{"id":29313,"date":"2009-05-18T13:43:11","date_gmt":"2009-05-18T13:43:11","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"3091","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/3091\/","title":{"rendered":"\u00abLes Saignantes\u00bb, un film africain qui sort des sentiers battus"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Comment faire un film d\u2019anticipation dans un pays qui n\u2019a pas d\u2019avenir ? \u00bb, c\u2019est la question, vaste et narquoise, que pose Jean-Pierre Bekolo en exergue de son film, Les Saignantes.  &#8211; Le spectateur d&eacute;couvre d&egrave;s les premi&egrave;res images qu&rsquo;il existe un cin&eacute;ma d&rsquo;anticipation africain. Un cin&eacute;ma moderne et avant-gardiste. Enfin, soupire-t-on, enfin un cin&eacute;aste africain qui nous sort des histoires de villages, des drames familiaux, de toutes ces cat&eacute;gories et clich&eacute;s dans lesquels s&rsquo;enferme le cin&eacute;ma africain, et dans lesquels le public, la critique et les producteurs croient qu&rsquo;il doit rester enferm&eacute;. Et l&rsquo;on peut continuer comme cela pendant des lustres &agrave; pousser (discr&egrave;tement) des soupirs d&rsquo;ennui &agrave; la simple &eacute;vocation du &laquo;&nbsp;cin&eacute;ma africain&nbsp;&raquo;, cette illusion r&eacute;ductrice, en se demandant si un jour on verra un bon polar ou un bon film subversif et artistique &agrave; la fois, venu du continent.&nbsp;Ce jour est arriv&eacute;&hellip; gr&acirc;ce en soit rendu &agrave; Jean-Pierre Bekolo&nbsp;!<\/p>\n<p>Si&nbsp;<em>Les Saignantes <\/em>est un film d&eacute;rangeant, c&rsquo;est d&rsquo;abord pour cette simple raison&nbsp;:&nbsp;il sort des sentiers battus o&ugrave; l&rsquo;on attend le cin&eacute;aste africain. En s&rsquo;extirpant ainsi de la gangue des id&eacute;es re&ccedil;ues, Jean-Pierre Bekolo devient donc un cin&eacute;aste universel visant &agrave; l&rsquo;universel. <br \/>Mais&nbsp;<em>Les Saignantes <\/em>est bien plus que cela. Provoquant, dr&ocirc;le, subversif et po&eacute;tique,&nbsp;d&eacute;cal&eacute;, ce film reconstruit de fond en comble l&rsquo;image de la soci&eacute;t&eacute; et de la ville africaines. Le film nous projette d&rsquo;embl&eacute;e en avant. <br \/>&laquo;&nbsp;<em>Yaound&eacute; 2025&nbsp;<\/em>&raquo;. La ville est un point de d&eacute;part, la date aussi. Elles offrent &agrave; Jean-Pierre Bekolo la possibilit&eacute; de sp&eacute;culer. &laquo;&nbsp;<em>Et si les choses tournaient comme ceci&nbsp;?<\/em>&nbsp;&raquo; En fait, le film avec son rythme alternant ralentis, saccades, avec ses incises et ses ellipses, est r&eacute;solument de notre &eacute;poque. Son langage &eacute;voque tout &agrave; la fois les clips, le cin&eacute;ma de Tarantino, l&rsquo;univers d&rsquo;un Jean-Pierre Jeunet. Majolie et Chouchou, les deux h&eacute;ro&iuml;nes dangereusement mortelles, sont d&rsquo;ailleurs nimb&eacute;es de bleus et de verts, des choix du r&eacute;alisateur qui donnent corps &agrave; l&rsquo;odeur de sexe et de mort qui r&ocirc;de dans leur sillage.<\/p>\n<div style=\"width: 300px;\" class=\"photo centre\"><a><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" height=\"200\" border=\"0\" width=\"300\" alt=\"(Photo: DR)\" src=\"http:\/\/www.rfi.fr\/actufr\/images\/113\/saignantes300.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"legende\">(Photo: DR)<\/p>\n<\/div>\n<p><strong>Une soci&eacute;t&eacute; avilie et corrompue <\/strong><\/p>\n<p>Elles sont belles. Elles sont complices. Elles pourraient n&rsquo;&ecirc;tre qu&rsquo;un couple de jeunes filles africaines qui s&rsquo;&eacute;paulent dans cette soci&eacute;t&eacute; avilie et corrompue o&ugrave; les jeunes femmes vendent leur corps pour survivre. Mais de leur osmose, de leur entente intime va na&icirc;tre une force qui leur permettra de ma&icirc;triser leur destin et de se jouer des &eacute;v&eacute;nements. Cette force est mat&eacute;rialis&eacute;e par le Mevungu. Une entit&eacute; puissante qui prend possession des &ecirc;tres et qui est &agrave; la fois mal&eacute;fique et b&eacute;n&eacute;fique pour ces deux jeunes femmes. <\/p>\n<p>Dans cette ville qui ne semble vivre que la nuit, Majolie s&rsquo;offre au &laquo;&nbsp;SGCC&nbsp;&raquo;, vieux dignitaire gouvernemental. Les jeux sexuels et acrobatiques de la jeune femme ont raison du c&oelig;ur du&nbsp;&laquo;&nbsp;secr&eacute;taire-grand quelqu&rsquo;un&nbsp;&raquo;. Majolie, prise de panique, appelle au secours Chouchou. Les deux &laquo;&nbsp;saignantes&nbsp;&raquo; vont se d&eacute;barrasser du corps aupr&egrave;s d&rsquo;un boucher &agrave; moiti&eacute; convaincu (gr&acirc;ce &agrave; quelques billets) qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un quartier de viande de b&oelig;uf. Mais il leur reste la t&ecirc;te, l&rsquo;encombrante t&ecirc;te du secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral. <\/p>\n<p>Puisqu&rsquo;il faut bien en faire quelque chose, Majolie et Chouchou se mettent en qu&ecirc;te d&rsquo;un corps qu&rsquo;elles finissent par trouver aupr&egrave;s d&rsquo;un &laquo;&nbsp;morguier&nbsp;&raquo; v&eacute;nal. Le macabre ne fait que commencer. Les deux femmes profitent de la lev&eacute;e du corps pour viser d&rsquo;autres proies. Elles vont jeter leur d&eacute;volu en pleine c&eacute;r&eacute;monie sur le ministre d&rsquo;Etat qui se r&eacute;v&egrave;lera plus coriace que le SGCC. <\/p>\n<div style=\"width: 432px;\" class=\"photo centre\"><a><img decoding=\"async\" height=\"288\" border=\"0\" width=\"432\" alt=\"(Photo: DR)\" src=\"http:\/\/www.rfi.fr\/actufr\/images\/113\/cameroun432.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"legende\">(Photo: DR)<\/p>\n<\/div>\n<p><strong>Une Afrique qui craint ses miroirs<\/strong><\/p>\n<p>Durant toute l&rsquo;action, &laquo;&nbsp;le Mevungu s&rsquo;invite&nbsp;&raquo;. Possession omnipr&eacute;sente, il fait avancer les h&eacute;ro&iuml;nes qui deviennent tour &agrave; tour impr&eacute;catrices, vengeresses, manipulatrices et justici&egrave;res. La danse macabre des deux jeunes femmes donne &agrave; Jean-Pierre Bekolo l&rsquo;occasion d&rsquo;&eacute;taler sa palette. Les corps ne cessent de danser, de bouger, de mimer les combats. Le tout assaisonn&eacute; de lumi&egrave;res froides qui traversent la nuit &eacute;ternelle o&ugrave; est plong&eacute;e l&rsquo;intrigue. A l&rsquo;&eacute;cran, des inserts visuels nous rappellent cependant que si tout est possible dans ce Yaound&eacute; de 2025, rien ne l&rsquo;est vraiment.&nbsp;Comment faire un film d&rsquo;anticipation dans un pays qui n&rsquo;a pas d&rsquo;avenir&nbsp;?&nbsp;Comment faire un film policier quand on ne peut pas enqu&ecirc;ter&nbsp;? Comment faire un film d&rsquo;horreur dans un endroit o&ugrave; la mort est une f&ecirc;te&nbsp;? Jean-Pierre Bekolo pose astucieusement des questions qui vont au-del&agrave; du message politique adress&eacute; &agrave; une Afrique qui craint ses miroirs. Il pose les questions que le cin&eacute;ma africain n&rsquo;arrive pas &agrave; trancher. Ce faisant, il interroge ses pairs sur leur propre d&eacute;finition du cin&eacute;ma. La vraie subversion est sans doute contenue dans ces inserts. Qui osera secouer les bonnes vieilles certitudes&nbsp;? Comment faire un cin&eacute;ma d&rsquo;avant-garde, subversif et novateur lorsque l&rsquo;on est Africain&nbsp;? La r&eacute;ponse est simple, en suivant les traces de Jean-Pierre Bekolo.&nbsp; <\/p>\n<p>Des traces qui remontent &agrave; 1992 et la projection &agrave; Cannes de son premier film,&nbsp;<em>Quartier Mozart<\/em>. Jean-Pierre Bekolo, &agrave; peine &acirc;g&eacute; de 25 ans, est alors salu&eacute; par la critique mondiale. <em>Les Saignantes<\/em>, tourn&eacute; en 2005, sort &agrave; partir du 20 mai &agrave; L&rsquo;Entrep&ocirc;t, dans le 14<sup>e<\/sup> arrondissement de Paris. <\/p>\n<p><span class=\"nom\">Olivier&nbsp;Rogez<br \/>Rfi.fr<br \/><\/span><\/p>\n<p><span class=\"nom\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Comment faire un film d\u2019anticipation dans un pays qui n\u2019a pas d\u2019avenir ? \u00bb, c\u2019est la question, vaste et narquoise, que&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-29313","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29313","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29313"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29313\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}