{"id":32630,"date":"2010-01-06T16:36:06","date_gmt":"2010-01-06T16:36:06","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"2221","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/2221\/","title":{"rendered":"Chinois au Cameroun : une incompr\u00e9hension fonci\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"cap\" title=\"C\"><span>C<\/span><\/span>ela fait maintenant trois ans que l&rsquo;&Eacute;tat camerounais a c&eacute;d&eacute; 10 000 ha de terres agricoles &agrave; Sino Cam Iko, une multinationale chinoise sp&eacute;cialis&eacute;e dans la production, la transformation et la commercialisation de produits agricoles. Son implantation s&rsquo;est faite sur trois sites : deux dans le Centre (2 000 ha &agrave; Nanga-Eboko et 4 000 ha &agrave; Ndjor&eacute;) et un &agrave; l&rsquo;Ouest &agrave; Santchou sur 4 000 ha).&nbsp; D&egrave;s l&rsquo;accord obtenu pour exploiter ces terres pendant 99 ans, les investisseurs chinois ont lanc&eacute; des cultures exp&eacute;rimentales sur le riz, mais aussi sur le ma&iuml;s et des fruits et l&eacute;gumes &agrave; Nanga-Eboko (170 km au nord-est de Yaound&eacute;) et sur le manioc &agrave; Ndjor&eacute; (100 km de la capitale). Zhao, le directeur par int&eacute;rim de cette soci&eacute;t&eacute;, se r&eacute;jouit aujourd&rsquo;hui des premiers r&eacute;sultats. &laquo; Ces deux zones sont propices &agrave; la culture de toutes sortes de vari&eacute;t&eacute;s de riz, de ma&iuml;s, de f&eacute;culents et m&ecirc;me de plantes mara&icirc;ch&egrave;res, &agrave; cause du climat, de la disponibilit&eacute; de l&rsquo;eau et de son sol tr&egrave;s fertile &raquo;. L&rsquo;essentiel des premi&egrave;res r&eacute;coltes servira de semences pour les prochaines cultures. &Agrave; Nanga-Eboko, une faible partie se retrouve cependant sur les march&eacute;s &agrave; un prix relativement inf&eacute;rieur aux m&ecirc;mes produits import&eacute;s.<\/p>\n<p>Cette r&eacute;ussite agronomique, pr&eacute;sente ou annonc&eacute;e, ne suffit pas cependant &agrave; assainir le climat d&rsquo;incompr&eacute;hension qui r&egrave;gne entre Sino Cam et les habitants de la r&eacute;gion qui l&rsquo;accusent, entre autres, d&rsquo;exploiter son personnel. La soci&eacute;t&eacute; emploie en permanence une dizaine de Chinois. On les voit au champ, occup&eacute;s &agrave; d&eacute;sherber, labourer, repiquer, r&eacute;colter&hellip; Quelques Camerounais, recrut&eacute;s au coup par coup et pay&eacute;s &agrave; la journ&eacute;e, les assistent parfois. &laquo; Travailler pour ces gens, c&rsquo;est travailler sans rel&acirc;che sous le soleil, la pluie pendant huit &agrave; dix heures chaque jour pour 1 000 Fcfa &raquo;, (1,5 &euro;) se plaint un habitant de Nanga-Eboko. Moins que le SMIG fix&eacute; &agrave; 28 216 Fcfa (43 &euro;) par mois au Cameroun.<\/p>\n<p>&laquo; Interdit de toucher &agrave; la moindre papaye qui tra&icirc;ne, r&eacute;crimine un taxi-moto qui n&rsquo;a que bri&egrave;vement travaill&eacute; dans cette ferme. Si vous &ecirc;tes pris avec une poign&eacute;e de riz dans votre sac, vous &ecirc;tes conduit directement au commissariat pour vol. &raquo; Sino Cam se d&eacute;fend de toute exploitation. &laquo; Nous sommes encore en phase d&rsquo;exp&eacute;rimentation et nous demandons aux ouvriers de travailler beaucoup pour gagner plus, mais ils pr&eacute;f&egrave;rent tricher. Ils disent eux-m&ecirc;mes qu&rsquo;ils sont l&agrave; pour chercher de l&rsquo;argent alors qu&rsquo;il faut aussi penser travailler pour faire progresser l&rsquo;entreprise &raquo;, argumente Zhao. Un raisonnement &eacute;conomique qui a peu de chance de convaincre des gens qui, pour beaucoup, vivent depuis des ann&eacute;es de la d&eacute;brouille et n&rsquo;ont aucun sens de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>Certains habitants manifestent leur opposition en boudant les produits issus de la ferme. &laquo; Je n&rsquo;ach&egrave;te pas leur riz m&ecirc;me s&rsquo;ils le vendent un peu moins cher que le riz import&eacute;. C&rsquo;est ma mani&egrave;re &agrave; moi de d&eacute;noncer leur pr&eacute;sence &raquo;, lance une restauratrice. D&rsquo;autres critiquent la qualit&eacute; du &laquo; riz chinois &raquo; qui tiendrait mal &agrave; la cuisson. Il n&rsquo;emp&ecirc;che que tous les produits de Sino-Cam finissent par trouver preneur.<\/p>\n<p><strong>Manque de transparence<\/strong><\/p>\n<p>Au bout de trois ans, la pr&eacute;sence des Chinois reste un sujet &eacute;pineux &agrave; Nanga-Eboko. Son maire, Romain Roland Eto, avoue &ecirc;tre &laquo; tr&egrave;s emb&ecirc;t&eacute; &raquo; chaque fois qu&rsquo;il est sollicit&eacute; pour en parler, &laquo; d&rsquo;abord, dit-il, parce que la mairie et encore moins [mes] administr&eacute;s n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; associ&eacute;s ou consult&eacute;s avant la cession. &raquo; Et c&rsquo;est l&agrave; o&ugrave; le b&acirc;t blesse. Au Cameroun, la cession des terres par l&rsquo;&Eacute;tat se fait en g&eacute;n&eacute;ral sous le sceau du secret. Ce manque de transparence et d&rsquo;information des populations riveraines ne peut qu&rsquo;empoisonner d&egrave;s le d&eacute;part les relations entre elles et l&rsquo;acqu&eacute;reur.<\/p>\n<p>L&rsquo;Association citoyenne de d&eacute;fense des int&eacute;r&ecirc;ts collectifs (ACDIC) va plus loin. Pour elle, ces cessions sont dangereuses et repr&eacute;sentent une menace pour la souverainet&eacute; alimentaire du pays. &laquo; Lorsque des terres sont c&eacute;d&eacute;es aux nationaux d&rsquo;un pays, je suis convaincu qu&rsquo;ils n&rsquo;importeront pas de main d&rsquo;&oelig;uvre ni n&rsquo;exporteront le produit de leurs r&eacute;coltes. La production sera automatiquement &eacute;coul&eacute;e sur le march&eacute; local. Avec les &eacute;trangers, Occidentaux, Chinois ou Indiens, nous n&rsquo;avons aucune de ces garanties &raquo;, d&eacute;nonce Bernard Njonga, son pr&eacute;sident. L&rsquo;ACDIC a organis&eacute; en juillet-ao&ucirc;t dernier des d&eacute;bats sur la question &agrave; Douala et Yaound&eacute; et lanc&eacute; un appel citoyen contre les cessions de terres aux &eacute;trangers.<\/p>\n<p>Malgr&eacute; cette opposition tous azimuts, un cadre du minist&egrave;re de l&rsquo;Agriculture et du d&eacute;veloppement rural, qui pr&eacute;f&egrave;re garder l&rsquo;anonymat, persiste et signe. &laquo; L&rsquo;&Eacute;tat pense &agrave; la population avant de prendre la moindre d&eacute;cision, assure-t-il, et l&rsquo;arriv&eacute;e des Chinois est une tr&egrave;s bonne chose. Avec le temps, ceux qui se plaignent aujourd&rsquo;hui s&rsquo;en rendront compte. &raquo; La production de riz au Cameroun par les Chinois devrait, selon lui, contribuer &agrave; r&eacute;duire les importations : 400 000 t par an pour une production locale de 50 000 t.<\/p>\n<p>Reste une inconnue : le riz produit sur ces 10 000 ha restera-t-il au Cameroun ou sera-t-il massivement export&eacute; vers la Chine comme le craignaient au d&eacute;part les gens sur place ? &laquo; Nous allons vulgariser le moment venu les vari&eacute;t&eacute;s tr&egrave;s performantes que nous produisons dans tout le pays et m&ecirc;me dans toute l&rsquo;Afrique afin d&rsquo;aider les populations locales &agrave; satisfaire leurs besoins alimentaires et augmenter leurs revenus &raquo;, d&eacute;clare Zhao qui promet que toute la production sera transform&eacute;e ou commercialis&eacute;e sur place, comme le mentionnerait le cahier des charges. Cette promesse suffira-t-elle &agrave; faire taire la m&eacute;fiance des Camerounais aliment&eacute;e par le manque de transparence ?<\/p>\n<p><strong>Charles Nforgang (Syfia Cameroun)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait maintenant trois ans que l&rsquo;&Eacute;tat camerounais a c&eacute;d&eacute; 10 000 ha de terres agricoles &agrave; Sino Cam Iko, une multinationale&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[3810],"tags":[],"class_list":["post-32630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32630"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32630\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}