{"id":30438,"date":"2011-06-06T16:42:25","date_gmt":"2011-06-06T16:42:25","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"4240","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/4240\/","title":{"rendered":"Remember Francis Bebey"},"content":{"rendered":"<p>\nLe chanteur, multi-instrumentiste et agitateur culturel camerounais Francis Bebey a disparu il y a dix ans. Retour sur le parcours de cet artiste exceptionnel. &#8211; <\/p>\n<p>Francis Bebey &eacute;tait un po&egrave;te. Chanteur, compositeur, romancier, multi-instrumentiste, conteur, il avait des douceurs de vieux sage et des r&ecirc;ves de jeune homme, des &eacute;lans &eacute;merveill&eacute;s et des acc&egrave;s de r&eacute;alisme dru. Il &eacute;tait le po&egrave;te de la fl&ucirc;te pygm&eacute;e charg&eacute;e de myst&egrave;res sylvestres et de senteurs nocturnes. Il &eacute;tait aussi po&egrave;te de la sanza (le lamellophone de m&eacute;tal de l&rsquo;Afrique noire) et de la guitare, avec dans son jeu du Baden Powell comme du Narciso Yepes, des usages qui &eacute;voquent le balafon comme de belles brusqueries rythmiques. Il chantait de l&eacute;gers sanglots, des nostalgies, des rires, des tendresses, des solitudes que la malice parfois allume, complice et attendrissante.<\/p>\n<p>Fils d&rsquo;un pasteur baptiste<\/p>\n<p>N&eacute; au Cameroun en 1929, il est le fils d&rsquo;un pasteur baptiste qui joue &agrave; l&rsquo;harmonium ou &agrave; l&rsquo;accord&eacute;on des cantiques de Bach et de Haendel. Enfant d&rsquo;un village &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie de Douala, il est fascin&eacute; par un voisin qui, &laquo; la nuit, jouait d&rsquo;instruments dont on disait qu&rsquo;ils appelaient le diable, nous avait-il racont&eacute;. Alors il ne fallait pas &eacute;couter cet homme-l&agrave;. Mais notre case &eacute;tait juste de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de la rue. Comme il jouait tard la nuit et que les cases &eacute;taient ouvertes &agrave; tous les vents, je profitais du sommeil de mes parents pour aller l&rsquo;&eacute;couter. Si je me faisais prendre, j&rsquo;avais droit &agrave; une racl&eacute;e, &eacute;videmment. &raquo; Il d&eacute;couvre avec cet homme la sanza ou l&rsquo;arc &agrave; bouche, instruments simples mais aux possibilit&eacute;s infinies.<br \/>\n&laquo; Je ne voulais pas devenir ing&eacute;nieur, professeur ou m&eacute;decin, mais je voulais &ecirc;tre musicien. Or ce n&rsquo;&eacute;tait pas per&ccedil;u comme un m&eacute;tier. Beaucoup de gens faisaient de la musique et ce n&rsquo;&eacute;tait le m&eacute;tier de personne. J&rsquo;ai donc fait des &eacute;tudes d&rsquo;anglais pour devenir professeur. Et je me suis rendu compte que, puisque je n&rsquo;avais jamais aim&eacute; l&rsquo;&eacute;cole, je ne pourrais jamais &ecirc;tre un bon professeur. &raquo; Il fait mille d&eacute;tours : il &eacute;tudie le journalisme et les m&eacute;tiers de la radio aux &Eacute;tats-Unis, participe &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;une radio au Ghana (o&ugrave; on lui fait comprendre que l&rsquo;on n&rsquo;a pas besoin de journalistes trop libres), revient &agrave; Paris o&ugrave; il travaille &agrave; la Sorafom (Soci&eacute;t&eacute; de radiodiffusion de la France d&rsquo;outre-mer, qui deviendra plus tard RFI) avant d&rsquo;entrer &agrave; l&rsquo;Unesco o&ugrave; il forme des cadres et des techniciens pour les radios de pays du tiers monde et dirige une collection de disques de musiques traditionnelles. En m&ecirc;me temps, il &eacute;crit des romans, des essais sur la musique africaine et, &laquo; d&egrave;s que je trouvais trois sous et un studio, m&ecirc;me dans des conditions techniques difficiles, je faisais un disque &raquo;.<\/p>\n<p>Une carri&egrave;re devant soi<\/p>\n<p>Las de se battre contre la bureaucratie et l&rsquo;inertie, avide de musique et de cr&eacute;ation, il quitte l&rsquo;Unesco en 1974 pour se consacrer &agrave; plein temps &agrave; sa carri&egrave;re de chanteur. Alors que, partout sur le continent africain et dans les diasporas install&eacute;es en Europe, on se livre &agrave; la course aux armements dans l&rsquo;instrumentation &eacute;lectrique et l&rsquo;ampleur de l&rsquo;effectif des orchestres, Francis Bebey aime les instruments simples et les enregistrements acoustiques. Il se passionne pour la fl&ucirc;te pygm&eacute;e &agrave; une note alors que la plupart de ses pairs, au m&ecirc;me moment, s&rsquo;engouent des claviers &eacute;lectroniques.<br \/>\nIl est d&rsquo;une &eacute;tonnante prolixit&eacute;, enregistrant au total plus d&rsquo;une trentaine d&rsquo;albums, qui lui apportent quelques tr&egrave;s visibles succ&egrave;s sur le march&eacute; fran&ccedil;ais et francophone comme Agatha ou La Condition masculine. Mais, &agrave; l&rsquo;aube du nouveau mill&eacute;naire, il compose aussi pour le Kronos Quartet ou &eacute;crit une pi&egrave;ce pour violoncelle et sanza sur une commande de la violoncelliste fran&ccedil;aise Sonia Wieder-Atherton. Ce faisant, il refuse de se poser en porte-drapeau du Cameroun ou de l&rsquo;Afrique. Il nous avait ainsi confi&eacute;, &agrave; la sortie de son remarquable album Lambar&eacute;n&eacute;-Schweitzer, en 1993 : &laquo; Chez quelques-uns, je suis &eacute;nerv&eacute; par l&rsquo;appropriation de musiques non africaines que l&rsquo;on fait passer pour africaine. Qu&rsquo;on ait l&rsquo;humilit&eacute; de dire &laquo; c&rsquo;est ma musique &agrave; moi &raquo;, et non &laquo; c&rsquo;est de la musique africaine &raquo;, uniquement parce qu&rsquo;elle est jou&eacute;e par un Africain. &raquo; Les Africains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne sont pas ceux d&rsquo;il y a cinq cents ans. Ils sont des hybrides, qu&rsquo;ils le veuillent ou non. Je fais depuis des ann&eacute;es une musique africaine qui n&rsquo;est pas forc&eacute;ment celle que le commerce a retenue et qui cependant me repr&eacute;sente le plus fid&egrave;lement possible &ndash; un homme n&eacute; dans une ville, et qui a ses racines dans des villages d&rsquo;Afrique. &raquo;<br \/>\nReconnu par ses cadets comme un pionnier, si&eacute;geant au Haut-Conseil de la Francophonie, aussi souvent invit&eacute; par des universit&eacute;s que par des festivals de world music, Francis Bebey ne cachait pas que ses chansons devaient parfois autant &agrave; Georges Brassens ou &agrave; la musique classique europ&eacute;enne qu&rsquo;&agrave; ses racines africaines. En ce sens, il avait &eacute;t&eacute; un des premiers &agrave; d&eacute;finir une voie m&eacute;diane entre l&rsquo;assimilation culturelle et la r&eacute;f&eacute;rence &agrave; une sorte d&rsquo;absolu identitaire africain. La musique n&eacute;e de ce chemin singulier est charmeuse, &eacute;mouvante, diverse, souriante. Et elle reste une des plus singuli&egrave;res qui ait &eacute;clos depuis les d&eacute;colonisations africaines.<\/p>\n<p>Bertrand Dicale\/MFI<\/p>\n<p>Francis Bebey, la belle &eacute;poque. Livret de Kidi Bebey et Olivier&nbsp;&nbsp; Rogez. 2011. Cellulo&iuml;d\/co&eacute;dition RFI (Coffret).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chanteur, multi-instrumentiste et agitateur culturel camerounais Francis Bebey a disparu il y a dix ans. 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