{"id":11961,"date":"2024-06-20T16:11:46","date_gmt":"2024-06-20T14:11:46","guid":{"rendered":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/?p=11961"},"modified":"2024-06-25T06:16:34","modified_gmt":"2024-06-25T04:16:34","slug":"isaac-moume-etia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/isaac-moume-etia\/","title":{"rendered":"Isaac Moum\u00e9 Etia"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia, n\u00e9 le 8 ao\u00fbt 1889 \u00e0 De\u00efdo (Cameroun allemand) et mort le 22 octobre 1939 est un \u00e9crivain, interpr\u00e8te, po\u00e8te, essayiste, fabuliste, linguiste et haut fonctionnaire camerounais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est le premier \u00e9crivain camerounais d&rsquo;expression fran\u00e7aise, le premier po\u00e8te camerounais, le premier haut fonctionnaire camerounais, le premier Africain dans l\u2019Empire colonial fran\u00e7ais \u00e0 avoir remplac\u00e9 un administrateur des Colonies \u00e0 la direction d&rsquo;une subdivision administrative, et le premier camerounais \u00e0 recevoir les Palmes acad\u00e9miques fran\u00e7aises (Officier d&rsquo;acad\u00e9mie) en 1936.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia parlait et \u00e9crivait le fran\u00e7ais, l\u2019allemand, l\u2019anglais, l\u2019espagnol et des langues camerounaises telles que le douala (sa langue maternelle), le bassa, le boulu, le fang, l&rsquo;ewondo, le nufi et le bamoun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crivain-interpr\u00e8te principal charg\u00e9 des affaires indig\u00e8nes sous l\u2019Administration allemande, anglaise puis fran\u00e7aise, il \u00e9crit pour la premi\u00e8re fois en langue fran\u00e7aise en 1920. Ses \u00e9crits sont diffus\u00e9s d\u00e8s 1922, dans la Gazette du Cameroun, \u00e0 la rubrique \u00ab Litt\u00e9rature et Traditions orales \u00bb, et \u00e9dit\u00e9s \u00e0 partir de 1927. En 1920, en Afrique noire, il y a quelques publications en langues locales,arabe, allemande ou anglaise, mais pas en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour de ses obs\u00e8ques, le 22 octobre 1939, une journ\u00e9e de deuil est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00e0 Douala par l&rsquo;Administration fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Biographie<\/strong><br><strong>Origines et jeunesse (1889 &#8211; 1905)<\/strong><br>La famille Moum\u00e9 Etia est une famille aristocrate et protestante11, issue de la noblesse de Douala et de l\u2019\u00e9lite intellectuelle du Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia est n\u00e9 le 8 ao\u00fbt 1889 \u00e0 19h00 \u00e0 Ewodi, dans le Nkam, o\u00f9 sa maman se trouvait en voyage. Mais son acte de naissance est enregistr\u00e9 \u00e0 De\u00efdo-Douala, lieu de r\u00e9sidence de ses parents. Il est mort le 22 octobre 1939, \u00e0 son domicile de Bonat\u00e9ki, De\u00efdo \u00e0 Douala.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"220\" height=\"309\" src=\"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Isaac_Moume_Etia_son_epouse_la_Princesse_Christine_et_leur_fils_cadet_Abel_Moume_Etia.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11963\" srcset=\"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Isaac_Moume_Etia_son_epouse_la_Princesse_Christine_et_leur_fils_cadet_Abel_Moume_Etia.jpg 220w, https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Isaac_Moume_Etia_son_epouse_la_Princesse_Christine_et_leur_fils_cadet_Abel_Moume_Etia-214x300.jpg 214w\" sizes=\"(max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Isaac Moum\u00e9 Etia, son \u00e9pouse la Princesse Christine et leur fils cadet, Abel Moum\u00e9 Etia en 1927.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br>Isaac Moum\u00e9 Etia est le fils d\u2019Abraham Etia Tanga Ebel\u00e8 de Bonatanga, Bonat\u00e9ki, De\u00efdo, Douala et de Sik\u00e8 Mouanjo Moudourou Ebel\u00e8 de Bonamoudourou, De\u00efdo, Douala. Il est mari\u00e9 \u00e0 Christine Mouna Nton\u00e8 Ekwalla Eyoum Ebel\u00e8, princesse de la Chefferie sup\u00e9rieure de De\u00efdo23, fille du prince Nton\u00e8 Ekwalla Eyoum Ebel\u00e8, petite-fille du prince Fritz Ekwalla Eyoum Ebel\u00e8, Chef sup\u00e9rieur de De\u00efdo de 1876 \u00e0 1877 et arri\u00e8re petite-fille de Deido Ier Eyum Ebele Charley DIDO, Roi de Bonebela de 1804 \u00e0 1876. Deux enfants sont issus de cette union : L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia et Abel Moum\u00e9 Etia.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son p\u00e8re Abraham Etia Tanga Ebel\u00e8 est un commer\u00e7ant qui d\u00e9tenait plusieurs points de vente et sillonnait toutes les c\u00f4tes du littoral, approvisionnant aussi bien la ville de Douala que les localit\u00e9s d&rsquo;Ewodi, Pongo et Ab\u00f4, en produits divers : huile de palme, cacao, caf\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ravitaillait \u00e9galement les Occidentaux. Cette activit\u00e9 commerciale, devenue prosp\u00e8re, lui permet d\u2019assurer le bien-\u00eatre de sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia est inscrit \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 5 ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole allemande officielle Mittelschule. Mais il s\u2019ennuie dans cette prestigieuse \u00e9cole europ\u00e9enne qu\u2019il abandonne et demande la permission \u00e0 son p\u00e8re de rester \u00e0 la maison, pour se consacrer \u00e0 l&rsquo;apprentissage du douala, sa langue maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1895, Isaac Moum\u00e9 Etia est conduit par sa m\u00e8re, chez son oncle maternel, Richard Dikoum\u00e8 Dikongu\u00e8 de Bonamoudourou qui dirige l\u2019\u00e9cole du gouvernement, afin qu\u2019il y soit admis comme interne. En 1897, le fr\u00e8re de sa maman, Elem\u00e8 Mouanjo Moudourou Ebel\u00e8 envoy\u00e9 par la Mission protestante de B\u00e2le comme moniteur-cat\u00e9chiste, l\u2019emm\u00e8ne avec lui dans un petit village appel\u00e9 Yassa, pr\u00e8s de Japoma, o\u00f9 il devait exercer ses fonctions. L\u00e0-bas, il apprend \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire en douala. De retour un an plus tard, il est baptis\u00e9 protestant \u00e0 Bonat\u00e9ki en 1898 et continue ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale de De\u00efdo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1900, ses parents l\u2019inscrivent \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole officielle qui, \u00e0 cette \u00e9poque, se situe \u00e0 Bonanjo dans le canton Bell, et est dirig\u00e9e par l&rsquo;instituteur Frantz Sengat Kouo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait notamment comme condisciples Ebongu\u00e8 Akwa (prince h\u00e9ritier des Akwa), Fernand Etingu\u00e8l\u00e8 Meetom, Ejangu\u00e8 Disonguo, Koloto Nkebe, To\u00ef Ngonton, Kouo Mbon\u00e8\u2026 Il termine ses \u00e9tudes, le 31 mars 1905.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Carri\u00e8re administrative (1905 &#8211; 1939)<br>Au sein de l&rsquo;Administration allemande<\/strong><br>Apr\u00e8s avoir obtenu le classement no 1 \u00e0 sa sortie de l\u2019\u00e9cole, la carri\u00e8re administrative d\u2019Isaac Moum\u00e9 Etia d\u00e9bute avec son int\u00e9gration au sein de l\u2019Administration allemande11, le 18 avril 1905, comme \u00e9crivain-interpr\u00e8te et responsable de la collecte des imp\u00f4ts au service des finances publiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour son premier poste, il est affect\u00e9 au Besirksamt (Bureau du district) \u00e0 Douala. Une position qui pr\u00e9sente bien des avantages, dans la mesure o\u00f9 il est l\u2019un des interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s de l&rsquo;Administration allemande et l\u2019interface avec la population.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1908, il est appel\u00e9 \u00e0 offrir ses services au si\u00e8ge du gouvernement allemand \u00e0 Bu\u00e9a, jusqu&rsquo;en 1911. \u00c0 sa demande, il revient \u00e0 Douala, en juillet 1911 et y travaille jusqu\u2019en 1914.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1913, il \u00e9pouse Christine Mouna Nton\u00e8 Ekwalla Eyoum Ebel\u00e8, princesse de la Chefferie sup\u00e9rieure de De\u00efdo, le 2 mars au temple protestant de Bonat\u00e9ki et le 25 novembre \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil, le mariage religieux \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque exig\u00e9 pour la validit\u00e9 du mariage civil. Son premier enfant, L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia, est n\u00e9 le 22 d\u00e9cembre 1913.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1914, le gouvernement allemand propose son nom pour diriger un Besirksamt (Bureau de district). Malheureusement, la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e9clate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au sein de l&rsquo;Administration britannique<\/strong><br>Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le Cameroun est occup\u00e9 par les Britanniques, les Fran\u00e7ais et les Belges. Le pays est ensuite confi\u00e9 \u00e0 la France et au Royaume-Uni en 1922, sous le mandat de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Britanniques d\u00e9coupent administrativement leur territoire en deux r\u00e9gions, le Northern Cameroons et le Southern Cameroons, qui sont administr\u00e9es sous le r\u00e9gime de l&rsquo;indirect rule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les autorit\u00e9s autochtones administrent les populations locales selon leurs coutumes, sauf lorsque \u00ab celles-ci sont en contradiction avec les principes de la civilisation britannique \u00bb et les autorit\u00e9s britanniques, quant \u00e0 elles, d\u00e9terminent les grandes orientations et en laissent la mise en \u0153uvre aux autorit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 sa connaissance des \u00e9l\u00e9ments politiques, administratifs et sociaux de son pays, Isaac Moum\u00e9 Etia est engag\u00e9 par les Anglais au m\u00eame titre qu\u2019il l\u2019avait \u00e9t\u00e9 par les Allemands, mais avec plus de responsabilit\u00e9s11. Le CPO (Chief Political Officer) \u00e0 Douala \u00e9tait Sir Kenneth V. Elphinstone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la r\u00e9partition du Cameroun entre les Fran\u00e7ais et les Anglais, l\u2019administration britannique lui demande de passer au Cameroun britannique. Il d\u00e9cline cette proposition, pr\u00e9f\u00e9rant rester \u00e0 Douala. Son travail fut salu\u00e9 et l\u2019appr\u00e9ciation de sa contribution relat\u00e9e dans diverses publications officielles, dont certaines copies sont archiv\u00e9es \u00e0 la Cambridge University Press.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au sein de l&rsquo;Administration fran\u00e7aise<\/strong><br>Le Cameroun fran\u00e7ais recouvrait l&rsquo;actuel territoire de la R\u00e9publique du Cameroun, \u00e0 l&rsquo;exception des r\u00e9gions actuelles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui faisaient partie du Cameroun britannique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l\u2019Administration fran\u00e7aise s\u2019est mise en place, Isaac Moum\u00e9 Etia est invit\u00e9 par M. Fousset Louis-Jacques-Eug\u00e8ne, gouverneur des colonies de l\u2019Afrique-\u00c9quatoriale fran\u00e7aise et M. Victor Dimpault, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des colonies, les premiers chefs de la circonscription de Douala, \u00e0 les assister dans leurs fonctions qui consistait \u00e0 administrer, non seulement Douala et ses environs, mais aussi les zones de Yabassi, Mbanga et une partie d\u2019\u00c9d\u00e9a. Ainsi, de 1911 \u00e0 1918, il eut successivement comme chefs de service Messieurs Dimpault et Matthieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia avait une position int\u00e9ressante au sein de l&rsquo;Administration fran\u00e7aise et n&rsquo;avait pas besoin de laisser-passer pour circuler dans les quartiers r\u00e9serv\u00e9s aux colons. Il \u00e9tait l&rsquo;un des rares noirs, avec le prince des Bell, \u00e0 disposer d&rsquo;un tel privil\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Parcours professionnel<\/strong><br>En 1918, en pleine guerre mondiale, il est le plus grad\u00e9 des fonctionnaires indig\u00e8nes et est nomm\u00e9 chef de la subdivision de Yabassi, en remplacement de M. Mathieu, Administrateur des Colonies. Yabassi est une circonscription sensible et strat\u00e9gique pour l&rsquo;Administration fran\u00e7aise, parce que c\u2019est l&rsquo;une des villes o\u00f9 s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e une grande bataille de r\u00e9sistance contre l\u2019Administration allemande. Isaac Moum\u00e9 Etia dirige cette subdivision tout seul, sans l&rsquo;assistance d&rsquo;un colon, malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de certains Occidentaux, qui ne voulaient pas \u00eatre sous les ordres d\u2019un Noir. Il devient ainsi le premier Africain dans l\u2019Empire colonial fran\u00e7ais \u00e0 avoir remplac\u00e9 un Administrateur des Colonies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 16 avril 1919, il est p\u00e8re d\u2019un second fils, Abel Moum\u00e9 Etia et re\u00e7oit ensuite plusieurs affectations professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est nomm\u00e9 en qualit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain-interpr\u00e8te de 2e classe \u00e0 compter du 5 octobre 1919 et mis \u00e0 disposition du chef de la circonscription de Yaound\u00e9, par d\u00e9cision no 555 du 29 septembre 1919. Il part ensuite de Yaound\u00e9 \u00e0 Douala, o\u00f9 il est mis \u00e0 la disposition de l\u2019Administrateur de la circonscription de Douala, par d\u00e9cision no 868 du 28 novembre 1920.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1920, il est vers\u00e9 dans le cadre local des \u00e9crivains-interpr\u00e8tes en qualit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain-interpr\u00e8te de 1re classe par arr\u00eat\u00e9 no 134 du 31 d\u00e9cembre 1931 \u00e0 compter du 1er juillet 1920.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est ensuite promu \u00e9crivain-interpr\u00e8te principal de 4e classe \u00e0 compter du 1er juillet, par arr\u00eat\u00e9 no 668 du 1er juillet 1923.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1930, il est mis \u00e0 la disposition du Commissaire sp\u00e9cial de l\u2019Immigration par d\u00e9cision no 2 du 12 janvier 1930 et est ensuite mut\u00e9 \u00e0 Kribi, o\u00f9 il est mis \u00e0 la disposition du chef de la circonscription de Kribi, par d\u00e9cision no 1707 du 16 juillet 1930.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1931, il est encore r\u00e9affect\u00e9 \u00e0 Douala par d\u00e9cision no 83 du 9 janvier 1931.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1932, il est mis \u00e0 la disposition du chef de la circonscription de Dschang par d\u00e9cision no 435 en date du 19-7-3 et part de Dschang pour Bafoussam, le 11 mars 1932, par suite de d\u00e9cision r\u00e9gionale no 11 du 11 mars 1932.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il revient encore \u00e0 Dschang le 28 mars 1932 et est d\u00e9plac\u00e9 de Dschang \u00e0 Bafang et \u00e0 Foumban, par d\u00e9cision no 907 du 13 mai 1933.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia \u00e9tait ami avec Mathias Djoumessi, 7e monarque de la dynastie \u00e0 la t\u00eate de la chefferie bamil\u00e9k\u00e9 de For\u00e9k\u00e9-Dschang, chez qui il envoyait souvent ses enfants en vacances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 son arriv\u00e9e \u00e0 Foumban en 1933, il se lie \u00e9galement d&rsquo;amiti\u00e9 avec le roi des Bamouns, le sultan Ibrahim Njoya, autre figure du patrimoine camerounais34. La d\u00e9cision de destituer le roi Njoya est prise par l\u2019Administration coloniale, juste au moment o\u00f9 il est mut\u00e9 \u00e0 Foumban. Convaincu qu\u2019il est victime d\u2019une injustice, Isaac Moum\u00e9 Etia refuse de r\u00e9diger le rapport d&rsquo;accusation recueilli deux ans plut\u00f4t, le 3 ao\u00fbt 1931, sur lequel l&rsquo;administration voulait asseoir la d\u00e9position du sultan34, \u00e0 la suite d&rsquo;une campagne de d\u00e9nigrement des missionnaires \u00e0 son encontre aupr\u00e8s de l&rsquo;Administration fran\u00e7aise, pr\u00e9tendant, entre autres, que le roi des Bamouns arrachait les paupi\u00e8res des chr\u00e9tiens, pour les emp\u00eacher de prier les yeux clos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est mis \u00e0 la retraite anticip\u00e9e par arr\u00eat\u00e9 no 1776 du 21 octobre 1935. Il part de Foumban \u00e0 Bafang et de Bafang \u00e0 Douala le 18 novembre, et arrive \u00e0 Douala le 19 novembre 1935.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il meurt le 22 octobre 1939 au moment o\u00f9 le Gouverneur Richard Brunot, nouveau Commissaire de la R\u00e9publique du Cameroun et son chef de cabinet, M. Chaleur, voulaient le r\u00e9int\u00e9grer malgr\u00e9 sa mise \u00e0 la retraite par son pr\u00e9d\u00e9cesseur, et lui offrir une place \u00e0 r\u00e9tribution fixe \u00e0 Mbanga, en position de hors-cadre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;engagement syndical et citoyen<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia est solidaire de ses compatriotes et voulait contribuer \u00e0 faire \u00e9voluer leurs droits. Il n&rsquo;\u00e9tait pas pour l&rsquo;action violente mais pensait, disait-il, qu&rsquo;il fallait \u00ab se servir de la loi pour combattre l&rsquo;injustice \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1920, inform\u00e9 de ce qu&rsquo;une loi venant d&rsquo;\u00eatre vot\u00e9e autorisait les Europ\u00e9ens des colonies \u00e0 exercer les droits syndicaux, il d\u00e9cide, avec Ndoumb\u00e9 Moussinga et Bonny Eboumbou, d&rsquo;obtenir des droits pour les fonctionnaires locaux, en cr\u00e9ant une association des employ\u00e9s indig\u00e8nes de l&rsquo;administration, malgr\u00e9 les restrictions. Ils organisent des manifestations de solidarit\u00e9 avec des travailleurs et adressent au Commissaire de la R\u00e9publique fran\u00e7aise du Cameroun une revendication collective d&rsquo;augmentation des soldes38. Cette association, pilot\u00e9e par Isaac Moum\u00e9 Etia entre 1920 et 1925, pose les jalons du syndicalisme au Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Association s\u2019est n\u00e9anmoins heurt\u00e9e \u00e0 une grande hostilit\u00e9 des autorit\u00e9s coloniales et fut dissoute. Ce n&rsquo;est que bien plus tard, le 1er mai 1932, que Maurice Soulier, un Fran\u00e7ais affect\u00e9 au service des travaux publics du Cameroun et militant d&rsquo;un syndicat de mineurs affili\u00e9 \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail, cr\u00e9e, malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 de l\u2019Administration, un syndicat, l&rsquo;ASFAC (Association syndicale des fonctionnaires et agents du Cameroun). Cet engagement syndical d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia a \u00e9t\u00e9 poursuivi des ann\u00e9es plus tard, par son fils, L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La religion et l&rsquo;\u00c9glise<\/strong><br>Protestant de bonne heure et aimant la parole de Dieu, Isaac Moum\u00e9 Etia lisait \u00e0 haute voix en anglais, en fran\u00e7ais, en allemand, puis en douala et quelquefois en espagnol, 3 passages de la Bible tous les matins, avant d\u2019aller au service. Sa croyance diff\u00e9rait de la fa\u00e7on de voir de certains de ses compatriotes, car il avait un libre-arbitre assez pouss\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1930, apr\u00e8s le succ\u00e8s remport\u00e9 aupr\u00e8s du public par son dictionnaire et ses manuels d&rsquo;apprentissage de langues, les missionnaires suisses de la Mission de B\u00e2le, proposent \u00e0 Isaac Moum\u00e9 Etia de venir avec eux en Suisse, afin de les aider \u00e0 traduire la bible en langue douala41. L&rsquo;Administration fran\u00e7aise oppose un refus cat\u00e9gorique aux Suisses, estimant que \u00ab l&rsquo;\u00e9crivain-interpr\u00e8te principal Moum\u00e9 Etia est un auxiliaire utile au sein de l&rsquo;administration fran\u00e7aise11 \u00bb. Bien plus tard, ce sont les pasteurs Joseph Ekollo, Martin Itondo et Kuoh Issedou qui traduisirent finalement de mani\u00e8re progressive, la Bible en langue douala.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, il fr\u00e9quentait peu le temple car, disait-il,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Le Pasteur noir est plein de bonne volont\u00e9 et de m\u00e9rite, mais il lui manque une certaine compr\u00e9hension des grands devoirs. Aller au temple pour \u00e9couter les historiettes ou des satires enfantines me fait penser qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable de croire et d\u2019essayer de comprendre Dieu par ses propres \u00e9crits. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Isaac Moum\u00e9 Etia<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que protestant, il assistait aussi aux services religieux catholiques. C&rsquo;est la raison pour laquelle, le jour de ses obs\u00e8ques, un hommage \u0153cum\u00e9nique lui fut rendu \u00e0 son village de Bonat\u00e9ki.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette occasion, le pasteur Martin Itondo s\u2019exclama devant l&rsquo;assembl\u00e9e :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Le d\u00e9funt que voici m\u2019a dit un jour : R\u00e9v\u00e9rend, je reviendrai souvent au Temple ; mais reformez la doctrine ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Pasteur Martin Itondo<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sociologie et l&rsquo;ethnographie l\u2019int\u00e9ressaient aussi, et il cherchait parfois \u00e0 conna\u00eetre la vraie valeur que les indig\u00e8nes attribuent \u00e0 certaines croyances, notamment la sorcellerie. De m\u00eame que la question du d\u00e9peuplement du Wouri, son d\u00e9partement, le pr\u00e9occupait beaucoup et lui faisait souvent tol\u00e9rer l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00c9glise envisage d&rsquo;autoriser la polygamie dans cette r\u00e9gion, alors m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait cat\u00e9goriquement contre la polygamie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Moum\u00e9 Etia et ses compatriotes<br>Son mode de vie<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia menait une vie simple. Son habillement et son logement \u00e9taient d\u00e9cents, mais sans luxe, ni recherche. Son style \u00e9tait un m\u00e9lange de civilisation europ\u00e9enne alli\u00e9 avec les coutumes et le genre de vie de ses anc\u00eatres. D&rsquo;une nature calme, il avait ainsi gagn\u00e9 le respect et l\u2019affection de ses compatriotes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa proximit\u00e9 avec les Europ\u00e9ens l\u2019avait diff\u00e9renci\u00e9 de certains de ses compatriotes, en lui apprenant la valeur du temps : il voulait que tout aille tr\u00e8s vite et n\u2019aimait pas le bavardage ni les conversations oiseuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En dehors de la lecture, qui \u00e9tait son occupation favorite, il aimait s\u2019adonner \u00e0 des parties de chasse au gibier et \u00e0 la p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son nom tot\u00e9mique est \u00ab Ekoko \u00bb en douala (\u00ab le roseau \u00bb). Il disait souvent \u00e0 ce propos : \u00ab Quand le vent souffle, l\u2019herbe se penche pour c\u00e9der place \u00e0 la force de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Aussi imiterai-je ce m\u00e9t\u00e9ore de la nature qu\u2019est le roseau \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il trouvait que les hommes qui ont voyag\u00e9 \u00e9taient les meilleurs amis, c&rsquo;est pourquoi il fr\u00e9quentait souvent les gens du Was\u2019sa Munja en douala (en fran\u00e7ais, indig\u00e8nes de la c\u00f4te de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest : Dahom\u00e9ens, Ghan\u00e9ens, Lagosiens, Sierra-L\u00e9onais). Cependant, son grand ami \u00e9tait Adolphe Njoh Monny, un de ses compatriotes de Bonat\u00e9ki, avec qui il n&rsquo;\u00e9tait jamais en d\u00e9saccord. \u00c0 sa mort le 8 ao\u00fbt 1936, Isaac Moum\u00e9 Etia, affol\u00e9, se pr\u00e9cipita chez son ami, \u00ab comme s\u2019il eut voulu arracher \u00e0 la mort cette proie qui lui \u00e9tait si ch\u00e8re \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Isaac Moum\u00e9 Etia aimait le travail intellectuel. Apr\u00e8s le travail de bureau, il consacrait beaucoup de temps \u00e0 la lecture de livres philosophiques et th\u00e9ologiques. Il avait une fascination pour les philosophes des Lumi\u00e8res comme Voltaire, Rousseau et Diderot. Il aimait aussi Socrate, Platon et le Britannique Dickens. On per\u00e7oit d\u2019ailleurs cette influence philosophique dans certains de ses \u00e9crits, notamment les fables11. Il lisait \u00e9galement des livres de g\u00e9ographie ainsi que des ouvrages de sciences, de math\u00e9matiques ou d\u2019histoire qu&rsquo;il avait command\u00e9s en Europe. Lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait, s\u2019il ne fermait pas la porte, il exigeait un silence absolu. Il ne prenait plus part \u00e0 la conversation et son \u00e9pouse disait alors : \u00ab il doit \u00eatre maintenant en Am\u00e9rique avec l\u2019oncle Sam \u00bb. Il avait aussi plaisir \u00e0 entendre et \u00e0 recueillir tout ce qui avait trait aux traditions de ses anc\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le d\u00e9fenseur des droits et l&rsquo;instituteur<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia \u00e9tait tr\u00e8s sollicit\u00e9 par ses compatriotes qui formaient parfois des files \u00e0 son domicile. Des secours financiers et moraux, il en fournissait presque toujours \u00e0 chaque sollicitation. C\u2019est ainsi que, parfois, il comparaissait devant les tribunaux et les juridictions du pays en tant que d\u00e9fenseur des droits. Il d\u00e9clara un jour \u00e0 un jeune collaborateur occidental :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Pourquoi, ami, traitez-vous cet homme de sauvage ? Ceci ne le touche peut-\u00eatre pas. Mais, si un de vos compatriotes vous outrageait ainsi publiquement, vous rougiriez de col\u00e8re et d\u2019humiliation. Sachez que qui feint l\u2019ignorance n\u2019est pas le plus sot. Quand il se soumet \u00e0 ceux qui commandent, il imite le roseau qui se penche et se redresse apr\u00e8s le passage de la brise\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Isaac Moum\u00e9 Etia<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaque soir apr\u00e8s son travail, il dispensait un cours de fran\u00e7ais pour adultes \u00e0 quelques-uns de ses compatriotes qui, gr\u00e2ce \u00e0 cela, ont pour certains pu \u00eatre instruits. C\u2019est, entre autres, pour contribuer \u00e0 leur instruction qu\u2019il a \u00e9crit et publi\u00e9 de nombreux ouvrages en langue fran\u00e7aise. C&rsquo;est aussi gr\u00e2ce \u00e0 ce travail d&rsquo;enseignement reconnu et unanimement salu\u00e9 et la publication de livres instructifs, qu&rsquo;il a re\u00e7u les Palmes acad\u00e9miques fran\u00e7aises.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout au long de sa vie, Isaac Moum\u00e9 Etia a fait preuve d&rsquo;un remarquable sens du leadership26. Il \u00e9tait ainsi le pr\u00e9sident d&rsquo;une association de jeunes notables, appel\u00e9e Dal\u00e8 la Mwemba en douala (\u00ab la pierre angulaire de la Communaut\u00e9 \u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La maladie et les obs\u00e8ques<br>Isaac Moum\u00e9 Etia avait une sant\u00e9 fragile et sa vie d\u2019adulte est entrecoup\u00e9e de fr\u00e9quentes maladies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 1935, la maladie le ronge et il d\u00e9c\u00e8de le 22 octobre 1939 \u00e0 Douala, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 50 ans, malgr\u00e9 les soins \u00e9nergiques du docteur-lieutenant Vincent, \u00e0 qui M. Bernier, l&rsquo;Administrateur en chef des Colonies, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Haut-Commissaire de la R\u00e9publique, chef de la r\u00e9gion du Wouri, avait dit : \u00ab Soignez-le avec ardeur, car c\u2019est un bon auxiliaire de l\u2019Administration \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Administration fran\u00e7aise lui fit un grandiose adieu. Une circulaire de l\u2019Administrateur en chef des Colonies, Bernier, contenait ceci :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab D\u00e9l\u00e9gation de Douala<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">CIRCULAIRE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Administrateur en Chef des Colonies,<br>D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Haut-Commissaire de la R\u00e9publique,<br>Chef de la r\u00e9gion du Wouri,<br>A le regret de faire part au personnel indig\u00e8ne de tous les services, du d\u00e9c\u00e8s de l\u2019ex-\u00c9crivain-Interpr\u00e8te Principal Moum\u00e9 Etia Isaac, survenu ce jour en son domicile \u00e0 Bonat\u00e9ki De\u00efdo, Douala.<br>L\u2019enterrement aura lieu ce jour \u00e0 16 heures pr\u00e9cises dans le cimeti\u00e8re de De\u00efdo. &#8211; On donna quartier libre aux fonctionnaires indig\u00e8nes pour assister aux obs\u00e8ques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Cameroun fut inform\u00e9 &#8211; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Douala, le 23 Octobre 1939 &#8211; Sign\u00e9 : Bernier<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait des milliers de personnes \u00e0 son enterrement : anonymes, fonctionnaires, notables, chefs sup\u00e9rieurs, dont Sa Majest\u00e9 Lob\u00e8 Bell, chef sup\u00e9rieur des Bell &#8211; Sa Majest\u00e9 B\u00e9tote Akwa (d\u00e9l\u00e9gation), chef sup\u00e9rieur des Akwa &#8211; Sa Majest\u00e9 Mbapp\u00e9 (d\u00e9l\u00e9gation), chef sup\u00e9rieur de Bonab\u00e9ri &#8211; Sa Majest\u00e9 Eboa \u00c9p\u00e9e Da\u00efdo, chef sup\u00e9rieur de De\u00efdo &#8211; M. Paraiso, chef sup\u00e9rieur des \u00e9trangers \u00e0 Douala &#8211; Le prince Alexandre Bell (prince Bell).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait \u00e9galement des dignitaires europ\u00e9ens19 : le pasteur Charles Boury, chef de la mission protestante \u00e0 Douala et pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence des missionnaires de Douala, l&rsquo;Administrateur en chef des Colonies De Villedeuil, d\u00e9p\u00each\u00e9 par M. Bernier, l\u2019Administrateur en chef Le M\u00e9tayer, le commissaire de police Dunois, M. Brunet, contr\u00f4leur des douanes (condol\u00e9ances personnelles), M. et Mme Fischer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette occasion, son fils L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia pronon\u00e7a une oraison fun\u00e8bre qui marqua les esprits :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Je me vois contraint \u00e0 un travail, un travail auquel je n\u2019avais jamais pens\u00e9. Moi, fils d\u2019un homme qui se sacrifia moralement et physiquement pour me permettre d\u2019\u00eatre un fils digne de ses pens\u00e9es, suis oblig\u00e9 de prendre la parole devant sa d\u00e9pouille mortelle !<br>J\u2019ai quitt\u00e9 le territoire \u00e0 l\u2019aube de la vie. J\u2019\u00e9tais conscient de mon \u00eatre et non des emb\u00fbches de la vie, ni de ses \u00e9preuves.<br>Aussi, je n\u2019ai connu mon p\u00e8re qu\u2019\u00e0 travers ses lettres qui me parvenaient apr\u00e8s avoir franchi l\u2019oc\u00e9an Atlantique. Je n\u2019ai donc, dans la bonne terre de France, connu mon p\u00e8re que comme le professeur de litt\u00e9rature qui nous faisait conna\u00eetre, mon fr\u00e8re Abel et moi, un Moli\u00e8re, un Corneille, un Racine.<br>Mon p\u00e8re fut un de ces membres de l\u2019\u00e9lite pas seulement du Cameroun, mais de la race noire qui, par un travail \u00e9nergique et assidu, a voulu d\u00e9montrer au monde civilis\u00e9 que nous aussi, surtout nous Noirs du Cameroun, \u00e9tions capable d\u2019une \u00e9volution.<br>Pendant les longues ann\u00e9es qu\u2019il servit l\u2019administration fran\u00e7aise, il assuma sa besogne avec amour et conscience. Il a voulu que l\u2019administration comprenne la mentalit\u00e9 de ses semblables.<br>C\u2019est pourquoi il s\u2019est fait fabuliste des Camerounais. C\u2019est pourquoi aussi il a \u00e9crit maints ouvrages afin que la langue et les m\u0153urs de son pays soient r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00e0 nos prospecteurs fran\u00e7ais.<br>Je suis \u00e9mu de voir que l\u2019administration fran\u00e7aise n\u2019a pas oubli\u00e9 un de ses humbles serviteurs qui aujourd\u2019hui nous quitte pour son dernier sommeil.<br>J\u2019ouvre une parenth\u00e8se en faveur de M. Bernier, D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du H.C.R.F. qui, \u00e0 Dschang et maintenant, lui accorde encore un hommage que le noir n\u2019est pas pr\u00e8s d\u2019oublier.<br>Je termine en me consolant avec le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8te fran\u00e7ais De Vigny \u00ab\u00a0Fais \u00e9nergiquement ta longue et lourde t\u00e2che dans la voie o\u00f9 le sort a voulu t\u2019appeler, puis, apr\u00e8s, comme moi, souffre et meurs sans parler.<br>Les mots me manquent pour remercier ses coll\u00e8gues et compatriotes, ses chefs directs europ\u00e9ens et la population autochtone.<br>Je remercie devant toute la population, M. De Villedeuil, Administrateur en Chef que M. Le D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u00e9p\u00eacha pour saluer mon p\u00e8re Moum\u00e9 Etia dans sa derni\u00e8re demeure. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Douala, le 23 octobre 1939 &#8211; L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Parcours litt\u00e9raire (1920 &#8211; 1939)<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia est surtout connu comme \u00e9tant un po\u00e8te, mais son \u0153uvre est diverse et vari\u00e9e. \u00c9crivain prolifique, il a \u00e9crit des po\u00e9sies, fables, contes et proverbes, des ouvrages et essais d&rsquo;ethnographie, un dictionnaire et des manuels didactiques de langues fran\u00e7aise et anglaise, des livres historiques et de m\u00e9decine traditionnelle. Il a aussi trait\u00e9 d&rsquo;une th\u00e9orie de la traduction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De par son exp\u00e9rience acquise au sein des administrations allemande et anglaise, enrichie par de nombreuses observations de terrain, Isaac Moum\u00e9 Etia pensait que, pour favoriser une bonne cohabitation entre les populations locales et l\u2019Administration fran\u00e7aise, il fallait que cette derni\u00e8re puisse bien conna\u00eetre et comprendre les coutumes des populations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;ethnographie<\/strong><br>La volont\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler aux Fran\u00e7ais et autres Occidentaux les m\u0153urs locales l&rsquo;incite \u00e0 \u00e9crire pour la premi\u00e8re fois en 1920, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La faveur obtenue aupr\u00e8s du public par cet ouvrage imprim\u00e9 l\u2019incite \u00e0 compl\u00e9ter la s\u00e9rie de ses observations par 4 tomes suppl\u00e9mentaires qu&rsquo;il publie en 1927 et 1928. Ces publications permettent, de mani\u00e8re in\u00e9dite, de se faire une id\u00e9e assez exacte des us et coutumes et de la mentalit\u00e9 des anciens Doualas. Dans la pr\u00e9face du tome 4, il fait observer que les Doualas ont beaucoup \u00e9volu\u00e9 et sont notablement diff\u00e9rents de leurs anc\u00eatres, tels que sa publication de 1920 les d\u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;enseignement des langues<\/strong><br>Comme les intellectuels europ\u00e9ens de la Renaissance qu&rsquo;il avait lus, il croyait \u00e0 la promotion de la culture \u00e0 travers la langue nationale. C\u2019est ainsi qu&rsquo;en 1927, il publie un premier tome de 22 pages de La langue de Douala (Cameroun) par vous-m\u00eame : grammaire, exercices, conversations. En 1929, un second tome de 198 pages est \u00e9dit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imprimerie g\u00e9n\u00e9rale G. de Bussac \u00e0 Clermont-Ferrand en France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce propos, le 5 octobre 1926, le chef de la circonscription de Douala transmettait le manuscrit de l\u2019ouvrage d\u2019Isaac Moum\u00e9 Etia, La langue Douala (Cameroun) par vous-m\u00eame : grammaire, exercices, conversations en ces termes :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab \u00c0 Monsieur le Commissaire de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise \u00e0 Yaound\u00e9.<br>J\u2019ai l\u2019honneur de vous envoyer ci-joint, un travail fort int\u00e9ressant d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9crivain- Interpr\u00e8te Principal Moum\u00e9 Etia, en service \u00e0 la subdivision de Douala. Il s\u2019agit d\u2019un recueil de mots fran\u00e7ais &#8211; douala \u00e0 l\u2019usage non seulement des indig\u00e8nes qui cherchent \u00e0 comprendre notre langue, mais encore des fonctionnaires dont il facilitera certainement les d\u00e9buts en dialecte douala. C\u2019est je crois, la premi\u00e8re tentative de ce genre men\u00e9e \u00e0 bonne fin par un de nos collaborateurs indig\u00e8nes sans le concours de personne. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 M. le Chef de la Circonscription de Douala<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Commissaire p.i. de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise, par lettre 875 c du 25-10-26 r\u00e9pond :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab A Monsieur le Chef de la Circonscription de Douala.<br>Par lettre no 812 en date du 5 octobre, vous avez bien voulu me transmettre le manuscrit d\u2019un livret fran\u00e7ais-douala r\u00e9dig\u00e9 par Moum\u00e9 Etia, interpr\u00e8te principal dans vos bureaux. Vous voudrez bien f\u00e9liciter ce fonctionnaire indig\u00e8ne pour le travail qu\u2019il s\u2019est volontairement impos\u00e9 afin de faciliter \u00e0 ses compatriotes la compr\u00e9hension de notre langue. Vous lui ferez part \u00e9galement, de toute ma satisfaction pour les services que son ouvrage pourra rendre aux fonctionnaires et aux colons d\u00e9sirant acqu\u00e9rir des notions de Douala. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Le Commissaire p.i. de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1928, il publie Dictionnaire du langage franco-douala contenant tous les mots usuels, un ouvrage de 198 pages qui de l\u2019avis de tous, rendait un v\u00e9ritable service, non seulement \u00e0 ses compatriotes pour l\u2019apprentissage de la langue fran\u00e7aise, mais aussi aux Fran\u00e7ais et \u00e0 tous les autres \u00e9trangers (administrateurs, missionnaires, m\u00e9decins, militaires, explorateurs\u2026) qui sont appel\u00e9s \u00e0 remplir diverses fonctions et missions au Cameroun, principalement ceux qui sont en relation directe avec les populations locales. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ouvrage d\u2019Isaac Moum\u00e9 Etia, certains europ\u00e9ens ont affirm\u00e9 qu\u2019ils ont appris le douala et pouvaient d\u00e9sormais se passer d\u2019interpr\u00e8tes dans leurs relations avec les populations autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1930 para\u00eet Grammaire abr\u00e9g\u00e9e de la langue Douala (Cameroun) aux \u00e9ditions Je sers \u00e0 Clamart en France. Dans cet ouvrage, il expose avec clart\u00e9 le m\u00e9canisme de la langue douala, si diff\u00e9rent de celui des langues europ\u00e9ennes, afin de permettre de s\u2019exprimer correctement aussi bien dans l\u2019emploi des termes que dans la construction des phrases.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours en 1930, il publie en anglais Conversation grammar English and Duala, \u00e0 l&rsquo;imprimerie des Orphelins d&rsquo;Auteuil \u00e0 Paris. Cette publication fut appr\u00e9ci\u00e9e en ce sens qu\u2019il cherchait \u00e0 faire conna\u00eetre aux Africains toutes les langues europ\u00e9ennes qu\u2019il parlait couramment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La sensibilisation et l&rsquo;\u00e9veil des consciences<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia se servait de la po\u00e9sie, des contes et des fables pour instruire ses compatriotes, \u00e9veiller les consciences et faire passer des messages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il livre \u00e0 l&rsquo;impression, en 1930, \u00e0 Bergerac, Les fables de Douala\u2026 en deux langues : fran\u00e7ais-douala. Cette publication, qui porte par ailleurs la photographie de l&rsquo;auteur, \u00ab condense la sagesse populaire en un certain nombre de contes expressifs et presque toujours faciles \u00e0 retenir \u00bb, selon ses propres mots. Il y analyse des textes religieux traditionnels, des nouvelles et des r\u00e9cits fantastiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la pr\u00e9face de cette \u0153uvre, Isaac Moum\u00e9 Etia \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Un observateur superficiel pourrait croire que les fables sont en nombre restreint dans l&rsquo;Afrique noire. Il n&rsquo;en est rien. Naturellement, tous les contes changent suivant le degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution des peuples : souvent leur forme est na\u00efve, mais elle est pleine de charme. Dans le fond, on trouve des ressemblances frappantes avec les fables d&rsquo;Europe. Les animaux \u00e9galement changent. C&rsquo;est ainsi que la tortue (wudu en Douala) joue le r\u00f4le de Ma\u00eetre Renard. Tandis qu&rsquo;en Europe et dans beaucoup d&rsquo;autres contes, il s&rsquo;est trouv\u00e9 depuis longtemps des \u00e9crivains de talent, pour fixer une fois pour toutes ces contes et fables, en Afrique noire, le travail reste presque partout \u00e0 faire. Je n&rsquo;ai certes pas la pr\u00e9tention de raconter les fables de fa\u00e7on d\u00e9finitive et tel qu&rsquo;un autre \u00e9crivain plus dou\u00e9 ne puisse faire mieux que moi, mais je pense int\u00e9resser le lecteur en lui d\u00e9voilant ces d\u00e9licieuses fables connues des seuls Doualas. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Isaac Moum\u00e9 Etia<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De 1930 \u00e0 1939, esp\u00e9rant que ce type d\u2019ouvrage aurait un grand succ\u00e8s aupr\u00e8s de ses compatriotes, il entreprend une traduction du fran\u00e7ais en langue douala des contes des Mille et Une Nuits, ouvrage bien connu des amateurs de r\u00e9cits merveilleux. Celle-ci parut peu de temps avant sa mort sous le titre<strong> Ikol\u2019a bulu iwo na bulu b\u00f4.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant cela, en 1935, il fit para\u00eetre Les m\u0153urs et les coutumes chez les Grassfields. Ce livre avait tout particuli\u00e8rement attir\u00e9 l\u2019attention de Jules Repiquet, gouverneur du Cameroun de 1934 \u00e0 1936. Par lettre du 2 septembre 1935, accusant r\u00e9ception au chef de la r\u00e9gion du Noun \u00e0 Dschang, de la transmission no 1154 FR du 22 ao\u00fbt 1935 du travail fait par l\u2019\u00e9crivain-interpr\u00e8te principal Moum\u00e9 Etia, il s\u2019exprimait comme suit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab J\u2019ai lu avec un vif int\u00e9r\u00eat, ce travail dont je vous serais oblig\u00e9 de f\u00e9liciter l\u2019auteur en mon nom, et que j\u2019ai jug\u00e9 digne d\u2019\u00eatre communiqu\u00e9 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tudes Camerounaises. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Jules Repiquet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u0152uvre posthume<\/strong><br>La maladie ronge Isaac Moum\u00e9 Etia et ralentit consid\u00e9rablement sa production litt\u00e9raire. Il meurt le 22 octobre 1939 et parmi les ouvrages en pr\u00e9paration, trouv\u00e9s dans ses archives, on peut citer Un petit recueil de proverbes Douala, L\u2019interpr\u00e8te en pays Douala, La m\u00e9decine indig\u00e8ne, Le Cameroun avant, pendant et apr\u00e8s la guerre de 1914, La langue boulou, Manuel de conversation de la langue Grassfield (Bonabanka).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Liste des \u0153uvres<\/strong><br>Ouvrages et essais d&rsquo;ethnographie<br>1920: Isaac Moum\u00e9 Etia, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas, Douala &#8211; Cameroun, S.n.- La Gazette du Cameroun, 1920 (lire en ligne [archive]).<br>1927: Isaac Moum\u00e9 Etia, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas, vol. 1, Douala &#8211; Cameroun, S.n.- Format papier, 1927 (lire en ligne [archive]).<br>1928: Isaac Moum\u00e9 Etia, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas, vol. 2, Brest &#8211; France, Imprimerie Union r\u00e9publicaine du Finist\u00e8re, 1928 (lire en ligne [archive]).<br>1928: Isaac Moum\u00e9 Etia, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas, vol. 3, Lod\u00e8ve &#8211; France, Imprimerie Julian, 1928 (lire en ligne [archive]).<br>1928: Isaac Moum\u00e9 Etia, Quelques renseignements sur la coutume locale chez les Doualas, vol. 4, Brest &#8211; France, Imprimerie Union r\u00e9publicaine du Finist\u00e8re, 1928 (lire en ligne [archive]).<br>1935: Isaac Moum\u00e9 Etia, Les m\u0153urs et les coutumes chez Grassfields, Paris &#8211; France, Orphelins d&rsquo;Auteuil, 1935 (lire en ligne [archive])<br>Dictionnaire et manuels d&rsquo;apprentissage des langues<br>1927: Isaac Moum\u00e9 Etia, La langue de Douala (Cameroun) par vous-m\u00eame : grammaire, exercices, conversations, vol. 1, Lom\u00e9 (Togo), Imprimerie de l&rsquo;\u00e9cole professionnelle, 1927 (lire en ligne [archive]).<br>1928: Isaac Moum\u00e9 Etia, Dictionnaire du langage franco-douala contenant tous les mots usuels, vol. 1, Clermont &#8211; Ferrand (France), Imprimerie g\u00e9n\u00e9rale G. de Bussac, 1928 (lire en ligne [archive]).<br>1929: Isaac Moum\u00e9 Etia, La langue de Douala (Cameroun) par vous-m\u00eame : grammaire, exercices, conversations, vol. 2, Clermont &#8211; Ferrand (France), Imprimerie g\u00e9n\u00e9rale G. de Bussac, 1929 (lire en ligne [archive]).<br>1930: Isaac Moum\u00e9 Etia, Grammaire abr\u00e9g\u00e9e de la langue Douala (Cameroun), Clamart &#8211; France, Imprimerie g\u00e9n\u00e9rale Je Sers, 1930 (lire en ligne [archive])<br>1930: (en) Isaac Moum\u00e9 Etia, Conversation grammar english and Duala, vol. 1, Paris &#8211; France, Imprimerie des Orphelins d&rsquo;Auteuil, 1930 (lire en ligne [archive]).<br>Po\u00e9sie, fables et contes<br>1930: Isaac Moum\u00e9 Etia, Les Fables de Douala\u2026 en deux langues : Fran\u00e7ais et Douala, Bergerac (France), Imprimerie g\u00e9n\u00e9rale, 1930 (lire en ligne [archive]).<br>1930 &#8211; 1939: Isaac Moum\u00e9 Etia, Ikol\u2019a bulu iwo na bulu b\u00f4 : (Les Mille et une nuits: adaptation en Douala), Paris (France), Imprimerie des Orphelins d&rsquo;Auteuil, 1930-1939 (lire en ligne [archive]).<br><strong>Manuscrits non publi\u00e9s<\/strong><br>Isaac Moum\u00e9 Etia, Un petit recueil de proverbes Douala<br>Isaac Moum\u00e9 Etia, L\u2019interpr\u00e8te en pays Douala<br>Isaac Moum\u00e9 Etia, La m\u00e9decine indig\u00e8ne<br>Isaac Moum\u00e9 Etia, Le Cameroun avant, pendant et apr\u00e8s la guerre de 1914<br>Isaac Moum\u00e9 Etia, La langue Boulou<br>Isaac Moum\u00e9 Etia, Manuel de conversation de la langue Grassfield &#8211; Bonabanka<br><strong>Critiques litt\u00e9raires<\/strong><br>Plusieurs critiques ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es sur l&rsquo;\u0153uvre litt\u00e9raire d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia. Certaines sont parues d\u00e8s 1929, au Journal des ambassadeurs de France, La Gazette du Cameroun, Le journal des fonctionnaires, ainsi que dans plusieurs autres revues de l&rsquo;\u00e9poque coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1930, lorsque paraissent Les Fables de Douala\u2026 en deux langues : fran\u00e7ais et douala, le comit\u00e9 de r\u00e9daction du journal Le Bulletin mensuel colonial, artistique et litt\u00e9raire fait la critique suivante :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab \u2026un tr\u00e8s curieux travail: des fables \u00e9crites en deux langues, fran\u00e7ais et douala, forment un v\u00e9ritable monument folklorique. Le lecteur peut se faire une id\u00e9e de leur valeur et de la saveur de l\u2019\u0153uvre. Nous en extrayons pour notre plaisir, une fable: L\u2019antilope et ses deux gendres61que nous vous pr\u00e9sentons ici\u00a0\u00bb. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Le Bulletin mensuel colonial, artistique et litt\u00e9raire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1965, l&rsquo;\u00e9crivain nig\u00e9rian Chinua Achebe disait, lors de la publication d\u2019un de ses essais The Novelist as Teacher (Le romancier comme enseignant) : \u00ab les \u00e9crits d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia vont au-del\u00e0 des comparaisons entre le folklore et la litt\u00e9rature africains et europ\u00e9ens. Il se voyait comme un artiste dont le r\u00f4le \u00e9tait celui d&rsquo;un \u00e9ducateur \u00bb. Cela explique sans doute pourquoi, dans ses Fables en deux langues, Moum\u00e9 Etia a estim\u00e9 qu\u2019il pouvait adresser le message suivant \u00e0 ses concitoyens de Douala : \u00ab Va vers la fourmi, paresseux : consid\u00e8re ses voies et deviens sage. Elle n&rsquo;a ni chef, ni inspecteur, ni ma\u00eetre : elle pr\u00e9pare en \u00e9t\u00e9 sa nourriture. Elle amasse pendant la moisson de quoi manger \u00bb. Pour souligner son propos, il poursuit plus loin : \u00ab Les renards quand ils ne peuvent pas atteindre les raisins disent qu&rsquo;ils ne sont pas m\u00fbrs\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1995, avec une actualisation en 2014, les universitaires et linguistes canadiens Jean Delisle et Judith Woodsworth, dans leur manuel de 400 pages intitul\u00e9 Les traducteurs dans l&rsquo;histoire paru aux Presses universitaires de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ottawa, affirment, apr\u00e8s une analyse de son ouvrage Les Fables de Douala\u2026 en deux langues : fran\u00e7ais et douala que \u00ab [\u2026] Isaac Moum\u00e9 Etia a grandement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essor de la litt\u00e9rature Douala\u2026 Par son travail de traduction, Moum\u00e9 Etia a beaucoup fait pour fa\u00e7onner la litt\u00e9rature Douala et, en particulier, le genre de la nouvelle. Outre ses compositions originales, Moum\u00e9 Etia a produit des ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence destin\u00e9s \u00e0 faciliter la t\u00e2che des \u00e9crivains. Ces publications sont encore utiles de nos jours, car elles contiennent des proverbes et des expressions idiomatiques Douala, que les interf\u00e9rences linguistiques auraient s\u00fbrement fait disparaitre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2000, Patrice Kayo, dans Anthologie de la po\u00e9sie camerounaise de langue fran\u00e7aise, parlant du recueil de Fables en fran\u00e7ais et en douala, publi\u00e9 en 1930 par Isaac Moum\u00e9 Etia, \u00e9crit : \u00ab Les fables de Moum\u00e9 Etia charrient, dans un style d\u00e9pouill\u00e9, alerte et dense, la sagesse pratique de l\u2019exp\u00e9rience quotidienne de l\u2019homme peinant sur le rude calvaire de la vie. Elles sont le reflet d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019homme vit en communion totale avec les animaux et les \u00e9l\u00e9ments de la nature. De l\u00e0, cette po\u00e9sie qui s\u2019en d\u00e9gage, cette humilit\u00e9 de l\u2019homme qui se veut un \u00e9l\u00e9ment de la nature et non son roi, et cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 laquelle l\u2019homme moderne aspire encore comme \u00e0 un r\u00eave. L\u2019\u0153uvre de Moum\u00e9 Etia n\u2019avait d\u2019occidental que le v\u00e9hicule, c\u2019est-\u00e0-dire la langue. Elle plongeait profond\u00e9ment ses racines dans le terroir bantou \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Distinctions honorifiques<br>Le 21 octobre 1929, Gen\u00e8ve lui d\u00e9cerne le brevet de chevalier de l\u2019Ordre universel du M\u00e9rite humain faisant savoir que :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab M. Isaac Moum\u00e9 Etia, \u00c9crivain-Interpr\u00e8te principal \u00e0 Douala (Cameroun) est nomm\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 de :<br>Chevalier de l\u2019Ordre du M\u00e9rite Humain, en reconnaissance des services rendus \u00e0 la collectivit\u00e9 humaine et pour les motifs particuliers \u00e9nonc\u00e9s dans les pr\u00e9sents. \u00c9crivain de race noire, M. Moum\u00e9 Etia a publi\u00e9 une remarquable \u00e9tude linguistique relative aux dialectes de son pays. Il collabore noblement \u00e0 l\u2019\u0153uvre civilisatrice de la France en Afrique et travaille au d\u00e9veloppement intellectuel et moral de ses fr\u00e8res de race. Ce faisant, il a m\u00e9rit\u00e9 de la grande famille humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Au nom du Conseil de l&rsquo;Ordre:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Chevalier<br>sign\u00e9 : Lecuba<br>Un Administrateur \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 sign\u00e9: Ch. Le Stervenson<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 9 f\u00e9vrier 1936, il re\u00e7oit le grade d&rsquo;Officier d\u2019acad\u00e9mie (Ordre des Palmes acad\u00e9miques), pour les services rendus aux lettres et \u00e0 l\u2019enseignement. Il est le premier Camerounais \u00e0 recevoir cette distinction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 7 janvier 1939, Isaac Moum\u00e9 Etia est nomm\u00e9 chevalier de l&rsquo;Ordre de l&rsquo;\u00c9toile noire, (devenu l&rsquo;Ordre national du M\u00e9rite en 1963).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Hommages<\/strong><br>Lors de l&rsquo;am\u00e9nagement du territoire et la mise en place de la structure administrative du Haut-Nkam, le nom d&rsquo;Isaac Moum\u00e9 Etia a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 une route, un pont, un affluent ; une localit\u00e9 de ce d\u00e9partement de l&rsquo;Ouest du Cameroun en est aussi d\u00e9riv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, une des principales routes traversant la ville de Bamengwi, pr\u00e8s de Kekem, a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e Bamengwi &#8211; Moum\u00e9 en son honneur, de m\u00eame que le pont de la Moum\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Moum\u00e9e est aussi le nom de l&rsquo;un des affluents du Ngoum, principal cours d&rsquo;eau du Haut-Nkam. Une localit\u00e9 pr\u00e8s de Kekem s&rsquo;appelle \u00e9galement La Moum\u00e9e comprenant plusieurs quartiers d\u00e9nomm\u00e9s : Moum\u00e9e &#8211; march\u00e9, Moum\u00e9e &#8211; Mission protestante, Moum\u00e9e &#8211; Djamoni, Moum\u00e9e &#8211; Mission catholique, Moum\u00e9e -Ngassa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bibliographie<\/strong><br>David Ndachi Tagne, Les pr\u00e9curseurs: Isaac Moum\u00e9-Etia et Louis-Marie Pouka, Cameroun, in Notre librairie, coll. \u00ab Octobre -Novembre \u00bb, 1989 (lire en ligne [archive]).<br>L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia, Deux camerounais : A. Lotin \u00e0 Sam\u00e8 ; Isaac Moum\u00e9 Etia, Douala (Cameroun), S.n. monographie, 1970.<br>L\u00e9opold Moum\u00e9 Etia et Abel Moum\u00e9 Etia, Notice biographique de Monsieur Isaac Moum\u00e9 Etia, Premier \u00e9crivain camerounais, Douala (Cameroun), Imprimerie catholique, 1940 (lire en ligne [archive]).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">wikipedia<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isaac Moum\u00e9 Etia, n\u00e9 le 8 ao\u00fbt 1889 \u00e0 De\u00efdo (Cameroun allemand) et mort le 22 octobre 1939 est un \u00e9crivain, interpr\u00e8te,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11962,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[482,231],"tags":[],"class_list":["post-11961","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-fiigures-sawa","category-portraits-peuple-sawa-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11961","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11961"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11961\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11966,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11961\/revisions\/11966"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11962"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11961"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11961"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11961"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}