{"id":30303,"date":"2010-11-01T14:59:21","date_gmt":"2010-11-01T14:59:21","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"4094","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/4094\/","title":{"rendered":"Les objets d\u2019art ne misent pas gros"},"content":{"rendered":"<p>Les Camerounais redoutent les co\u00fbts tr\u00e8s on\u00e9reux des diff\u00e9rents produits. &#8211; <\/p>\n<p><b><font color=\"#000000\">Collection  : <\/font><\/b><\/p>\n<p><span class=\"13aria\"> <\/p>\n<p>Le  ciel est cl&eacute;ment aujourd&rsquo;hui, mais le temps des affaires ne l&rsquo;est pas  pour Thomas Ngouabe, peintre. Assis sur une chaise de fortune, le jeune  homme guette patiemment son premier acheteur de la journ&eacute;e. Ses toiles  sont expos&eacute;es aux abords d&rsquo;une cl&ocirc;ture r&eacute;sidentielle, &agrave; Bonapriso, pr&egrave;s  de l&rsquo;&eacute;cole &laquo;les Ribambelles&raquo;. Le discours de son interlocutrice ne  l&rsquo;int&eacute;resse gu&egrave;re. &laquo;Ventre affam&eacute; n&rsquo;a point d&rsquo;oreille&raquo;, avise l&rsquo;adage.  Thomas affine pourtant son ou&iuml;e lorsqu&rsquo;une jeune dame lui demande le  prix d&rsquo;une toile. &laquo;50.000 francs Cfa !&raquo; lance gaiement l&rsquo;artiste.  &laquo;50.000 francs ? Ca alors!&raquo; S&rsquo;exclame la demanderesse, le regard fuyant.  Thomas n&rsquo;essaiera pas de la convaincre. Des clientes comme celle-l&agrave;, il  en voit tous les jours. <\/p>\n<p>&laquo;Les Camerounais ne comprennent rien &agrave;  rien &agrave; l&rsquo;art&raquo;, finit-il par d&eacute;clarer, d&eacute;pit&eacute;. Comme piqu&eacute; par le virus  de la parole, Thomas d&eacute;bite son lot de frustrations en tant qu&rsquo;artiste  plasticien. &laquo;Les Camerounais ne connaissent pas la valeur de l&rsquo;art&raquo;,  insiste-t-il. &laquo;Certains s&rsquo;y int&eacute;ressent par mim&eacute;tisme parce qu&rsquo;ils ont  vu des bibelots ou des tableaux chez leur copain, copine ou  connaissance. Mais la valeur intrins&egrave;que de l&rsquo;art, c&rsquo;est du chinois pour  eux&raquo;, rajoute-t-il. Le jeune peintre confie d&rsquo;ailleurs que les  Europ&eacute;ens sont ses principaux acheteurs et &laquo;quelques Africains blancs&raquo;.  Peut-&ecirc;tre parce que les toiles qu&rsquo;il propose co&ucirc;tent cher, pourrait-on  lui reprocher. Certaines fresques tutoient en effet le million de francs  Cfa. &laquo;C&rsquo;est certes une question de pouvoir d&rsquo;achat, mais l&rsquo;art n&rsquo;a pas  de prix&raquo;, r&eacute;plique Thomas. &laquo;Effectivement, l&rsquo;art n&rsquo;a pas de prix.<\/p>\n<p>Une &oelig;uvre d&rsquo;art n&rsquo;a de valeur que celle qu&rsquo;on lui donne. Mettez un  tableau de Picasso dans une cuisine, elle n &lsquo;aura plus sa valeur  actuelle&raquo;, mart&egrave;le Koko Kom&eacute;gn&eacute;, artiste plasticien bien connu.  &laquo;Certains femmes vendent leur corps. Les hommes vendent leur &acirc;me.  L&rsquo;artiste vend les &oelig;uvres de l&rsquo;esprit, qui &agrave; vrai dire, n&rsquo;ont pas de  prix&raquo;, rajoute-t-il po&egrave;te. Avant d&rsquo;ajouter p&eacute;remptoire : &laquo;je tra&icirc;ne une  exp&eacute;rience de 44 ans dans l&rsquo;art plastique et lorsque je fais  l&rsquo;inventaire, je puis vous assurer que 70% de ma client&egrave;le se recrute  chez les Europ&eacute;ens Blancs. Le reste du pourcentage, ce sont les hommes  et femmes qui, pour la plupart, ont pass&eacute; une partie de leur vie en  Europe, au S&eacute;n&eacute;gal, au Gabon ou en C&ocirc;te d&rsquo;ivoire&raquo;, relate Koko,  presqu&rsquo;avec regret. <br \/>\nPour Koko, le Camerounais s&rsquo;int&eacute;resse &agrave; l&rsquo;art.  &laquo;Mais lequel ? L&rsquo;art artisanal !&raquo; lance-t-il comme si  cela allait de  soi. Selon Koko, les Camerounais affectionnent les bibelots, les objets  en bois, rotin. Les nappes de tables brod&eacute;es, la pacotille chinoise. La  sculpture, la peinture seraient au-dessus de leur entendement. <\/p>\n<p>D&rsquo;apr&egrave;s  Koko Kom&eacute;gn&eacute;, l&rsquo;auteur de ce mal est tout trouv&eacute; : les pouvoirs  publics. &laquo;Pour de nombreux Camerounais, l&rsquo;art s&rsquo;assimile uniquement &agrave; la  musique. Comment penser autrement lorsque dans un pays, il n&rsquo;existe pas  de v&eacute;ritable mus&eacute;e, ni de centre culturel, encore moins de biblioth&egrave;que  municipale. La conscience collective est ainsi forg&eacute;e parce que ceux  d&rsquo;en haut l&rsquo;ont voulu ainsi !&raquo;, tranche Koko. <br \/>\nSi Koko indexe  essentiellement le minist&egrave;re de la Culture, Yakoubou, jeune vendeur  d&rsquo;objet d&rsquo;arts en bois et acier en bordure d&rsquo;une route au quartier  Bonapriso &agrave; Douala, incrimine surtout le minist&egrave;re du Tourisme. &laquo;Le  touriste est plus &agrave; m&ecirc;me &agrave; acheter un masque, une &laquo;table Babanki&raquo; entre  autres objets de souvenir de l&rsquo;Afrique. Les r&eacute;sidents Europ&eacute;ens, encore  moins les Camerounais, ne sont pas tr&egrave;s g&eacute;n&eacute;reux avec nous&raquo;, t&eacute;moigne  Yakoubou, du haut d&rsquo;un &laquo;tabouret ashanti noir&raquo;. Yakoubou et son  partenaire Abbou, ont ainsi opt&eacute; pour la &laquo;politique de l&rsquo;avance sur le  payement&raquo;. &laquo;Pour ceux qui ne peuvent payer cash, nous leur proposons de  faire une avance sur le prix de revient de l&rsquo;objet qui leur pla&icirc;t&raquo;,  r&eacute;v&egrave;lent-ils. <\/p>\n<p>Ainsi, le tandem croit-il contourner la difficult&eacute;  financi&egrave;re des clients. &laquo;Les Camerounais appr&eacute;cient vraiment ce que  nous proposons comme objets d&rsquo;art. Mais le Camerounais r&eacute;fl&eacute;chira &agrave; deux  fois avant de succomber &agrave; l&rsquo;envie d&rsquo;acheter&raquo;, constate Yakoubou. Pour  ce dernier, son espace marchand am&eacute;nag&eacute; en bordure de route, freinerait  l&rsquo;&eacute;lan de quelques bourgeois. A d&eacute;faut de vendre dans une galerie, Abdou  et Yakoubou squattent les trottoirs. Ils ont pour voisins (un peu  &eacute;loign&eacute;), le vannier Honor&eacute; Essomb&eacute;, dit &laquo;Donking&raquo;. Les fauteuils en  rotin de &laquo;Donking&raquo; s&eacute;duisent. Et pourtant, confie-t-il, il peut passer  deux semaines sans vendre. Et ceux qui ach&egrave;tent v&eacute;ritablement les objets  de vannerie de &laquo;Donking&raquo; sont des Anglais, Fran&ccedil;ais, Am&eacute;ricains. &laquo;Les  Chinois marchandent les prix plus que les Libanais&raquo;, l&acirc;che-t-il  calmement. A l&rsquo;&eacute;couter, on comprend que les Camerounais ne figurent pas  sur sa top liste d&rsquo;acheteurs. Le jeudi 21 octobre dernier a eu lieu la  vente aux ench&egrave;res d&rsquo;un tableau du peintre Max Lyonga, au cercle  municipal de Douala. Les b&eacute;n&eacute;fices de la vente serviront &agrave; la  construction d&rsquo;un &eacute;tablissement scolaire sp&eacute;cialis&eacute;e pour enfants  autistes. La mise &agrave; prix &eacute;tait fix&eacute;e &agrave; 10.000 francs Cfa. <br \/>\nLe dernier ench&eacute;risseur a fait une ench&egrave;re de 650.000 francs Cfa. Ce dernier &eacute;tait un Europ&eacute;en, comme par hasard&hellip;  <\/p>\n<p><i>Monique Ngo Mayag<\/i> <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Camerounais redoutent les co\u00fbts tr\u00e8s on\u00e9reux des diff\u00e9rents produits. &#8211; Collection : Le ciel est cl&eacute;ment aujourd&rsquo;hui, mais le temps des&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-30303","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30303","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30303"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30303\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}