{"id":27789,"date":"2007-09-20T13:17:24","date_gmt":"2007-09-20T13:17:24","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"696","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/696\/","title":{"rendered":"Paradoxe : Le tableau abstrait de l&rsquo;art plastique camerounais"},"content":{"rendered":"<p>Admir\u00e9s pour la qualit\u00e9 de leurs \u0153uvres, la plupart des plasticiens tirent pourtant le diable par la queue. <br \/>\nEug\u00e8ne Dipanda  &#8211; <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.quotidienmutations.info\/mutations\/images\/peintures.gif\" align=\"left\" border=\"1\" alt=\"\" \/> Olivier Kassi, 26 ans, a d&ucirc; abandonner assez t&ocirc;t le cursus scolaire classique, pour se consacrer &agrave; une passion qui le hante depuis sa tendre enfance : la peinture. Form&eacute; pendant quelques ann&eacute;es dans une &eacute;cole sp&eacute;cialis&eacute;e situ&eacute;e dans la ville de Mbalmayo, il s&rsquo;y est mis &agrave; fond, au point d&rsquo;en faire sa vie. Dans la maison familiale du quartier Bessengue (Douala) o&ugrave; il s&rsquo;est install&eacute; depuis lors, Olivier dessine et peint sur des toiles &agrave; longueur de journ&eacute;e. Ses &oelig;uvres, &agrave; en croire ceux qui le c&ocirc;toient, sont fascinantes. Il y a un peu plus de deux ans, le vernissage de la premi&egrave;re exposition qu&rsquo;il a organis&eacute;e au hall de l&rsquo;h&ocirc;tel Parfait Garden, a connu un succ&egrave;s populaire inattendu. Tous les invit&eacute;s ont sembl&eacute; appr&eacute;cier son doigt&eacute; et son sens de l&rsquo;imagination. Un avenir prometteur se dessinait manifestement pour le jeune artiste. A la grande satisfaction de ses parents.<\/p>\n<p>Deux semaines plus tard, Olivier Kassi doit d&eacute;barrasser le plancher du Parfait Garden. Son exposition est arriv&eacute;e &agrave; son terme. A l&rsquo;heure du bilan, un seul tableau vendu, sur la trentaine de toiles propos&eacute;es. En additionnant les frais mobilis&eacute;s pour la c&eacute;r&eacute;monie de vernissage, le mat&eacute;riel acquis pour la conception des toiles, le transport de ses &oelig;uvres et les d&eacute;penses diverses, le jeune plasticien se rend vite &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence : il ne pourra pas rembourser &agrave; l&rsquo;imm&eacute;diat la dette qu&rsquo;il a contract&eacute;e aupr&egrave;s de son fr&egrave;re a&icirc;n&eacute;. Le semblant d&rsquo;engouement observ&eacute; autour de son exposition n&rsquo;&eacute;tait donc qu&rsquo;un leurre. Bienvenue dans la gal&egrave;re. &quot;Les Camerounais, conclut l&rsquo;artiste, aiment bien l&rsquo;art. Mais ils n&rsquo;ach&egrave;tent pas. Le seul tableau vendu a &eacute;t&eacute; pris par un expatri&eacute; blanc&hellip;&quot;.<\/p>\n<p><strong>Op&eacute;rateurs culturels<\/strong><br \/>Elle semble en effet encore bien loin, cette &eacute;poque o&ugrave; les artistes plasticiens, peintres ou sculpteurs, rouleront carrosse comme le font d&eacute;j&agrave; si fi&egrave;rement certains de leurs confr&egrave;res chanteurs et musiciens. Quelqu&rsquo;un l&rsquo;a dit fort &agrave; propos : &quot;La musique camerounaise est &agrave; dans la culture du pays ce que le football est au sport&quot;. C&rsquo;&eacute;tait au cours de la rencontre que le nouveau ministre de la Culture, Ama Tutu Muna, a eue mardi dernier au Palais des congr&egrave;s de Yaound&eacute; avec les professionnels et les op&eacute;rateurs culturels de la fili&egrave;re arts plastiques et graphiques. En d&rsquo;autres termes, il est tr&egrave;s compliqu&eacute; pour un artiste camerounais de vivre quelque peu de son art, s&rsquo;il est autre que musicien.<\/p>\n<p>Et ce d&eacute;nuement est davantage perceptible chez les plasticiens. Tenez : leurs &oelig;uvres son rarement achet&eacute;s par des tiers, parce que jug&eacute;es on&eacute;reuses. En plus, dans la r&eacute;partition des droits d&rsquo;auteurs auxquels ont droit tous les cr&eacute;ateurs des &oelig;uvres de l&rsquo;esprit, leurs enveloppes sont les plus maigrichonnes. Certaines, selon des sources internes &agrave; la Soci&eacute;t&eacute; civile de droit d&rsquo;auteur et droits voisins des arts plastiques et graphiques (Socadap), vont chercher jusqu&rsquo;&agrave;&hellip; 5.000 Fcfa par trimestre ! Du coup, les artistes plasticiens s&rsquo;enferment dans des repr&eacute;sentations philosophiques pour justifier le d&eacute;nuement. &quot;L&rsquo;art, c&rsquo;est d&rsquo;abord une affaire de sensibilit&eacute;, de passion et d&rsquo;expression de soi. M&ecirc;me s&rsquo;il faut en vivre, l&rsquo;objectif premier n&rsquo;est pas de se faire beaucoup d&rsquo;argent&quot;, soutient, par exemple, L&eacute;onard Soppo, un peintre reconverti dans l&rsquo;infographie. <\/p>\n<p>S&rsquo;il ne semble pas trop se plaindre de sa situation, le bien connu Joseph Francis Sumegne, lui, pense que &quot;La r&eacute;ticence des Camerounais &agrave; acheter des &oelig;uvres plastiques peut se justifier par le fait que la plupart des artistes se copient. Cons&eacute;quence, lorsqu&rsquo;on arrive &agrave; une vernissage, on a souvent l&rsquo;impression de se retrouver en face des &oelig;uvres d&eacute;j&agrave; expos&eacute;es par le pass&eacute;&quot;. De l&rsquo;avis de Dieudonn&eacute; Fokou, peintre et sculpteur, &quot;Le gouvernement a fait un grand pas en cr&eacute;ant quatre soci&eacute;t&eacute;s de gestion collectives de droits d&rsquo;auteurs. Seulement, ces droits devraient &ecirc;tre bien d&eacute;finis, c&rsquo;est-&agrave;-dire qu&rsquo;il faut que l&rsquo;on sache exactement sur quelle base sont faites les r&eacute;partitions. Il faudrait par ailleurs que le compte d&rsquo;affectation sp&eacute;ciale pour le soutien &agrave; la politique culturelle, fonctionne normalement. Car, l&agrave;-bas aussi, les aides sont manifestement octroy&eacute;es &agrave; t&ecirc;tes chercheuses. Alors que cette dotation pouvait &ecirc;tre d&rsquo;un grand appui pour les artistes qui ont d&eacute;j&agrave; prouv&eacute; de quoi ils sont capables, mai qui manquent v&eacute;ritablement d&rsquo;opportunit&eacute;s pour vendre leur savoir-faire.&quot;<\/p>\n<p><strong>Encadrement<\/strong><br \/>Sculpteuse, Marie Louise Zintchem a une opinion bien arr&ecirc;t&eacute;e sur la condition des artistes camerounais d&rsquo;une fa&ccedil;on g&eacute;n&eacute;rale, et de ses confr&egrave;res plasticiens plus sp&eacute;cifiquement. &quot;Il m&rsquo;arrive de vendre quelques-unes de mes &oelig;uvres, mais on ne peut pas que vivre de cela. Les Camerounais n&rsquo;ont pas encore la culture de l&rsquo;art. Mais nous ne perdons pas espoir, on peut encore susciter l&rsquo;amour de l&rsquo;art aupr&egrave;s de nos compatriotes. Et le minist&egrave;re de la Culture devrait pouvoir nous y aider. Si cela n&rsquo;est pas possible, nous aurions bien du mal &agrave; sortir de la d&egrave;che qui est devenue notre lot quotidien&quot;, assume-t-elle.<\/p>\n<p>Malgr&eacute; les tribulations des artistes, sur le plan international, l&rsquo;art plastique camerounais s&rsquo;est pourtant illustr&eacute; &agrave; plus d&rsquo;une occasion. Qui ne conna&icirc;t, en effet, la l&eacute;gendaire statuette de la reine m&egrave;re Bangoua, dont les ench&egrave;res ne cessent de plafonner sur le march&eacute; mondial des arts ? Quoique le nom de son concepteur soit demeur&eacute; un authentique myst&egrave;re &agrave; ce jour, il s&rsquo;agit bel et bien d&rsquo;une &oelig;uvre d&rsquo;origine camerounaise. Avec un minimum d&rsquo;encadrement, pensent les plasticiens locaux, des statuettes du m&ecirc;me prestige pourraient encore sortir de leurs moules. Ama Tutu Muna leur en donne n&eacute;anmoins l&rsquo;espoir. &quot;Je suis venue vers vous afin que nous fassions mutuellement confiance ; mais, surtout, pour que je puisse m&rsquo;instruire des difficult&eacute;s qui son les v&ocirc;tres en vue d&rsquo;y apporter des solutions &eacute;ventuelles&quot;, leur a-t-elle r&eacute;cemment indiqu&eacute;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Admir\u00e9s pour la qualit\u00e9 de leurs \u0153uvres, la plupart des plasticiens tirent pourtant le diable par la queue. 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