{"id":29676,"date":"2009-11-06T17:32:43","date_gmt":"2009-11-06T17:32:43","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"3463","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/3463\/","title":{"rendered":"Sexe et cr\u00e9ation litt\u00e9raire*"},"content":{"rendered":"<p>La litt\u00e9rature camerounaise vient de s\u2019enrichir de deux \u0153uvres de fiction qui ne vont s\u00fbrement pas passer inaper\u00e7ues. Il s\u2019agit de L\u2019\u00e9vangile du co\u00eft de Fernando d\u2019Almeida et d\u2019Une nuit dans les sissongo d\u2019Elise Mballa Meka. &#8211; <strong><font color=\"#000000\">  <\/font><\/strong><\/p>\n<p><span class=\"13aria\">&nbsp; Si le titre du recueil de po&egrave;mes de d&rsquo;Alm&eacute;ida en dit long sur son contenu et le ton de la provocation qui le caract&eacute;rise, le roman d&rsquo;Elise Mballa Meka n&rsquo;en est pas moins articul&eacute; autour du sexe. La romanci&egrave;re recourt &agrave; l&rsquo;esth&eacute;tique du merveilleux dans une &eacute;criture qui n&rsquo;est pas sans faire penser au Garcia Marquez de Cent ans de solitude. Une nuit dans les sissongo est l&rsquo;histoire &laquo;d&rsquo;un bitolero qui d&eacute;bitait plus bite (sic) que son ombre&raquo; en pleine &egrave;re o&ugrave; &laquo;la bitocratie se dresse g&eacute;ante &agrave; la face du peuple, dans les campus, dans les bureaux, dans les bistrots. L&rsquo;on ne v&eacute;cut plus que pour elle, comme en son temps, on avait v&eacute;cu pour la nation, pour le football, pour le dipl&ocirc;me, pour la feymania. Elle devint objet de promotion, sujet d&rsquo;adoration, th&egrave;me de dissertation, cause de s&eacute;paration, sport de comp&eacute;tition. <\/p>\n<p>Elle entra dans les trous de tous &acirc;ges, dans les foyers de jeunes filles, les internats de jeunes filles, les asiles de vieilles filles, les trous de cul des pas filles, les trous bonbons et les trous acides. Enfin la bitocratie trouva son terrain de pr&eacute;dilection dans les sissongo&raquo; Le ton du roman est ainsi donn&eacute; ; celui-ci n&rsquo;est ni moins torride, ni moins audacieux que le recueil de po&egrave;mes de Fernando d&rsquo;Almeida. <br \/>Ces &oelig;uvres remettent donc au go&ucirc;t du jour un d&eacute;bat presqu&rsquo;aussi vieux que l&rsquo;invention de l&rsquo;&eacute;criture: la place du sexe dans la cr&eacute;ation litt&eacute;raire. <br \/>Notre litt&eacute;rature a sa petite histoire de d&eacute;bats houleux et de prises de positions radicales la question, adoss&eacute;s ou non sur la morale et l&rsquo;&eacute;thique. Pour se limiter &agrave; un pass&eacute; r&eacute;cent, les &oelig;uvres autour desquelles ce d&eacute;bat sur sexe et litt&eacute;rature s&rsquo;est cristallis&eacute; sont le roman Femme noire femme nue de Calixthe Beyala, Soif azur (po&eacute;sie) et Bouillons de vie (roman) d&rsquo;Angeline Solange Bonono, Les Cha&icirc;nes du droit de cuissage (roman) de Virginie Stella Engama et Boulevard de la libert&eacute;, un recueil de po&egrave;mes collectif dont l&rsquo;un des principaux inspirateurs et auteurs fut l&rsquo;ind&eacute;crottable Fernando d&rsquo;Alm&eacute;ida. <\/p>\n<p>En son temps, le roman &eacute;rotico-pornographique de Beyala suscita un vif d&eacute;bat qui divisa l&rsquo;opinion au Cameroun. La d&eacute;marche de la romanci&egrave;re camerounaise fut m&ecirc;me &laquo;d&eacute;sapprouv&eacute;e&raquo; par presque toutes ses cons&oelig;urs du terroir dont Patrimoine (n&deg;39 de juillet 2003) recueillit les avis. M&ecirc;me les plus audacieuses de nos romanci&egrave;res : Marie Claire Dati, Virginie Stella Engama et Angeline Solange Bonono furent d&rsquo;avis que le sexe pour le sexe nuit &agrave; la cr&eacute;ation et qu&rsquo;il ne faudrait parler de sexe qu&rsquo;en tant que valeur essentielle de la vie.<br \/>Depuis le houleux d&eacute;bat suscit&eacute; par son recueil de po&egrave;mes Mesure de l&rsquo;Amour et surtout le toll&eacute; d&eacute;clench&eacute; par la publication par les &eacute;ph&eacute;m&egrave;res &eacute;ditions du CCF de Douala de Boulevard de la libert&eacute;, Fernando d&rsquo;Almeida s&rsquo;est fait un devoir de d&eacute;fendre la po&eacute;tique et l&rsquo;esth&eacute;tique du nu, du sexe et de l&rsquo;&eacute;rotisme. D&rsquo;Alm&eacute;ida accuse notre soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre hypocrite et de fermer les yeux sur des r&eacute;alit&eacute;s du sexe, de la sexualit&eacute; qui font partie de notre quotidien. Le dessein qu&rsquo;il assigne &agrave; son iconoclaste manifeste intitul&eacute; &laquo;De la po&eacute;rotique comme qu&ecirc;te du merveilleux&raquo; c&rsquo;est de ruiner les masques, de briser les tabous pour questionner de fond en comble le corps et ses signifiants. De son point de vue le nu est &laquo;l&rsquo;antichambre du corps sexu&eacute;&raquo; ; celui-ci n&eacute;cessite que ses &laquo;pr&eacute;suppos&eacute;s id&eacute;ologiques soient connus, analys&eacute;s&raquo; pour atteindre le c&oelig;ur arch&eacute;typal du monde dont d&rsquo;Almeida pr&eacute;tend que le sexe f&eacute;minin est l&rsquo;&eacute;picentre symbolique.<\/p>\n<p>Au demeurant, qu&rsquo;on y recoure ou non, on conviendra que la sexualit&eacute; n&rsquo;est pas toujours cr&eacute;ative. Comme le constatait Nocky Djedanoum &agrave; l&rsquo;occasion du Fest&rsquo;Africa 2002 consacr&eacute; &agrave; la sexualit&eacute; dans la litt&eacute;rature, &laquo;la sexualit&eacute; pourrait aussi tourner en rond, &ecirc;tre cr&acirc;nement improductive. La sexualit&eacute; cr&eacute;atrive, c&rsquo;est plus complexe que cela, et &ccedil;a vaut vraiment la chandelle. Une &eacute;tincelle, un feu, deux lumi&egrave;res, une mosa&iuml;que de bougies en branle, pour chanter la vie ou la mort&hellip;Eh oui, h&eacute;las, la sexualit&eacute;, c&rsquo;est aussi quitter la vie. Mourir de sexe sexuellement transmis, mourir de d&eacute;sir, mourir d&rsquo;amour&raquo;. Une nuit dans les sissongo est pr&eacute;cis&eacute;ment une histoire tragique de sexe et d&rsquo;amour. Le m&eacute;rite d&rsquo;Elise Mballa Meka est de faire du sexe un pr&eacute;texte, le tremplin d&rsquo;une histoire merveilleuse, haletante, &agrave; travers laquelle le lecteur traverse le Cameroun dans une randonn&eacute;e faite de pittoresque, c&ocirc;toie certaines de ses figures &eacute;minentes, red&eacute;couvre non sans &eacute;tonnement les m&oelig;urs et les mentalit&eacute;s des populations composites de ce pays-mosa&iuml;que.<\/p>\n<p><em> Par Marcelin Vounda Etoa* <\/em> <\/span>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La litt\u00e9rature camerounaise vient de s\u2019enrichir de deux \u0153uvres de fiction qui ne vont s\u00fbrement pas passer inaper\u00e7ues. 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