \u0153uvr\u00e9 de mani\u00e8re in\u00e9dite aussi bien dans la propagation r\u00e9gionale de ce que certains appellent abusivement \u00ab langue originelle commune des Sawa \u00bb (11) que dans le cadre de l\u2019acquisition allochtone de divers dialectes camerounais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alain Boutat<br>\u00c9pid\u00e9miologiste,<br>\u00c9conomiste et Politiste&nbsp;<br>Lausanne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(1) Georges Dougueli. \u00ab Cameroun : les Sawas, petit peuple, grande aura \u00bb,&nbsp;<em>Jeune Afrique,\u200e<\/em>&nbsp;4 avril 2018.<br>(2) Ren\u00e9 Gouellain.&nbsp;<em>Douala : ville et histoire,<\/em>&nbsp;Institut d\u2019ethnologie, Paris, 1975.<br>(3) Patrice Ekwe Silo Edimo. \u00ab La renaissance du peuple Sawa \u00bb,&nbsp;<em>Camerbe,<\/em>&nbsp;30 juin 2017.<br>(4) G\u00e9n\u00e9alogie Sawa. \u00ab Fiche individuelle Christine Mouna Ntone Ekwalla \u00bb,&nbsp;<em>Heredis Online,<\/em>&nbsp;14 avril 2020.<br>(5) L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia.&nbsp;<em>Deux Camerounais : Lotin \u00e0 Same, Isaac Moum\u00e9 Etia,<\/em>&nbsp;Douala, SN, 1970.<br>(6) Robert Cornevin.&nbsp;<em>Litt\u00e9ratures d&rsquo;Afrique noire de langue fran\u00e7aise,<\/em>&nbsp;Paris, Presses Universitaires de France, 1976.<br>(7) Emmanuel Chia, Joseph Che Suh, Alexandre Ndeffo Tene.&nbsp;<em>Perspectives on Translation and Interpretation in Cameroon,<\/em>&nbsp;Michigan State Press University Press, 2009.<br>(8) L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia.&nbsp;<em>Cameroun : Les ann\u00e9es ardentes : aux origines de la vie syndicale et politique,<\/em>&nbsp;Paris, Jeune Afrique Livres, 1er janvier 1990.<br>(9) Emmanuel Chia, Joseph Che Suh et Alexandre Ndeffo Tene.&nbsp;<em>Liste des \u0152uvres posthumes d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia,<\/em>&nbsp;African Books Collective, 2009.<br>(10) L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia, Abel Moum\u00e9 Etia.&nbsp;<em>Notice biographique d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia, premier \u00e9crivain Camerounais,<\/em>&nbsp;Douala, Imprimerie catholique, 1940.<br>(11) Isaac Moum\u00e9 Etia. \u00ab Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas \u00bb,&nbsp;<em>La Gazette du Cameroun,&nbsp;<\/em>1920.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Sawa constituent un regroupement d\u2019ethnies bantoues \u00e9tablies en bordure de l\u2019oc\u00e9an Atlantique et dans le littoral camerounais. 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