{"id":29681,"date":"2009-11-06T17:40:59","date_gmt":"2009-11-06T17:40:59","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"3468","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/3468\/","title":{"rendered":"Le sexe nourrit toujours la litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p>Elles sont de plus en plus nombreuses les \u0153uvres qui l\u00e8vent le tabou du nu dans le paysage litt\u00e9raire national. &#8211; <strong><font color=\"#000000\"> <\/font><\/strong><\/p>\n<p><span class=\"13aria\"> <\/p>\n<p>Les amoureux de la litt&eacute;rature camerounaise se souviennent encore de cette atmosph&egrave;re particuli&egrave;re du d&eacute;but 2006 &agrave; la sortie du collectif intitul&eacute; Boulevard de la libert&eacute; aux &eacute;ditions du Centre culturel Blaise Cendrars de Douala. Un recueil de po&egrave;mes dont la d&eacute;dicace qui e&ucirc;t lieu &agrave; Yaound&eacute; donna l&rsquo;occasion pour les critiques de se dresser pour certains d&rsquo;entre eux contre la domination de l&rsquo;&eacute;criture par le nu, mieux par le sexe. <br \/>Le chroniqueur Marcelin Vounda Etoa, dans les colonnes du mensuel Patrimoine qu&rsquo;il dirigeait alors, parla m&ecirc;me de &laquo;l&rsquo;&eacute;criture de la transgression, transgression des valeurs morales dans une soci&eacute;t&eacute; peut-&ecirc;tre hypocrite &agrave; certains &eacute;gards mais o&ugrave; l&rsquo;indignation de la majorit&eacute; demeure sinc&egrave;re sur les questions de m&oelig;urs&raquo;.<\/p>\n<p>Mais &agrave; vrai dire, le public &eacute;tait d&eacute;j&agrave; habitu&eacute; &agrave; ce type de litt&eacute;rature positionn&eacute;e dans le sillon d&rsquo;une litt&eacute;rature proche du pornographique. Car quelques ann&eacute;es auparavant, une &oelig;uvre comme le recueil Soif Azur de la po&eacute;tesse Angeline Solange Bonono fit les m&ecirc;mes vagues. Tout comme Le droit de cuissage de Stella Engama ou encore Femme noire, femme nue du grand prix de l&rsquo;acad&eacute;mie fran&ccedil;aise Calixte Beyala. Cette derni&egrave;re provoqua m&ecirc;me une sortie de ses consoeurs de la plume que Patrimoine relaya sur deux pages. O&ugrave; l&rsquo;on se rendit compte que l&rsquo;option pour le nu n&rsquo;&eacute;tait point partag&eacute;e chez les &eacute;crivaines. Mme Bonono y &eacute;crivait alors que &laquo;la sexualit&eacute; est une question br&ucirc;lante et parler de sexe est une urgence dans la mesure o&ugrave; le monde a mal au sexe (Sida !)&raquo;. Question br&ucirc;lante qui pour Mme Engama ne devrait &ecirc;tre comprise que comme &laquo;un moyen de faire passer un message m&eacute;taphorique&raquo; et non &laquo;une fin en soi&raquo; tant &laquo;le sexe ne devrait pas (..) &ecirc;tre la trame d&rsquo;un roman&raquo;. Car &laquo;Objectiver le sexe pourrait appauvrir la cr&eacute;ativit&eacute; romanesque qui s&rsquo;abreuve aux sources de multiples th&egrave;mes, y compris celui du sexe mais &eacute;galement ceux de l&rsquo;amour, de la mort, de la joie comme de la douleur&raquo;.<\/p>\n<p><strong>Esth&eacute;tique<\/strong><br \/>Une sortie qui posait alors la question de la place du sexe dans tout projet d&rsquo;&eacute;criture. Pour l&rsquo;&eacute;crivain et &eacute;diteur Joseph Fumtim, &laquo;&eacute;crire sur le sexe doit se faire dans les r&egrave;gles. Le faire doit reposer sur une esth&eacute;tique qui doit aller avec le projet. Le sexe peut &ecirc;tre juste un &eacute;l&eacute;ment, une accroche comme il peut &ecirc;tre une finalit&eacute;. Si c&rsquo;est une accroche pour attirer le lecteur, on ne peut pas lui faire le reproche.&raquo; Et si jamais pareille orientation n&rsquo;&eacute;tait point suivie, l&rsquo;auteur risque alors de courir &laquo;le risque de verser dans la vulgarit&eacute;&raquo;. Pour l&rsquo;&eacute;crivaine Marie Claire Dati, &laquo;Ce n&rsquo;est pas le sexe qui est important, c&rsquo;est de s&rsquo;en servir pour exprimer le prix de la vie, de la vraie vie. C&rsquo;est cr&eacute;er un homme nouveau jaloux de bien vivre. L&agrave;, oui ! le sexe peut entrer dans la litt&eacute;rature (&hellip;) pour &eacute;veiller des consciences, faire rayonner un monde plus beau, pour tenter d&rsquo;inventer, de recr&eacute;er, d&rsquo;illustrer, de redire.&raquo;<\/p>\n<p>Sur les raisons qui pourraient pousser un auteur &agrave; embrasser la sexualit&eacute; comme sujet de l&rsquo;&eacute;criture, Mme Engama estime que ce n&rsquo;est que le prolongement de ce qui a fait les lettres de noblesse de la litt&eacute;rature orale qui &laquo;depuis la nuit des temps &agrave; travers les &eacute;pop&eacute;es&raquo; a toujours donn&eacute; une place au sexe. Pour M. Fumtim, cette option peut s&rsquo;inscrire dans l&rsquo;air du temps. Surtout &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; le sexe se donne d&eacute;sormais &agrave; voir partout. Lui qui ne s&rsquo;encombre plus de l&rsquo;obscurit&eacute; ou de la p&eacute;nombre pour se laisser admirer ou contempler. Un avis pas du tout partag&eacute; par Mme Mpoundi Ngoll&egrave; qui &eacute;crivait dans Patrimoine en juillet 2003 que &laquo;le sexe n&rsquo;est donc pas si banal&raquo; en Afrique o&ugrave; &laquo;pour conjurer le mauvais sort cons&eacute;cutif &agrave; une telle mal&eacute;diction on se soumet &agrave; des rites d&rsquo;expiation et d&rsquo;absolution&raquo;, avant de dire qu&rsquo;elle ne pourrait jamais &eacute;crire un roman &eacute;rotique ou pornographique, m&ecirc;me si elle peut comprendre ceux des auteurs qui le font.<\/p>\n<p><strong>Le sexe encore et toujours !<\/strong><br \/>Six ans plus loin, Mme Bonono plaide pour une diff&eacute;renciation entre la pornographie &laquo;qui est la repr&eacute;sentation des choses obsc&egrave;nes et l&rsquo;&eacute;rotisme qui est un go&ucirc;t marqu&eacute;, excessif, pathologique pour les choses sexuelles.&raquo; C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;auteure de Bouillons de vies et Le journal intime d&rsquo;une &eacute;pouse estime que &laquo;L&rsquo;&eacute;rotisme subtil, sugg&eacute;r&eacute; apporte une certaine saveur, une succulence &agrave; un texte litt&eacute;raire car provoque chez le lecteur une &eacute;motion sensuelle positive et comble une attente.&raquo; Car le sexe n&rsquo;est finalement rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une partie du corps comme une autre et qui ne saurait &ecirc;tre &laquo;frapp&eacute;e du sceau du tabou&raquo; dans la cr&eacute;ation litt&eacute;raire.<\/p>\n<p>Rabiatou Njoya estimait quant &agrave; elle en 2003 que le sexe parfumait nombre d&rsquo;ouvrages en Occident parce que dernier conna&icirc;t &laquo;un &eacute;puisement des sources d&rsquo;inspiration&raquo;. Un espace o&ugrave; la majorit&eacute; des &ecirc;tres humains ont h&eacute;las des fantasmes que satisfont les &oelig;uvres &laquo;pornographiques&raquo;. Satisfaction qui &laquo;a tr&egrave;s peu de choses &agrave; voir avec le g&eacute;nie cr&eacute;ateur&raquo;. C&rsquo;est pourquoi elle conseillait &agrave; ses pairs de &laquo;garder au sujet de la sexualit&eacute;, dans la pratique et dans le traitement que nous en faisons dans nos cr&eacute;ations, ce qui nous diff&eacute;rencie de l&rsquo;Occident (&hellip;) les &eacute;crivains africains ont encore tant de choses &agrave; dire qu&rsquo;il serait dommage qu&rsquo;ils se lassent en &eacute;crivant des &oelig;uvres pornographiques&raquo;.<\/p>\n<p>Quoi qu&rsquo;il en soit et quelque soientt les postulats des uns et des autres, l&rsquo;aventure du sexe dans l&rsquo;&eacute;criture camerounaise se poursuit comme le d&eacute;montrent quelques &oelig;uvres r&eacute;centes. Car apr&egrave;s Mesure de l&rsquo;amour et L&rsquo;&eacute;vangile du co&iuml;t de l&rsquo;un de nos plus grands po&egrave;tes de l&rsquo;heure Fernando d&rsquo;Almeida, Elise Mballa Meka a d&eacute;cid&eacute; de centrer l&rsquo;intrigue de son premi&egrave;re &oelig;uvre autour &laquo;d&rsquo;un bitolero qui d&eacute;bitait plus bite que son ombre&raquo; dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; &laquo;la bitocratie se dresse g&eacute;ante &agrave; la face du peuple, dans les campus, dans les bureaux, dans les bistrots&raquo;. Et ce faisant, cette nouvelle &eacute;criture contribue, pour parler comme Angeline Bonono, &agrave; &laquo;sortir les mots li&eacute;s au sexe du ghetto linguistique o&ugrave; notre moi hypocrite les ont enferm&eacute;s&raquo;. Pour combien de temps encore ?<\/p>\n<p><em>Parfait Tabapsi<\/em> <\/span>  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles sont de plus en plus nombreuses les \u0153uvres qui l\u00e8vent le tabou du nu dans le paysage litt\u00e9raire national. &#8211; Les&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-29681","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29681\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}