{"id":31980,"date":"2008-10-10T10:30:57","date_gmt":"2008-10-10T10:30:57","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"1538","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/1538\/","title":{"rendered":"Cameroun: la France fait mal (suite)"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"surtitre\"><a class=\"titre\"><br \/><\/a><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\" class=\"texte\"><span class=\"Style3\"><span class=\"Style32 Style43\"><em> Dans notre &eacute;dition n&deg;2707 du 29 septembre 2008, nous publiions la premi&egrave;re s&eacute;quence de cette &eacute;tude men&eacute;e par la Fondation Paul Ango Ela sur les relations France Cameroun. Nous nous &eacute;tions propos&eacute;s de publier la suite de cette &eacute;tude dans les &eacute;ditions suivantes, mais compte tenu des raisons ind&eacute;pendantes de notre volont&eacute;, nous n&rsquo;avons pas pu respecter cette promesse. Nous vous proposons ici la 2&egrave;me s&eacute;quence de cette contribution. <\/em><\/span><\/p>\n<p>  \t\t\t\t\t\t\t\t<strong>Le C2D : un outil salutaire confront&eacute; &agrave; des proc&eacute;dures lourdes et opaques<\/strong><br \/> La d&eacute;pression &eacute;conomique des ann&eacute;es 1980-1990 et les incertitudes sociales qu&rsquo;elle a g&eacute;n&eacute;r&eacute;es ont marqu&eacute; et transform&eacute; durablement la soci&eacute;t&eacute; camerounaise. Les premi&egrave;res mesures des Politiques d&rsquo;ajustement structurel (Pas) ont concern&eacute; la contraction des d&eacute;penses publiques, en particulier la baisse des investissements sur les infrastructures de base. Le traitement de la dette, int&eacute;rieure et ext&eacute;rieure, accule l&rsquo;&eacute;conomie camerounaise dans ses derniers retranchements. Le pays accepte de se soumettre apr&egrave;s y avoir r&eacute;sist&eacute;, aux plans de rigueur propos&eacute;s par le Fonds mon&eacute;taire international (Fmi). Le pays s&rsquo;est ainsi pli&eacute; au m&eacute;canisme de conformation de l&rsquo;&eacute;conomie camerounaise aux nouvelles donnes de la remise de la dette, suite &agrave; l&rsquo;admission du pays au rang des &ldquo; Pays pauvres tr&egrave;s endett&eacute;s&rdquo; (Ppte), en 1999. C&rsquo;est dans cette logique qu&rsquo;intervient l&rsquo;id&eacute;e, puis la mise en &oelig;uvre du &ldquo; Contrat D&eacute;sendettement D&eacute;veloppement &rdquo; (C2D). Le pr&eacute;sident Biya l&rsquo;exprime de la sorte :<br \/> &ldquo; La France a annul&eacute; une bonne partie de notre dette et en langage cod&eacute; on parle de C2D. Et non seulement cette dette a &eacute;t&eacute; annul&eacute;e, mais on est en train de la transformer en projets concrets dans des secteurs pr&eacute;cis : agriculture, sant&eacute;, &eacute;ducation, infrastructures, en liaison &eacute;troite avec la France &rdquo;. (7)<\/p>\n<p> <strong>Le C2D, vu du c&ocirc;t&eacute;                 camerounais<\/strong><br \/> La majorit&eacute; des interlocuteurs soulignent l&rsquo;originalit&eacute; de l&rsquo;outil que repr&eacute;sente le C2D, notamment &agrave; Yaound&eacute; et &agrave; Douala. A Garoua, il semble &ecirc;tre un objet lointain dont la signification &eacute;chappe quelque peu &agrave; nos interlocuteurs. En revanche, comme nous l&rsquo;avons d&eacute;j&agrave; soulign&eacute; plus haut, il lui est reproch&eacute; d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; comme de l&rsquo;autre des proc&eacute;dures administratives tr&egrave;s lourdes, voire opaques et, pire, la critique r&eacute;currente concerne les &ldquo; faveurs &rdquo; qui seraient octroy&eacute;es aux entreprises fran&ccedil;aises pour la mise en &oelig;uvre de certains projets.<br \/> Au-del&agrave; du cas des Fran&ccedil;ais, le C2D provoque des r&eacute;actions contraires qui en l&rsquo;occurrence ne sont pas contradictoires. Ces r&eacute;actions distinguent l&rsquo;outil et ses r&eacute;alisations d&rsquo;une part de ses proc&eacute;dures d&rsquo;autre part. Pour autant, soulignons que l&rsquo;id&eacute;e du C2D est celle qui r&eacute;colte le plus de superlatifs et qui entra&icirc;ne sans doute aussi les critiques les plus vives, relatives &agrave; l&rsquo;&eacute;thique. Dans son id&eacute;e, elle a &eacute;t&eacute; jug&eacute;e &ldquo; g&eacute;niale &rdquo; par un ambassadeur europ&eacute;en, &ldquo; une id&eacute;e de g&eacute;nie &rdquo; a affirm&eacute; une autorit&eacute; gouvernementale.<br \/> Pour la majorit&eacute; des interlocuteurs camerounais, il s&rsquo;agit d&rsquo;op&eacute;rer un choix entre deux options. La premi&egrave;re option renseigne en profondeur sur la perception du principe m&ecirc;me de l&rsquo;implication fran&ccedil;aise. Il s&rsquo;agit de dire &ldquo; sortons de l&rsquo;hypocrisie et dites clairement que c&rsquo;est l&rsquo;argent de la France qui va aux entreprises fran&ccedil;aises &rdquo;. En effet, il est &eacute;vident que pour les acteurs camerounais, le principe du C2D qui donne formellement des ressources pour le Cameroun, est v&eacute;cu finalement comme &ldquo; l&rsquo;argent de la France &rdquo;. C&rsquo;est une ambigu&iuml;t&eacute; permanente qui provient du sens m&ecirc;me de ce &ldquo; contrat &rdquo; : remise de la dette conditionn&eacute;e par la mise en &oelig;uvre de projets avec les proc&eacute;dures qui les accompagnent. La seconde option est l&rsquo;appel &agrave; la moralisation de la comp&eacute;tition pour ce qui concerne les appels d&rsquo;offres. Les travaux entrepris &agrave; Douala et &agrave; Yaound&eacute; suscitent une satisfaction certaine qui n&rsquo;emp&ecirc;che pas les critiques, les deux allant presque syst&eacute;matiquement de concert.<br \/> Le C2D participe &agrave; la visibilit&eacute; qui fait d&eacute;faut &agrave; la coop&eacute;ration fran&ccedil;aise, en m&ecirc;me temps que les &ldquo; affaires &rdquo; qu&rsquo;il a g&eacute;n&eacute;r&eacute;es contribuent &agrave; en relativiser l&rsquo;esprit aupr&egrave;s des acteurs et d&eacute;cideurs camerounais et fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p> <strong>Le &ldquo; C2D &rdquo;, per&ccedil;u du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais : rendre compte aux contribuables fran&ccedil;ais<\/strong><br \/> En dehors des op&eacute;rateurs &eacute;conomiques et de quelques assistants techniques au contact des dossiers li&eacute;s au C2D, la ligne directrice de &ldquo; la politique &rdquo; fran&ccedil;aise au Cameroun ne para&icirc;t pas &eacute;vidente, notamment pour les Fran&ccedil;ais qui travaillent au Cameroun depuis quelques ann&eacute;es seulement. &ldquo; Je ne connais pas assez bien les ficelles. C&rsquo;est une m&eacute;connaissance de ma part, je le conc&egrave;de. Mais j&rsquo;imagine que s&rsquo;il y a une politique men&eacute;e pour le d&eacute;veloppement &eacute;conomique, elle est destin&eacute;e &agrave; deux choses : le d&eacute;veloppement du pays et assurer les int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques de la France par le biais des entreprises fran&ccedil;aises et des ressources du Cameroun. (&hellip;)<br \/> Ma vision est celle-ci : on devrait &ecirc;tre l&agrave; plus pour aider un pays sans rien attendre en retour. Derri&egrave;re la volont&eacute; de d&eacute;veloppement se cachent des int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques, des b&eacute;n&eacute;fices, c&rsquo;est &eacute;vident. Mais ce n&rsquo;est pas forc&eacute;ment malsain. Je ne suis pas dans les petits papiers pour savoir les sommes et les pourcentages comme la plupart des gens en France qui n&rsquo;ont aucune notion de ces sujets-l&agrave;. Ce n&rsquo;est pas bien expliqu&eacute; aux gens alors que c&rsquo;est l&rsquo;argent du contribuable fran&ccedil;ais. Mais avec si peu de connaissances du sujet, je me sens aussi responsable parce que je pourrais mieux me renseigner (&hellip;) &rdquo;, explique un chercheur, en expatriation au Cameroun depuis deux ans.<br \/> La question de la communication de la politique fran&ccedil;aise au Cameroun et plus g&eacute;n&eacute;ralement en Afrique semble de moindre importance chez les Fran&ccedil;ais qui sont install&eacute;s au Cameroun. Ces personnes durablement impliqu&eacute;es dans la vie sociale au Cameroun insistent davantage sur le &ldquo; repli &rdquo; de la France. &ldquo; J&rsquo;ai l&rsquo;impression que la France se retire. A l&rsquo;&eacute;cole on nous a supprim&eacute; le poste d&rsquo;expat et le nombre d&rsquo;enfants fran&ccedil;ais diminue d&rsquo;ann&eacute;es en ann&eacute;es. On voit aussi ce retrait au niveau des militaires, il y a de moins en moins de familles et d&rsquo;enfants de militaires &rdquo;, dit une enseignante, r&eacute;sidente au Cameroun depuis plus de dix ans.<br \/> Pour les plus anciens, le sentiment de regret li&eacute; au &ldquo; retrait &rdquo; de la France, s&rsquo;agr&egrave;ge de m&eacute;lange de ressentiments et quelques fois de col&egrave;re en lien avec &ldquo; la morale &rdquo;. Pour autant, m&ecirc;me chez les interlocuteurs dont les sensibilit&eacute;s sont plus orient&eacute;es vers le souci &ldquo; d&rsquo;apporter sans chercher de profit &rdquo;, l&rsquo;id&eacute;e que la France d&eacute;fende ses int&eacute;r&ecirc;ts semble s&rsquo;imposer, entre la fatalit&eacute; et le r&eacute;alisme. Une autorit&eacute; religieuse, pr&eacute;sente au Cameroun depuis pr&egrave;s de quarante ans, s&rsquo;exprime : &ldquo; J&rsquo;ai vu le Cameroun comme un avion qui n&rsquo;a plus de carburant [Il simule avec les mains un avion qui d&eacute;colle puis qui entame une chute]. La France fait des affaires comme n&rsquo;importe qui. Par rapport &agrave; la moralit&eacute;, elle ne joue pas son r&ocirc;le en tant qu&rsquo;Etat. Du temps des Mitterrand et Pasqua, ils ont bien contribu&eacute; &agrave; la corruption. Par exemple pour l&rsquo;exploitation du bois, la France contribue &agrave; ce que ce soit opaque. Le Pmuc c&rsquo;est Pasqua et ses r&eacute;seaux l&agrave; ! En tant que contribuable fran&ccedil;ais, je voudrais que ce partenariat soit clair. Il y a trop de r&eacute;seaux parall&egrave;les et les choses ne sont pas claires des deux c&ocirc;t&eacute;s [du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais et du c&ocirc;t&eacute; camerounais]. En 40 ans, le Cameroun est un avion qui est mont&eacute; et qui s&rsquo;&eacute;crase parce que le carburant est mis ailleurs. Ils savent que la corruption existe et ils mettent toujours de l&rsquo;argent ! Le port de Douala, ils savent et ils mettent toujours de l&rsquo;argent ! &rdquo;. &ldquo;Comme principe de revalorisation de l&rsquo;Apd, le C2D est un principe rigoureux, toutefois et sans faire des proc&egrave;s d&rsquo;intention, sa gestion devrait &ecirc;tre plus directive, et assurer &agrave; toutes les parties, une stricte &eacute;galit&eacute; de chances. On rel&egrave;ve malheureusement encore quelques paradoxes avec une trop grande pr&eacute;gnance politique, contraire &agrave; mon sens, au principe m&ecirc;me de bonne gouvernance &rdquo;, dit de son c&ocirc;t&eacute; un Fran&ccedil;ais, Directeur g&eacute;n&eacute;ral d&rsquo;une grande entreprise.<br \/> Cette citation rejoint les r&eacute;serves &eacute;mises par les acteurs camerounais sur le fait que les proc&eacute;dures de financements issus du C2D souffriraient de partialit&eacute;. Hors des r&eacute;seaux de mise en &oelig;uvre des projets financ&eacute;s par le C2D, &eacute;merge encore une fois la question de la communication autour de cet instrument &eacute;conomique. &ldquo; C&rsquo;est trop loin, trop politique, on n&rsquo;a pas d&rsquo;infos l&agrave;-dessus. Un projet qui s&rsquo;appelle C2D c&rsquo;est un refus de communiquer ! C&rsquo;est quoi C2D une marque de lessive ? De v&ecirc;tements ? C&rsquo;est peut-&ecirc;tre bien mais mal &eacute;nonc&eacute;. On n&rsquo;a pas assez de communication avec l&rsquo;ambassade &rdquo;, selon un expatri&eacute; &agrave; Garoua. Le C2D participe &agrave; la visibilit&eacute; qui fait d&eacute;faut &agrave; la coop&eacute;ration fran&ccedil;aise, en m&ecirc;me temps que les &ldquo; affaires &rdquo; qu&rsquo;il a g&eacute;n&eacute;r&eacute;es contribuent &agrave; en relativiser l&rsquo;esprit aupr&egrave;s des acteurs et d&eacute;cideurs camerounais et fran&ccedil;ais. Se pose en plus la question de la communication et de l&rsquo;information relative aux projets li&eacute;s au C2D, en particulier pour les Fran&ccedil;ais qui ne vivent ni &agrave; Douala, ni &agrave; Yaound&eacute;.<\/p>\n<p> <strong>La sant&eacute; : une histoire        forte et une actualit&eacute; trop centr&eacute;e sur le Sida<\/strong><br \/> Dans l&rsquo;ensemble, il est reconnu que la France a eu un r&ocirc;le important pour la formation et le perfectionnement des cadres camerounais du domaine de la sant&eacute;, m&ecirc;me si ce r&ocirc;le tend &agrave; diminuer. Elle a construit des h&ocirc;pitaux (Laquintinie, Jamot, etc.) dans le pass&eacute;. Avec &ldquo; l&rsquo;Institut Pasteur &rdquo;, la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise sur le terrain de la recherche est &eacute;vidente. Toutefois, il y a des attentes insatisfaites, en mati&egrave;re d&rsquo;&eacute;vacuations sanitaires, de dotation des h&ocirc;pitaux en mat&eacute;riel de travail ad&eacute;quat, d&rsquo;am&eacute;lioration du plateau technique, de transfert de technologie. Il est estim&eacute; que les assistants techniques fran&ccedil;ais sont plus pr&eacute;sents dans les bureaux que dans les formations sanitaires. Pour autant les connaissances des acteurs et cadres camerounais rel&egrave;vent de la m&eacute;diatisation de la premi&egrave;re dame aux c&ocirc;t&eacute;s de laquelle le Pr. Luc Montagnier &ldquo; repr&eacute;sente &rdquo; la France dans le cadre de la lutte contre le sida. Ce qui dans les faits n&rsquo;est pas tout &agrave; fait exact.<br \/> Notons que l&rsquo;Anrs est moins cit&eacute;e &ndash; et seulement cit&eacute;e &agrave; Yaound&eacute; dans les milieux de la recherche &ndash; que le Centre Pasteur, Luc Montagnier, etc. La m&eacute;diatisation du co-d&eacute;couvreur officiel du Vih-1, aux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;activit&eacute; tout aussi m&eacute;diatique de la Premi&egrave;re dame Camerounaise, Mme Chantal Biya, incarnent pour la majorit&eacute; des acteurs Camerounais une partie de la r&eacute;ponse &agrave; la pand&eacute;mie du Sida. Au-del&agrave; de Yaound&eacute;, l&rsquo;implication de la France dans la restauration des h&ocirc;pitaux centraux de Yaound&eacute; et de Douala (H&ocirc;pital Central de Yaound&eacute;, H&ocirc;pital Laquintinie de Douala) concourt aussi &agrave; une &eacute;bauche de visibilit&eacute; et de reconnaissance du travail de la coop&eacute;ration fran&ccedil;aise. Reste que la majeure partie de son action depuis une d&eacute;cennie est dilu&eacute;e par deux types d&rsquo;orientation : la multilat&eacute;ralisation et l&rsquo;aide direct aux structures &eacute;tatiques. Dans le premier cas, le fait que la France soit un des principaux contributeurs du Fonds mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria ne rend pas visible une participation, par exemple, &agrave; la baisse du prixdes m&eacute;dicaments contre le Sida et &agrave; leur gratuit&eacute; (1er mai 2007).<br \/> Par ailleurs, lorsque les &ldquo; fonds Ppte &rdquo; ont permis le subventionnement de cette baisse des prix par l&rsquo;Etat camerounais en ao&ucirc;t 2002, c&rsquo;est un d&eacute;cret pr&eacute;sidentiel qui annon&ccedil;&acirc;t, en toute normalit&eacute;, cet &eacute;v&eacute;nement majeur. De m&ecirc;me, les structures et &eacute;quipes fran&ccedil;aises qui participent &agrave; cette lutte jug&eacute;e &ldquo; prioritaire &rdquo; par le gouvernement camerounais depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es, sont pratiquement inconnues au-del&agrave; des acteurs de la sant&eacute;.<br \/> En dehors de la ville de Yaound&eacute;, aucune personne n&rsquo;a parl&eacute; des recherches financ&eacute;es par l&rsquo;Agence nationale de recherche sur le sida et les h&eacute;patites virales (Anrs) qui a pourtant un site &ldquo; Cameroun &rdquo; sis &agrave; l&rsquo;H&ocirc;pital Central de Yaound&eacute; dont rel&egrave;vent une vingtaine de projets de recherche et autant d&rsquo;&eacute;quipes franco-camerounaises. Cela ne signifie pas que ces dynamiques soient invisibles mais qu&rsquo;elles sont plus facilement affich&eacute;es sous le label camerounais suivant la capacit&eacute; de mobilisation des responsables en charge de la sant&eacute;. On pourrait &eacute;crire ici que les acteurs et autorit&eacute;s du Cameroun reconnaissent &agrave; la France ce qui s&rsquo;affiche explicitement comme des actes et des &oelig;uvres directement frapp&eacute;s du sceau de la &ldquo; coop&eacute;ration fran&ccedil;aise &rdquo; ou de quelque autre label fran&ccedil;ais. Il en est de m&ecirc;me pour les r&eacute;seaux entre la France et le Cameroun (Esther par exemple m&ecirc;me si il n&rsquo;est pas nomm&eacute; comme tel hors des acteurs de la sant&eacute;) dont les personnes impliqu&eacute;es promeuvent l&rsquo;image.<\/p>\n<p> Le Docteur Jamot :               une figure pr&eacute;gnante aux yeux des Camerounais<br \/> La figure tut&eacute;laire de l&rsquo;action de la France en mati&egrave;re de sant&eacute;, aux yeux des Camerounais, reste le M&eacute;decin-Colonel Eug&egrave;ne Jamot (8), &ldquo; vainqueur de la maladie du sommeil &rdquo; dans les ann&eacute;es 1920. Plus souvent cit&eacute; par nos interlocuteurs que n&rsquo;importe quelle autre institution fran&ccedil;aise, juste avant &ldquo; l&rsquo;Institut Pasteur &rdquo; qui n&rsquo;est jamais devenu aux yeux des m&ecirc;mes acteurs camerounais &ldquo; le Centre Pasteur du Cameroun &rdquo; (Cpc), le Docteur Jamot r&eacute;colte encore la majorit&eacute; des suffrages des Camerounais, de toutes cat&eacute;gories. &ldquo; L&rsquo;histoire de la sant&eacute; publique au Cameroun est tributaire de l&rsquo;action humanitaire d&rsquo;un homme : le Docteur Eug&egrave;ne Jamot. Cette action s&rsquo;est poursuivie et affin&eacute;e au fil des temps dans les domaines de la formation, la recherche, l&rsquo;assistance humanitaire (le cas de Nyos en 1986), les h&ocirc;pitaux de campagne pour lutter contre certaines pathologies rares (op&eacute;rations &agrave; c&oelig;ur ouvert, becs de li&egrave;vres, recherche dans le domaine du Hiv etc.&hellip;). &rdquo;, dit un Haut fonctionnaire &agrave; Yaound&eacute;.<br \/> M&ecirc;me si certaines actions sont moins visibles que les r&eacute;alisations dans ce domaine, la sant&eacute; est un des domaines, avec la &ldquo; culture &rdquo;, o&ugrave; les opinions que nous avons r&eacute;colt&eacute;es sont les plus positives ou les moins s&eacute;v&egrave;res. &ldquo; Invit&eacute;s &agrave; la signature de certains protocoles d&rsquo;accord, je crois qu&rsquo;il y a un suivi dans ce domaine. Par exemple pour les Arv. J&rsquo;ai le d&eacute;faut de ma profession : je ne suis int&eacute;ress&eacute; que par les choses qui ne marchent pas. Je n&rsquo;ai donc rien &agrave; signaler, donc &ccedil;a va. En mati&egrave;re de communication, il y a pas mal d&rsquo;&eacute;changes avec la presse en mati&egrave;re de sant&eacute; de la part des Fran&ccedil;ais. Donc RAS &rdquo;. Avis d&rsquo;un Directeur de publication &agrave; Yaound&eacute;. &ldquo; Dans ce secteur par contre, un ami Directeur de l&rsquo;H&ocirc;pital G&eacute;n&eacute;ral de Douala (Hgd) m&rsquo;a dit beaucoup de bien de l&rsquo;assistance fran&ccedil;aise en termes de m&eacute;dicaments, dons d&rsquo;infrastructures biom&eacute;dicales, d&rsquo;assistance et d&rsquo;expertise m&eacute;dicale, formation et perfectionnement. Ayant fait sa sp&eacute;cialisation en France, il a d&eacute;velopp&eacute; et gard&eacute; de bonnes relations avec les Fran&ccedil;ais &rdquo;, selon un responsable universitaire &agrave; Yaound&eacute;. Pour ce qui concerne Garoua, les besoins importants de la partie septentrionale du pays orientent les attentes vers la pr&eacute;sence m&eacute;dicale fran&ccedil;aise. Ici, les acteurs regrettent qu&rsquo;il y ait moins de m&eacute;decins dans les formations sanitaires. Ces attentes rejoignent des remarques plus g&eacute;n&eacute;rales des autorit&eacute;s camerounaises, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur et &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du champ de la sant&eacute;. &ldquo; La France fait beaucoup &agrave; titre priv&eacute; et public. C&rsquo;est des cr&eacute;neaux o&ugrave; la France se l&eacute;gitime. Mais les cr&eacute;neaux porteurs ne sont pas les plus d&eacute;cisifs. La France s&rsquo;implique seulement dans les maladies &agrave; la mode ? Elle investit moins dans les h&ocirc;pitaux des petites localit&eacute;s. La France est visible &agrave; Yaound&eacute; et Douala ; il faut aller au-del&agrave;. On peut imaginer d&rsquo;autres types de coop&eacute;ration : r&eacute;gler les probl&egrave;mes des temporaires en les payant pendant un certain temps. Une forte pr&eacute;sence dans le priv&eacute; serait bien. Pourquoi pas imaginer des m&eacute;decins fran&ccedil;ais venant renforcer les petites structures priv&eacute;es l&agrave; o&ugrave; il n&rsquo;y a pas de structures publiques dans certains villages ? Pourquoi pas imaginer des m&eacute;decins fran&ccedil;ais dans des h&ocirc;pitaux Ad Lucem dans des coins recul&eacute;s ? Il faudrait aller ailleurs et aider &agrave; construire une v&eacute;ritable m&eacute;decine hospitali&egrave;re, lutter contre les maladies nosocomiales et &eacute;viter que l&rsquo;on contracte des maladies dans les h&ocirc;pitaux. Il faut aller plus en profondeur avec l&rsquo;Etat et d&rsquo;autres acteurs sans l&rsquo;Etat. Sans l&rsquo;Etat ne veut pas dire contre l&rsquo;Etat. La crise hospitali&egrave;re est un d&eacute;sastre au Cameroun. Il faut envoyer les stagiaires fran&ccedil;ais ailleurs qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital central. La France peut payer des coop&eacute;rants &agrave; Ad Lucem ! &rdquo;, selon une autorit&eacute;.<\/p>\n<p> <strong>C&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais : <\/strong><br \/> p&eacute;renniser le soutien<br \/> Suivant le niveau de leur implication, suivant qu&rsquo;ils travaillent dans ou en dehors du champ de la sant&eacute;, nos interlocuteurs soulignent en m&ecirc;me temps la forte implication de la coop&eacute;ration fran&ccedil;aise et une relative absence. Ce paradoxe n&rsquo;est qu&rsquo;apparent puisque l&rsquo;action de la France en mati&egrave;re de sant&eacute; est r&eacute;solument orient&eacute;e vers le soutien &agrave; la formation des personnels soignants, en particulier des m&eacute;decins, le renforcement des structures et la recherche scientifique en partenariat, entre autres. De ce point de vue, celles et ceux qui sont dans le secteur de la sant&eacute; soulignent la qualit&eacute; des &eacute;changes et des partenariats avec leurs coll&egrave;gues, leurs homologues camerounais et, surtout avec les jeunes professionnels de la sant&eacute; en formation. &ldquo; L&rsquo;apport fran&ccedil;ais est absolument indispensable ! &rdquo;, dit la directrice d&rsquo;un &eacute;tablissement de sant&eacute; &agrave; Yaound&eacute;. Ces personnes soulignent avec pr&eacute;cision tous les domaines de la sant&eacute; dans lesquels la France participe &agrave; la formation des m&eacute;decins et techniciens camerounais. Ici le Centre Pasteur du Cameroun (Cpc) &agrave; Yaound&eacute; et le r&eacute;seau Ensemble pour la Solidarit&eacute; Th&eacute;rapeutique en R&eacute;seau (&ldquo; Esther &rdquo;) participent de cette mise en exergue. La recherche scientifique est naturellement cit&eacute;e par les m&ecirc;mes interlocuteurs. Dans ce contexte, au niveau de Yaound&eacute;, ils soulignent encore une fois le r&ocirc;le du Centre Pasteur du Cameroun, l&rsquo;apport de l&rsquo;Agence nationale de recherche sur le sida et les h&eacute;patites (Anrs, Paris) dont un site existe depuis 2005 &agrave; Yaound&eacute; (Site Anrs Cameroun), l&rsquo;Oceac et l&rsquo;Institut de Recherche pour le D&eacute;veloppement dont la moiti&eacute; des chercheurs affect&eacute;s au Cameroun conduisent des projets de recherche op&eacute;rationnelle sur des questions de sant&eacute;, notamment les &eacute;pid&eacute;mies, les grandes end&eacute;mies et la pand&eacute;mie du Sida. Pourtant, la formation suscite des r&eacute;flexions de deux types : celui du soutien temporaire &agrave; la formation et celui de la continuit&eacute; de cette formation. &ldquo; La France constate que le personnel est form&eacute; donc les gens ne vont plus sur le terrain. Mais le niveau n&rsquo;est jamais assez bon, pour qui que ce soit. Il faut donc penser &agrave; p&eacute;renniser ce soutien. Quelqu&rsquo;un comme [il cite une responsable fran&ccedil;aise d&rsquo;un laboratoire de recherche &agrave; Yaound&eacute;] apporte des comp&eacute;tences dans un domaine de pointe, on ne peut pas s&rsquo;en passer du jour au lendemain (&hellip;) &rdquo; (Chercheur fran&ccedil;ais, Yaound&eacute;).<\/p>\n<p> <strong>Remettre des m&eacute;decins <br \/> sur le terrain<\/strong><br \/> La carence num&eacute;rique de m&eacute;decins de mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale en dehors des grandes villes g&eacute;n&egrave;re une attente du c&ocirc;t&eacute; fran&ccedil;ais comme du c&ocirc;t&eacute; camerounais. Les uns et les autres r&eacute;clament que des m&eacute;decins fran&ccedil;ais puissent (re) venir dans les formations sanitaires camerounaises dans un double souci &ldquo; d&rsquo;&ecirc;tre sur le terrain &rdquo; et de continuer &ldquo; la formation &rdquo;. Du c&ocirc;t&eacute; de Garoua, c&rsquo;est un souhait voire un appel unanime : &ldquo; il faut que des m&eacute;decins fran&ccedil;ais viennent renforcer les structures locales o&ugrave; il y a peu ou pas de m&eacute;decins dans la r&eacute;gion &rdquo;. Pour autant, c&rsquo;est un souhait qui se heurte &agrave; des enjeux que les interlocuteurs notent eux-m&ecirc;mes : &ldquo; d&eacute;j&agrave; la France n&rsquo;arrive pas &agrave; mettre un m&eacute;decin au Centre m&eacute;dico-social (Cms) de l&rsquo;ambassade de France pour des raisons budg&eacute;taires, je vois mal comment ils vont mettre un m&eacute;decin &agrave; l&rsquo;h&ocirc;pital central &rdquo;, commente un averti.<br \/> Le r&ocirc;le des Ong est aussi &eacute;voqu&eacute; mais l&rsquo;information les concernant ne semble passuffisante en ce qui concerne leurs r&ocirc;les et la logique de leur d&eacute;ploiement sur le territoire camerounais. En revanche, ceux qui vivent ou travaillent &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;une de ces Ong notent leur apport dans le secteur de la sant&eacute;, autant que leurs difficult&eacute;s, notamment dans la partie septentrionale du pays o&ugrave; les besoins sont tr&egrave;s importants et les carences &eacute;videntes en mati&egrave;re de couverture sanitaire. Etant donn&eacute; que c&rsquo;est un des secteurs qui g&eacute;n&egrave;re le plus de mobilit&eacute; temporaire des Camerounais entre leur pays et la France (formation, colloques, r&eacute;unions, congr&egrave;s, s&eacute;minaires, etc.) C&rsquo;est aussi un des domaines o&ugrave; les Fran&ccedil;ais soulignent les difficult&eacute;s relatives aux visas. Au-del&agrave; des refus, rares depuis quelque temps, ce sont les proc&eacute;dures qui semblent &ecirc;tre stigmatis&eacute;es, notamment la logique des d&eacute;lais qui n&rsquo;est pas toujours, pour nos interlocuteurs, adapt&eacute;e &agrave; la c&eacute;l&eacute;rit&eacute; attendue. Les relations entre partenaires de la sant&eacute;, dans tous les domaines de coop&eacute;ration<br \/> (recherche, formation, etc.) rencontrent aussi la question de l&rsquo;asym&eacute;trie des statuts. Les conditions salariales et mat&eacute;rielles des professionnels camerounais de la sant&eacute; compliquent ses rapports au quotidien. Aux yeux des Fran&ccedil;ais, les probl&egrave;mes de ressources (salaires, per diem, etc.) tendent &agrave; dresser la barri&egrave;re Nord-Sud entre les deux parties. La &ldquo; conscience professionnelle &rdquo; est souvent &eacute;voqu&eacute;e pour montrer l&rsquo;ambivalence qui existe entre des engagements professionnels formels et des pesanteurs profondes qui alt&egrave;rent le travail des partenaires camerounais, au point que certains se demandent si les comp&eacute;tences stricto sensu n&rsquo;en p&acirc;tissent au quotidien. Nous poursuivrons ce th&egrave;me dans le rapport de synth&egrave;se car laconfrontation avec les Camerounais est assez riche dans ce domaine. (A suivre)<\/p>\n<p> <strong>7 Interview accord&eacute;e &agrave; Ulysse Gosset sur la cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aise &ldquo; France 24 &rdquo;, octobre 2007.<\/strong><\/p>\n<p> <strong> 8 L&eacute;on Clovis Eug&egrave;ne Jamot (1879-1937), plus connu sous le nom de Docteur Jamot, a travaill&eacute; au Cameroun entre 1922 et 1931, en provenance de Brazzaville o&ugrave; il dirigea l&rsquo;Institut Pasteur.<\/strong><br \/> <\/span>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"author\">Le messager <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans notre &eacute;dition n&deg;2707 du 29 septembre 2008, nous publiions la premi&egrave;re s&eacute;quence de cette &eacute;tude men&eacute;e par la Fondation Paul Ango&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-31980","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31980","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31980"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31980\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}