{"id":33280,"date":"2007-12-09T18:28:02","date_gmt":"2007-12-09T18:28:02","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2006-01-01T00:00:00","slug":"472","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/472\/","title":{"rendered":"Nation et culture*"},"content":{"rendered":"<hr color=\"#bbbbbb\" size=\"1\" \/><em>La culture est &agrave; la nation ce que l&#8217;&acirc;me est &agrave; l&#8217;homme, c&#8217;est-&agrave;-dire le principe d&#8217;unit&eacute;, de vie et de continuit&eacute;. <br \/><em><strong>Par Marcellin Vounda Etoa* <\/strong><\/em><\/em><\/p>\n<hr color=\"#eeffee\" size=\"1\" \/>Une nation, de ce fait, n&#8217;est pas simplement tant de millions d&#8217;hommes occupant tant de milliers de kilom&egrave;tres carr&eacute;s et dont la coh&eacute;sion serait assur&eacute;e par le cadre extrins&egrave;que de l&#8217;Etat. <br \/>Une nation, gr&acirc;ce &agrave; sa culture, est &eacute;galement et avant tout une unit&eacute; de pens&eacute;e et de sentiment. <br \/>De temps &agrave; autre, une collectivit&eacute; hisse au-dessus de la masse des individus dot&eacute;s de dons particuliers de c&oelig;ur, d&#8217;esprit ou de mains, des individus qui, parce qu&#8217;ils savent sonder plus profond&eacute;ment leur propre &ecirc;tre et le monde qui les entoure, des individus qui, parce qu&#8217;ils per&ccedil;oivent et ressentent plus vivement et plus &acirc;prement la joie commune, le choc de la trag&eacute;die collective, des individus qui, parce qu&#8217;ils sont dou&eacute;s d&#8217;un langage dont la beaut&eacute; ne s&#8217;&eacute;puise jamais, ces individus deviennent pour ainsi dire le porte-parole du Zeitgeist. <\/p>\n<p>Et c&#8217;est ce qui explique que lorsque ces g&eacute;nies, ces hommes de sciences, ces &eacute;crivains et ces artistes inspir&eacute;s et port&eacute;s par l&#8217;esprit de leur &eacute;poque, expriment leurs sentiments profonds, ils parlent automatiquement et authentiquement au nom de leur nation et de leur g&eacute;n&eacute;ration. <br \/>La mission des hommes de sciences, de lettres et d&#8217;art aujourd&#8217;hui en Afrique est de sauver ce qui encore peut &ecirc;tre sauv&eacute; de notre pass&eacute; disparate qui se d&eacute;sint&egrave;gre et dispara&icirc;t &agrave; une allure rapide, d&#8217;observer les forces et les influences qui s&#8217;exercent sur leurs contemporains, d&#8217;enregistrer les r&eacute;actions de cette g&eacute;n&eacute;ration en face de l&#8217;action de ces forces de conna&icirc;tre les emprunts que la dialectique du besoin nous oblige &agrave; faire chez d&#8217;autres peuples, et d&#8217;assimiler ces diff&eacute;rentes donn&eacute;es en un tout coh&eacute;rent, source d&#8217;une culture dynamique pour les peuples africains. <br \/>Notre &eacute;poque a un besoin imp&eacute;rieux d&#8217;hommes capables de remplir cette mission. <br \/>Mais on ne peut les produire &agrave; volont&eacute; comme des robots dans une usine. Car le g&eacute;nie est comme l&#8217;esprit : &quot; il souffle l&agrave; o&ugrave; il entend &quot;. Le peu que nous puissions faire c&#8217;est de cr&eacute;er les conditions qui puissent permettre &agrave; ces g&eacute;nies de prendre racine et de s&#8217;&eacute;panouir, lorsqu&#8217;il arrive que ces g&eacute;nies surgissent parmi nous. <\/p>\n<p>Si l&#8217;Empereur Auguste revenait &agrave; la vie et qu&#8217;on lui demande ce qu&#8217;il a fait de plus valable, il d&eacute;clarerait sans aucun doute que c&#8217;est d&#8217;avoir aid&eacute; la litt&eacute;rature &agrave; se d&eacute;velopper, d&#8217;avoir cr&eacute;&eacute; les conditions dans lesquelles un Horace et un Virgile ont pu produire le meilleur d&#8217;eux-m&ecirc;mes. Car l&#8217;empire d&#8217;Auguste s&#8217;est effondr&eacute;, mais Virgile et Horace ont surv&eacute;cu jusqu&#8217;&agrave; nos jours. <br \/>Si l&#8217;on demandait &agrave; Alexandre le Grand ce qu&#8217;il consid&egrave;re comme le plus grand privil&egrave;ge de sa vie, je ne serais pas surpris de l&#8217;entendre dire que c&#8217;est d&#8217;avoir eu Aristote pour ma&icirc;tre. Car la gloire de la Gr&egrave;ce est r&eacute;volue alors que Socrate, Platon, Aristote, Thucydide et Sophocle n&#8217;ont cess&eacute;, depuis leur &eacute;poque jusqu&#8217;aujourd&#8217;hui, d&#8217;&ecirc;tre des forces vivantes et dynamiques du monde de la culture. <br \/>Auguste regretterait certainement aujourd&#8217;hui, si pour une raison ou une autre, il avait &eacute;touff&eacute; Virgile et Horace au lieu de les aider &agrave; s&#8217;&eacute;panouir. <br \/>Les pays les plus d&eacute;favoris&eacute;s et les plus infimes ne sont pas sans avoir leur part de talent. M&ecirc;me dans les moments les plus obscurs, il y a des semences qui ne demandent qu&#8217;&agrave; &ecirc;tre sem&eacute;es dans le sol le plus propice, avec tous les soins que requiert une germination. <\/p>\n<p>* Ce texte est le premier &eacute;ditorial sign&eacute; de Bernard Fonlon, dans le cadre du lancement de la revue culturelle Abbia (n&deg; 1, F&eacute;vrier 1963). Nous approchant inexorablement de l&#8217;&eacute;ch&eacute;ance incontournable du discours du Chef de l&#8217;Etat &agrave; la nation, il est une mani&egrave;re de contribution &agrave; la r&eacute;flexion sur les conditions de construction d&#8217;une nation camerounaise dont la culture est sera le seul vrai ciment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La culture est &agrave; la nation ce que l&#8217;&acirc;me est &agrave; l&#8217;homme, c&#8217;est-&agrave;-dire le principe d&#8217;unit&eacute;, de vie et de continuit&eacute;. 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