{"id":29570,"date":"2009-09-04T13:44:39","date_gmt":"2009-09-04T13:44:39","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"3357","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/3357\/","title":{"rendered":"Le livre du jour : Noire dans un camp nazi"},"content":{"rendered":"<p>Le roman de Michelle Maillet pr\u00e9sente le drame de Sidonie, d\u00e9port\u00e9e avec ses jumeaux de cinq ans pendant la seconde guerre mondiale.<\/p>\n<p>\n &#8211; <\/p>\n<h4 align=\"justify\"><\/h4>\n<p align=\"justify\">Celui qui veut d&eacute;couvrir le drame brillamment romanc&eacute; d&rsquo;une d&eacute;portation dans un camp de concentration (Ravensbr&uuml;ck) au cours de la seconde guerre mondiale sera servi par le roman de Michelle Maillet. Mais, il y a plus. Ce drame, c&rsquo;est celui d&rsquo;une noire. Depuis Serge Bil&eacute;, on sait d&eacute;sormais qu&rsquo;il y avait des noirs dans les camps nazis. Donc une narration &eacute;pic&eacute;e, aux allures de reportage, vaut bien le d&eacute;tour.<\/p>\n<p>Celui qui veut d&eacute;couvrir le drame brillamment romanc&eacute; d&rsquo;une d&eacute;portation dans un camp de concentration (Ravensbr&uuml;ck) au cours de la seconde guerre mondiale sera servi par le roman de Michelle Maillet. Mais, il y a plus. Ce drame, c&rsquo;est celui d&rsquo;une noire. Depuis Serge Bil&eacute;, on sait d&eacute;sormais qu&rsquo;il y avait des noirs dans les camps nazis. Donc une narration &eacute;pic&eacute;e, aux allures de reportage, vaut bien le d&eacute;tour.<br \/>Et pourtant, le principal centre d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du roman de Michelle Maillet se trouve ailleurs. R&eacute;cit &agrave; la premi&egrave;re personne comme &laquo; Stupeur et tremblements&raquo; d&rsquo;Am&eacute;lie Nothomb, &laquo;L&rsquo;Etoile noire&raquo; peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme un mod&egrave;le litt&eacute;raire d&rsquo;hybridation culturelle. On y voit toutes les cat&eacute;gories caract&eacute;ristiques de l&rsquo;identit&eacute; s&rsquo;entrem&ecirc;ler et s&rsquo;entrechoquer : la race, la religion, la culture, la civilisation, la nationalit&eacute;, etc. La co-pr&eacute;sence et l&rsquo;interp&eacute;n&eacute;tration de ces facteurs font appara&icirc;tre parfaitement la difficult&eacute; qu&rsquo;il y a &agrave; d&eacute;finir l&rsquo;identit&eacute; dans le monde actuel. <br \/>Au c&oelig;ur de cette complexit&eacute;, il y a le drame d&rsquo;une native de la ville de Saint-Pierre, &laquo;la plus jolie ville des Antilles fran&ccedil;aises&raquo;,&nbsp; Sidonie, &eacute;l&egrave;ve &agrave; l&rsquo;&eacute;cole de m&eacute;decine, m&egrave;re de jumeaux de cinq ans, Nicaise et D&eacute;sir&eacute;. La petite famille a &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;e par le parent fran&ccedil;ais de race blanche. Noire et domestique de juifs, elle a 25 ans et travaille comme domestique chez des juifs &agrave; Bordeaux. Mais, quand &eacute;clate la deuxi&egrave;me guerre mondiale, il ne fait pas bon c&ocirc;toyer les juifs. Sidonie sera donc&nbsp; d&eacute;port&eacute;e &agrave; l&rsquo;occasion d&rsquo;une rafle en 1943.<br \/>L&rsquo;&eacute;vocation altern&eacute;e du pass&eacute; esclavagiste des Noirs au milieu de cette d&eacute;portation extrabordelaise est une illustration parfaite de la notion de palimpsestes, telle que d&eacute;velopp&eacute;e par G&eacute;rard Genette : de temps &agrave; autre, la narration du voyage par train ou du s&eacute;jour dans le camp de concentration laisse place &agrave; des sc&egrave;nes datant de trois si&egrave;cles et pr&eacute;sentant des esclaves dans des plantations, dans les cales des navires, les cha&icirc;nes au pied. Autres sc&egrave;nes du pass&eacute;, plus r&eacute;cent, l&rsquo;enfance de Sidonie. <br \/>La torture physique, la promscuit&eacute;, les pestilences, voire la folie du camp de Ravensbr&uuml;ck ne seront endur&eacute;es que gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;invention d&rsquo;une spiritualit&eacute; centr&eacute;e autour d&rsquo;un dieu baptis&eacute; &laquo;Ag&eacute;nor&raquo;. La qu&ecirc;te des origines martiniquaises et africaines y sera aussi pour beaucoup. Peu &agrave; peu, se servant d&rsquo;un crayon de fortune, elle se met &agrave; &eacute;crire le journal de son s&eacute;jour dans l&rsquo;enfer des camps de concentration. Une entreprise qui l&rsquo;aidera &agrave; faire le deuil d&rsquo;une fille morte et d&rsquo;un fils dont elle a &eacute;t&eacute; sevr&eacute;e et qu&rsquo;elle ne verra jamais, si l&rsquo;on en croit cette pr&eacute;cision sur laquelle se referme le roman : &laquo; C&rsquo;est ainsi que se termine \/ le petit carnet de Sidonie.\/ L&rsquo;&eacute;criture, de plus en plus t&eacute;nue,\/ y est presque illisible.\/ Ce carnet a &eacute;t&eacute; renvoy&eacute; par les soins d&rsquo;une cod&eacute;tenue &agrave; la m&egrave;re de Sidonie,\/ qui l&rsquo;a re&ccedil;u apr&egrave;s la guerre. &raquo;<\/p>\n<p><span class=\"small\">par Maurice Simo Djom\t<\/span><\/p>\n<p><strong>Michelle Maillet,<\/strong><br \/><strong>L&rsquo;Etoile noire,<\/strong><br \/><strong>Roman, Oh ! &Eacute;ditions, 2006 (r&eacute;&eacute;dition 2009)<\/strong><br \/><strong>Prix Licra<\/strong><br \/><strong>Pr&eacute;face de Simone Veil<\/strong><br \/><strong>209p.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman de Michelle Maillet pr\u00e9sente le drame de Sidonie, d\u00e9port\u00e9e avec ses jumeaux de cinq ans pendant la seconde guerre mondiale.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":13,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-29570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/13"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29570"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29570\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}