{"id":27759,"date":"2007-09-12T13:13:41","date_gmt":"2007-09-12T13:13:41","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"665","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/665\/","title":{"rendered":"Artistes camerounais : cadavres \u00e0 frics ?"},"content":{"rendered":"<p>La chronique des \u00e9v\u00e9nements courants au Cameroun est en train de banaliser une image d\u00e9sormais ordinaire des ouvriers de l\u2019esprit (artistes et intellectuels). De leur vivant, ils sont des esp\u00e8ces errantes, transhumantes, de sortes de \u201c curiosit\u00e9s humaines \u201d fuyant la pr\u00e9carit\u00e9 et les frustrations diverses, \u00e0 la qu\u00eate de la moindre occasion pour sauver leurs jours. &#8211; <\/p>\n<p class=\"texte\" align=\"justify\"><span class=\"Style3\">&nbsp;A leur mort, par contre, ils deviennent des &ldquo; opportunit&eacute;s &rdquo; &ndash; au sens commercial et politique du mot &ndash; de pr&eacute;dation sociale et de pr&eacute;varications diverses dont la moindre n&rsquo;est pas l&rsquo;humiliation, voire l&rsquo;anath&egrave;me v&eacute;cue par les familles &eacute;plor&eacute;es. En effet, par on ne sait quels d&eacute;tours, la soci&eacute;t&eacute; camerounaise a r&eacute;ussi le pari d&rsquo;accorder plus d&rsquo;importance aux macchab&eacute;es qu&rsquo;aux artistes eux-m&ecirc;mes. Les deuils d&rsquo;artistes sont devenus plus &ldquo; rentables &rdquo; que leur propre sant&eacute; et celle de leurs &oelig;uvres &ndash; tant pis si les pirates courent toujours nos rues, au nez et &agrave; la barbe de la police. <br \/>Les afflictions occasionn&eacute;es par la disparition des artistes, par le pass&eacute;, arrachaient de la part de la communaut&eacute; artistique et aupr&egrave;s du grand public, d&rsquo;admirateurs, de fans et d&rsquo;observateurs, de fleuves de larmes. Qui ne se souvient des d&eacute;chirements qui ont jalonn&eacute; les obs&egrave;ques des B&eacute;ti B&eacute;ti, Bebey Black, Eboa Lottin. Les lev&eacute;es de fonds &eacute;taient plus modestes, proportionnelles &agrave; ce qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes mobilisaient de leur vivant, se g&eacute;raient cependant dans une certaine transparence en associant les familles &eacute;plor&eacute;es. <br \/>Les d&eacute;c&egrave;s d&rsquo;artistes sont devenus une r&eacute;alit&eacute; structurante de la vie culturelle du pays, &agrave; c&ocirc;t&eacute; des frasques dont les soci&eacute;t&eacute;s de gestion collective des droits d&rsquo;auteur alimentent l&rsquo;actualit&eacute;, du reste tr&egrave;s pauvre sous nos cieux.<br \/>De l&rsquo;annonce du d&eacute;c&egrave;s jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;inhumation du d&eacute;funt, une effervescence rarement &eacute;gal&eacute;e s&rsquo;empare des milieux artistiques : r&eacute;unions par-ci, qu&ecirc;tes et cotisations par-l&agrave;. S&rsquo;ensuit une succession de veill&eacute;es nourries de chants, danses, pleurs, disputes, communiqu&eacute;s et surtout beuveries. Pour nombre d&rsquo;artistes, c&rsquo;est une occasion inesp&eacute;r&eacute;e pour rencontrer leurs pairs. Les structures f&eacute;d&eacute;ratives et d&rsquo;encadrement ne fonctionnant pas, ou alors celles existantes sont d&eacute;voy&eacute;es. Or cependant, ces d&eacute;ploiements logent pour la plupart du temps des marchandages pour lesquelles de nombreux acteurs se livrent &agrave; une bataille sans merci. Tout commence par la cr&eacute;ation d&rsquo;un comit&eacute; d&rsquo;artistes en charge de la &ldquo; contribution &rdquo; &agrave; l&rsquo;organisation des obs&egrave;ques du d&eacute;funt.<br \/>Remarquons que, tr&egrave;s souvent, il s&rsquo;agit d&rsquo;une v&eacute;ritable structure autonome, fonctionnant en parall&egrave;le &agrave; la famille du d&eacute;funt, et qui supporte g&eacute;n&eacute;ralement mal &ndash; ou pas du tout &ndash; d&rsquo;&ecirc;tre interpell&eacute;e par la famille &eacute;plor&eacute;e &agrave; l&rsquo;effet de rendre compte de la gestion financi&egrave;re des fonds recueillis. L&rsquo;on se souvient des obs&egrave;ques du com&eacute;dien Essindi Minja et surtout des pol&eacute;miques et querelles qui ont &eacute;maill&eacute; les lendemains de son inhumation. Pour avoir os&eacute; lever les yeux sur la d&eacute;licate question des fonds, elle s&rsquo;est vue attribuer tous les noms d&rsquo;oiseau.<br \/>L&rsquo;initiative est de plus en plus celle de la ou les soci&eacute;t&eacute;s de gestion collective du droit d&rsquo;auteur et droits voisins, conduite par le pr&eacute;sident du conseil d&rsquo;administration lui-m&ecirc;me. Tout le personnel permanents est mobilis&eacute; : directeurs, secr&eacute;taires, charg&eacute;s de communication, coursiers&hellip; R&eacute;unions, va-et-vient et\/ou appels t&eacute;l&eacute;phoniques aupr&egrave;s de la Cpmc (Commission permanente de contr&ocirc;le et de m&eacute;diation), v&eacute;ritable Fmi de la situation. Des commissions sont cr&eacute;&eacute;es, des budgets arr&ecirc;t&eacute;s. S&rsquo;ensuivent des passations de march&eacute;s (sans appel d&rsquo;offres !) pour divers achats, des missions de rep&eacute;rage en vue de l&rsquo;h&eacute;bergement des cadres le jour J (les autres artistes dormant &agrave; la belle &eacute;toile) et la communication m&eacute;diatique. Et puis, vient le jour de la grande veill&eacute;e. Des artistes se livrent en spectacle. Des prestations sc&eacute;niques &ndash; plus ou moins improvis&eacute;es &ndash; pour meubler le temps, avec en prime des cachets pour la plupart du temps vers&eacute;s souterrainement. Les bars d&rsquo; &ldquo; &agrave; c&ocirc;t&eacute; &rdquo;, pris d&rsquo;assaut, ne d&eacute;semplissent pas jusqu&rsquo;au petit matin, abritant des s&eacute;ances de beuverie et des couples occasionnels. <br \/>La pratique devenant courante, les familles ont appris &agrave; se comporter suivant ces &ldquo; opportunit&eacute;s &rdquo;. En de pareilles circonstances, les familles ont tendance &agrave; se r&eacute;tracter, abandonnant de nombreuses charges mortuaires aux soci&eacute;t&eacute;s de gestion collective du droit d&rsquo;auteur et de leurs &eacute;pigones. Cette &ldquo; d&eacute;mission &rdquo; n&rsquo;est pas tant le manque d&rsquo;affection vis-&agrave;-vis de leur d&eacute;funt, qu&rsquo;un acte de r&eacute;sistance face &agrave; la duperie de la partie adverse. G&eacute;n&eacute;ralement exclue des &eacute;tapes cruciales d&rsquo;achats, incapable d&rsquo;obtenir le compte rendu financier des op&eacute;rations, la famille se r&eacute;signe. <br \/>Comment comprendre ces attelages sans l&rsquo;inscrire dans un contexte global de la soci&eacute;t&eacute; camerounaise, m&eacute;tastas&eacute;es de toutes parts par la corruption, la gabegie, le gaspillage et la parade. En effet, &ldquo; la ch&egrave;vre broute l&agrave; o&ugrave; elle est attach&eacute;e &rdquo;. Cette trouvaille est de loin la plus prodigieuse et la plus accept&eacute;e des pratiques que la soci&eacute;t&eacute; camerounaise s&rsquo;est octroy&eacute;e pour aborder les grands d&eacute;fis de son histoire. Inapte &agrave; rechercher dans ses pratiques endog&egrave;nes des instruments n&eacute;cessaires &agrave; sa propre autocritique, incapables de se familiariser avec les outils modernes de la gouvernance, dict&eacute;s et financ&eacute;s par les institutions de Breton Woods et prescrits par les pays occidentaux, la soci&eacute;t&eacute; camerounaise a du mal &agrave; se refaire un certain humanisme.<\/span>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"author\">Par Joseph Fumtim &eacute;diteur &agrave; Yaound&eacute; <\/p>\n<p>Le Messager<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chronique des \u00e9v\u00e9nements courants au Cameroun est en train de banaliser une image d\u00e9sormais ordinaire des ouvriers de l\u2019esprit (artistes et&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-27759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27759"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27759\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}