{"id":30486,"date":"2011-07-08T15:02:41","date_gmt":"2011-07-08T15:02:41","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"4288","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/4288\/","title":{"rendered":"Joe La Conscience et le principe de responsabilit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>On a pr\u00e9tendu que la musique adoucissait les moeurs. Les choses ont depuis longtemps chang\u00e9 dans notre pays. Apr\u00e8s les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations de chanteurs qu\u2019il qualifie d\u2019impressionnistes, Hubert Mono Ndjana, dans son ouvrage intitul\u00e9 Les Chansons de Sodome et Gomorrhe (Editions du Carrefour, 126 p.), constatait d\u00e9j\u00e0 en 1999 que notre musique avait bascul\u00e9 dans un \u00abd\u00e9labrement licencieux extraordinaire\u00bb. &#8211; <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"13aria\">&nbsp;Une partie  importante de la chanson camerounaise, celle qui est le plus diffus&eacute;e  est donc devenue, depuis plus de deux d&eacute;cennies, essentiellement  &laquo;biologique&raquo;, r&eacute;duisant le sujet &eacute;ternel et in&eacute;puisable de l&rsquo;art :  l&rsquo;amour, au seul acte sexuel, chant&eacute; et mim&eacute; par des danseuses lascives,  toujours tr&egrave;s l&eacute;g&egrave;rement v&ecirc;tues. <\/p>\n<p>Les textes de ces chansons  sont des cascades de &laquo; descriptions anatomiques et physiologiques &raquo; et  des r&eacute;cits d&rsquo;actes sexuels d&rsquo;une rare violence, si l&rsquo;on en juge par le  lexique des paroliers. &laquo;Ils ne parlent pas d&rsquo;amour, puisqu&rsquo;ils  n&rsquo;&eacute;voquent aucun sentiment&raquo;. Une affaire relay&eacute;e par Mutations n&deg; 2942  du mardi 5 juillet 2011 remet dans l&rsquo;actualit&eacute; la question des valeurs  v&eacute;hicul&eacute;es par la musique camerounaise. Le 21 juin dernier, Kameni Joe  De Vinci, alias Joe la Conscience aurait adress&eacute; une citation directe  &agrave;  Lady Ponce et &agrave; Petit Pays pour &laquo;outrage public &agrave; la pudeur, outrage  aux moeurs, publications obsc&egrave;nes, corruption de la jeunesse, incitation  &agrave; la prostitution&raquo; ; dans le cas de Petit Pays, il y a m&ecirc;me une  incitation &agrave; l&rsquo;homosexualit&eacute;. C&rsquo;est que, depuis que nous sommes entr&eacute;s  dans l&rsquo;&egrave;re de la facilit&eacute; et des libert&eacute;s, le champ social a &eacute;t&eacute; envahi  par des imposteurs et des francs tireurs de tous poils. <\/p>\n<p>On a  ainsi vu d&eacute;barquer dans les milieux de la musique des jeunes trop  press&eacute;s de r&eacute;ussir pour avoir le temps de faire leurs classes,  d&rsquo;apprendre patiemment &agrave; placer des notes sur une guitare, &agrave; lire le  solf&egrave;ge, &agrave; chanter dans une gamme&hellip; Tr&egrave;s peu d&rsquo;entre eux connaissent  l&rsquo;&eacute;cole des cabarets o&ugrave; on se fait la main d&rsquo;abord par l&rsquo;interpr&eacute;tation,  ensuite en soumettant ses propres compositions  musicales &agrave; la sanction  de m&eacute;lomanes avertis, avant d&rsquo;en envisager la production.  Tr&egrave;s peu  dou&eacute;s et g&eacute;n&eacute;ralement mal ou pas form&eacute;s, les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations de  musiciens camerounais n&rsquo;en r&ecirc;vent pas moins de c&eacute;l&eacute;brit&eacute;, d&rsquo;honneur et  de gloire. Ne pouvant s&rsquo;imposer &agrave; l&rsquo;opinion par la qualit&eacute; de leurs  productions, ces musiciens d&rsquo;un autre genre ont mis en oeuvre une  strat&eacute;gie qui, avec des complicit&eacute;s diverses, leur permet de polluer en  permanence l&rsquo;espace public afin de cr&eacute;er une accoutumance &agrave; leurs  &eacute;ructations. Au niveau artistique, il leur suffit d&rsquo;accompagner de  bruits d&rsquo;instruments divers les descriptions de la &laquo;zone  sous-diaphragmatique&raquo;. <br \/>\nLes m&eacute;c&egrave;nes sont eux aussi tr&egrave;s vite trouv&eacute;s ;  la technique consiste &agrave; flatter l&rsquo;&eacute;go surdimensionn&eacute; de quelques  arrivistes aux richesses suspectes, en faisant de leurs noms les  refrains des chansons. Certaines personnalit&eacute;s &ndash;ministres, gouverneurs,  footballeurs c&eacute;l&egrave;bres, pr&eacute;fets, op&eacute;rateurs &eacute;conomiques, etc. dont les  noms sont &eacute;galement mentionn&eacute;s &agrave; tour de bras servent ensuite de  passe-droits ou de &laquo;faroteurs&raquo; occasionnels. <\/p>\n<p>Pour la promotion,  le stratag&egrave;me consiste &agrave; accrocher quelques noms d&rsquo;animateurs radio et  tv pour s&rsquo;assurer une diffusion permanente. <br \/>\nLe r&eacute;sultat de ces  complicit&eacute;s actives, c&rsquo;est la prise en otage de consommateurs, agress&eacute;s  par des sonorit&eacute;s et des images incongrues qui s&rsquo;imposent &agrave; eux. En  1999, Mono Ndjana d&eacute;non&ccedil;ait d&eacute;j&agrave; non seulement l&rsquo;&laquo;abjection&raquo; de cette  forme musicale mais surtout &laquo;l&rsquo;accoutumance &agrave; cette abjection&raquo; du fait  de l&rsquo;indiff&eacute;rence des pouvoirs publics. &laquo;Qui donc est interpell&eacute; pour  faire reculer cette corruption des moeurs  &agrave; grande &eacute;chelle,  s&rsquo;interrogeait le philosophe&raquo; ? Certes l&rsquo;Etat ! Mais quid des autres  acteurs sociaux et des citoyens eux-m&ecirc;mes ? On aime bien opposer &agrave;  l&rsquo;Etat la Soci&eacute;t&eacute; civile l&agrave; o&ugrave; il y a des budgets &agrave; g&eacute;rer, des pouvoirs &agrave;  exercer ! <br \/>\nL&rsquo;acte de Joe La Conscience rappelle pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la  conscience de tous, le principe de responsabilit&eacute; que le philosophe  allemand Hans Jonas a d&eacute;velopp&eacute; dans un ouvrage &eacute;ponyme  en 1979 pour  pr&eacute;venir le risque d&rsquo;autodestruction de l&rsquo;humanit&eacute; par un d&eacute;veloppement  technique non ma&icirc;tris&eacute;. Il s&rsquo;agit concr&egrave;tement d&rsquo;interdire,  individuellement ou collectivement, tout ce qui tend &agrave; d&eacute;truire les  valeurs particuli&egrave;res qui fondent la dignit&eacute; humaine.<\/p>\n<p><i> Par Marcelin VOUNDA ETOA* <br \/>\n* Directeur des Editions CLE<br \/>\nCritique litt&eacute;raire <\/i> <\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a pr\u00e9tendu que la musique adoucissait les moeurs. Les choses ont depuis longtemps chang\u00e9 dans notre pays. 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