{"id":5378,"date":"2020-07-03T09:25:07","date_gmt":"2020-07-03T07:25:07","guid":{"rendered":""},"modified":"2024-04-29T07:58:47","modified_gmt":"2024-04-29T05:58:47","slug":"5378","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/5378\/","title":{"rendered":"Le Ngondo par Maurice DOUMBE MOULONGO"},"content":{"rendered":"<p><strong>Origines du Ngondo.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;C\u2019est l\u2019assembl\u00e9e traditionnelle du peuple duala. Son existence est ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, en1843, des premiers missionnaires \u00e0 Douala. Son ann\u00e9e de cr\u00e9ation peut se situer approximativement en 1830, soit une quinzaine d\u2019ann\u00e9es avant la mort, en juillet 1845, de Ngando a Kwa, roi des Akwa \u00e0 l\u2019\u00e9poque. A Douala, en effet, l\u2019on accorde \u00e0 celui-ci l\u2019honneur immortel d\u2019\u00eatre le \u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb du&nbsp;<strong>Ngondo,<\/strong>&nbsp;et cela g\u00e9n\u00e9ralement.<\/p>\n<p>Dans quelles circonstances fut fond\u00e9e l\u2019auguste organisation&nbsp;? C\u2019est ce que nous allons tenter d\u2019\u00e9tablir.<\/p>\n<p>Il y avait autrefois \u00e0 Pongo, au Nord-Ouest de Douala, un colosse qui passait pour titan et qui semait la terreur les march\u00e9s p\u00e9riodiques. On l\u2019appelait Malob\u00e8 Etam\u00e8, ou Malob\u00e8 tout court. Malob\u00e8 commettait toutes sortes d\u2019abus et d\u2019exactions. Et ses principales victimes \u00e9taient les Duala&nbsp;<strong>stricto sensu.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s que ce monstre apparaissait, le march\u00e9 tout entier entrait en effervescence. On entendait alors crier de toutes parts&nbsp;:&nbsp;<strong>Malob\u00e8 a o don&nbsp;! Malob\u00e8 a o don&nbsp;!&nbsp;<\/strong>\u00ab&nbsp;Malob\u00e8 est l\u00e0 au march\u00e9&nbsp;! Malob\u00e8 est l\u00e0 au march\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb sous-entendu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que chacun se tienne sur ses gardes&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;<strong>Sauve qui peut&nbsp;!<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les principaux dignitaires des quatre clans duala, accompagn\u00e9s de leurs notables, se r\u00e9unirent afin de rechercher ensemble une solution satisfaisante \u00e0 cette affaire d\u2019honneur. A tout prix, il fallait r\u00e9parer l\u2019impardonnable offense.<\/p>\n<p>Cette assembl\u00e9e du peuple re\u00e7ut le nom de&nbsp;<strong>Ngondo,&nbsp;<\/strong>du m\u00eame mot qui d\u00e9signe en langue duala le cordon obolical reliant encore le nouveau n\u00e9 et sa m\u00e8re, apr\u00e8s la d\u00e9livrance 1. De cette image, les Duala tir\u00e8rent l\u2019id\u00e9e du lien devant les unir dor\u00e9navant. Ainsi le&nbsp;<strong>Ngondo&nbsp;<\/strong>devint le symbole de leur unit\u00e9, la concr\u00e9tisation d\u2019un front uni appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019honneur du peuple, aussi bien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, les Duala d\u00e9lib\u00e9r\u00e8rent pour choisir dans une proche banlieue du pays, un Bakoko de Japoma, nomm\u00e9 Eng\u00f4mga, comme leur vengeur (\u00e0 gages) de l\u2019outrage jusque-l\u00e0 subi aux march\u00e9s de Pongo, Eng\u00f4mga \u00e9tait lui-m\u00eame un colosse tr\u00e8s fort, doubl\u00e9 d\u2019un sorcier. Les Duala provoqu\u00e8rent entre lui et le titan de Pongo un duel \u00e0 coups de poings. Eng\u00f4mga eut raison de Malob\u00e8. Il le ma\u00eetrisa, l\u2019envoya \u00e0 fond de c\u00e2le d\u2019une grande pirogue et le ligota solidement. Puis les Duala emmen\u00e8rent chez eux la terreur des march\u00e9s de Pongo, et le livr\u00e8rent aux\u2026 n\u00e9griers. Pour toujours&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais la m\u00e9moire de Malob\u00e8 reste immortalis\u00e9 dans le vers suivant d\u2019une de ces innombrables improvisations des troubadours du littoral camerounais&nbsp;:&nbsp;<strong>Malob\u00e8 a si w\u00e8li Eng\u00f4mga&nbsp;:&nbsp;<\/strong>\u00ab&nbsp;Malob\u00e8 n\u2019a pas su r\u00e9sister \u00e0 Eng\u00f4mga&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>On entend encore ce refrain au cours de maintes c\u00e9r\u00e9monies traditionnelles des Camerounais de la c\u00f4te, \u00e0 travers les captivants grelots des tambours-parleurs, notamment lors des comp\u00e9titions sportives sur le Wouri ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de la lutte duala, \u00e0 l\u2019heure incomparable, plus que solennelle, o\u00f9 d\u2019invincibles h\u00e9ros 2 font sur les cours poudreuses et ensoleill\u00e9es de d\u00e9cembre, l\u2019exhibition de leur force comme de leurs pagnes \u00e9tincelants\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>On le retrouve dans plus d\u2019un conte des habitants des rives du Wouri, du Mungo, de Ab\u00f4 et de la Sanaga. Enfin, le nom de Mab\u00e8 est surtout demeur\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre dans les circonstances suivantes&nbsp;: dans ces contr\u00e9es, lorsque quelqu\u2019un se trouve en pr\u00e9sence d\u2019une \u00e9preuve ou d\u2019une difficult\u00e9 majeure, ou devant un de ces multiples cas embarrassants de la vie, ou devant les cons\u00e9quences (f\u00e2cheuses) de ses propres actes, il est courant d\u2019entendre les autres le plaindre et lui dire, parfois avec quelque pointe d\u2019ironie&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>Malob\u00e8 a o don<\/strong>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Malob\u00e8 est l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Prenez vos dispositions, faites tout pour vous tirer d\u2019affaire&nbsp;!).<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pour l\u2019historique de la cr\u00e9ation du Ngondo, tel que nous l\u2019ont fait quelques vieux Duala. Dans quelques ann\u00e9es, les hommes de cette g\u00e9n\u00e9ration ne seront plus de se monde. Or, notre conviction profonde est que de tr\u00e8s nombreux Duala de notre \u00e9poque ne savaient pas jusqu\u2019ici un seul mot de l\u2019origine du&nbsp;<strong>Ngondo.&nbsp;<\/strong>Ce&nbsp;<strong>Ngondo&nbsp;<\/strong>sacr\u00e9 qui, h\u00e9las&nbsp;! est devenu, de nos jours \u2013 par certains c\u00f4t\u00e9s seulement, il est vrai \u2013 l\u2019occasion par excellence de festivit\u00e9s bachiques, de manifestations populaires truculentes, d\u2019apparat grossier et vulgaire. H\u00e9las&nbsp;!<\/p>\n<p>=================================================<\/p>\n<p><strong>D\u00e9roulement des Ceremonies.<\/strong><\/p>\n<p>De la solennit\u00e9 au profane, de l\u2019all\u00e9gresse presque infantile de la m\u00e9ditation grave et contenue&nbsp;: voil\u00e0 les principaux traits qui, paradoxalement, caract\u00e9risent de nos jours la f\u00eate traditionnelle des Duala.<\/p>\n<p>La veille, un service religieux est organis\u00e9 indistinctement au temple du Centenaire ou \u00e0 la cath\u00e9drale de Bonadib\u00f4ng, et ce depuis la r\u00e9novation du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>&nbsp;en 1949.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, d\u00e8s 5 heures, ses grands dignitaires suivis de leur \u00e9tat-major et d\u2019une foule imposante d\u2019hommes et de femmes, tous en tenus \u00ab&nbsp;traditionnelle&nbsp;\u00bb d\u2019apparat, se dirigent vers une plage du Wouri pr\u00e9alablement choisie selon les ann\u00e9es et les pr\u00e9sages re\u00e7us des divinit\u00e9s du fleuve. C\u2019est souvent au pied du pont du Wouri, parfois dans la petite p\u00eacherie du Yupw\u00e8. Mais auparavant, ils auront parcouru toute la ville \u00e0 pied, pour rendre chaque ann\u00e9e un hommage immortel \u00e0 leurs deux derniers souverains disparus. Ainsi vont-ils se recueillir pieusement et d\u00e9poser une gerbe de fleurs sur la tombe tour \u00e0 tour&nbsp;: de Rudolph Duala Manga, h\u00e9ros du peuple, \u00e0 Bonanj\u00f4, et de King Akwa, Dika Mpondo ma Ngando a Kwa. Dommage que les Deido n\u2019ont pas \u00e9lev\u00e9 de monument \u00e0 la m\u00e9moire de leurs princes, ni pour Ekwalla Ep\u00e8e, ni pour Ep\u00e8e Ekwalla et Eboa Ep\u00e8e&nbsp;!<\/p>\n<p>Voici les hommes. Tous vont pieds nus&nbsp;; petites toques de fibre de raphia noire sur la t\u00eate&nbsp;; pagnes de velours ou de soie chatoyante, port\u00e9 serr\u00e9 autour des reins, avec un art d\u2019y faire des surplis et de laisser pendre de chaque c\u00f4t\u00e9 deux pans, dont seuls ces hommes poss\u00e8dent le secret&nbsp;; chemise blanche \u00e0 longues manches recouvrant l\u2019ensellure du pagne, ou petits tricots collant au buste&nbsp;; foulards aux couleurs vives et ondoyantes, tant\u00f4t en bandouli\u00e8re sur l\u2019\u00e9paule ou jet\u00e9s nonchalamment en \u00e9charpe sur le cou, un peu \u00e0 l\u2019image des maires de France ou de chez nous&nbsp;; chasse-mouche \u00e0 la main. Il y en a qui sont torse nu, bustes de toutes les gammes de noir, de brin, de n\u00e8gre ou de brique cuite. Leur pas est lent et majestueux. Leur masque grave. Ils marchent en silence, dans l\u2019ombre encore fantomatique de la nuit qui se meurt, sous un ciel blafard, humide de ces pluies l\u00e9gendaires de la c\u00f4te camerounaise, de ces pluies qui sont la marque de nos laides journ\u00e9es de juillet, sombres et brumeuses \u00e0 fendre le c\u0153ur.<\/p>\n<p>Les femmes portent le&nbsp;<strong>kaba ngondo<\/strong>. Le&nbsp;<strong>kaba<\/strong>&nbsp;est une robe \u00ab&nbsp;maxi&nbsp;\u00bb, d\u2019une mode typiquement duala, fort ancienne dans la r\u00e9gion. C\u2019est l\u2019habit de tous les jours des vieilles mamans de l\u00e0-bas. Longues et tr\u00e8s ample, cette robe se fait en tissu imprim\u00e9 de toutes teintes, aux motifs d\u2019une infinie vari\u00e9t\u00e9. Le groupe des femmes s\u2019avance, lui aussi, dans ce m\u00eame silence fait tout \u00e0 la fois de myst\u00e8re et de ferveur. Leurs pieds, \u00e9galement, sont nus&nbsp;; un foulard de soie ou de velours nou\u00e9, \u00e9galement, autour des reins, comme dans le&nbsp;<strong>musuka&nbsp;<\/strong>des pleureuses, les jours de deuil (<strong>basas\u00e8 kwedi<\/strong>).<\/p>\n<p>Habituellement, tr\u00e8s peu d\u2019enfants assistent \u00e0 cette phase \u2013 qui se veut sublime \u2013 du c\u00e9r\u00e9monial.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Parvenu au bord du fleuve, \u00e0 l\u2019emplacement \u00e9lu, tout ce monde foule f\u00e9brilement le sable mouill\u00e9 de la plage et tourne, avec humilit\u00e9, ses regards vers les eaux sales, glauques et palpitantes. Devant lui, \u00e0 l\u2019horizon, sur l\u2019autre rive ou sur les mille et un \u00eelots qui h\u00e9rissent de leurs fouillis verd\u00e2tre le milieu du fleuve au Nord du pont, d\u2019immenses champs de pal\u00e9tuviers se profilent \u00e0 perte de vue, dans un entrelacs de racines a\u00e9riennes ruisselantes de glu ou par\u00e9es de minuscules coquillages, plongeant dans l\u2019onde noire de suif et de boue comme les tentacules de pieuvres g\u00e9antes. C\u2019est la demeure divine des&nbsp;<strong>miengu<\/strong>&nbsp;sacr\u00e9s des Duala, g\u00e9nies craints et v\u00e9n\u00e9r\u00e9s de tous, sir\u00e8nes ou na\u00efades dispensatrices de toutes leurs fortunes, bonnes ou mauvaises.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puis, subitement, une voix de stentor s\u2019\u00e9l\u00e8ve par-dessus la clameur sourde, tandis que les pal\u00e9tuviers touffus en reprennent au loin l\u2019\u00e9cho, par saccades tardives et \u00e9mouvantes. Le chef-pr\u00e9sident parle et demande le silence. Cela annonce le commencement du rituel au son du&nbsp;<strong>ngoso<\/strong>&nbsp;19, des&nbsp;<strong>mike\u00f1<\/strong>&nbsp;20 et des&nbsp;<strong>mbaka<\/strong>&nbsp;21. D\u2019abord, c\u2019est un solo imm\u00e9diatement suivi d\u2019un duo\u2026 Puis le ch\u0153ur encha\u00eene sur un rythme sourd, compact, majestueux, d\u2019une incomparable richesse d\u2019harmonie et d\u2019une beaut\u00e9 m\u00e9lodieuse pour nous sans pareille&nbsp;:<\/p>\n<p><strong>Ya, Malob\u00e8,<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; O&nbsp;! Malob\u00e8&nbsp;!<br \/>\n<strong>Ho&nbsp;!<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ho&nbsp;!<br \/>\n<strong>Ya, Malob\u00e8,<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; O&nbsp;! Malob\u00e8&nbsp;!<\/p>\n<p><strong>Ho&nbsp;!<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ho&nbsp;!<\/p>\n<p><strong>Malob\u00e8 a si w\u00e8li Eng\u00f4mga&nbsp;<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Malob\u00e8 n\u2019a pu r\u00e9sister \u00e0 Eng\u00f4mga&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Ya, Malob\u00e8 e&nbsp;!<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; O&nbsp;! Malob\u00e8&nbsp;!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce chant, les Duala \u00e0 l\u2019origine se moquent de Malob\u00e8, autrefois leur terreur aux march\u00e9s de Pongo. De ce Malob\u00e8 qui se croyait invincible. Mais que la force (sup\u00e9rieure) d\u2019Eng\u00f4mga finit par mettre \u00e0 genoux. Aujourd\u2019hui, c\u2019est le chant du ralliement, l\u2019hymne \u00e0 l\u2019union.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s quoi vient&nbsp;<strong>l\u2019esa<\/strong>,&nbsp;<strong>l\u2019esa ya mboa<\/strong>, la pri\u00e8re collective aux anc\u00eatres disparus, l\u2019invocation solennelle des&nbsp;<strong>miengu<\/strong>. C\u2019est encore le&nbsp;<strong>male ma mboa<\/strong>&nbsp;: serment d\u2019all\u00e9geance perp\u00e9tuelle au&nbsp;<strong>Ngondo,<\/strong>&nbsp;de fid\u00e9lit\u00e9 au peuple tout entier ainsi qu\u2019\u00e0 ses nobles id\u00e9aux d\u2019union et de paix. Ni tra\u00eetres ni parjures dans ses rangs&nbsp;! Sinon le peuple veille sur tout et sur tous, quels qu\u2019ils soient. Souvenez-vous de la loi fondamentale du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vie pour vie, etc.&nbsp;\u00bb.Souvenez-vous de la question d\u2019honneur des Duala (qui se trouve \u00e0 l\u2019origine de sa cr\u00e9ation), du prodige r\u00e9alis\u00e9 sur le titan Malob\u00e8, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entente et \u00e0 l\u2019union. C\u2019est bien ce que, d\u2019une voix autoritaire, sentencieuse, les yeux pleins de feu, dans des vers presque \u00e9sot\u00e9riques, le chef-officiant proclame plusieurs fois, et la foule tout enti\u00e8re avec lui, dans une ferveur, dirait-on, cabalistique, car c\u2019est proprement de l\u2019ancien duala&nbsp;:<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le chef&nbsp;:&nbsp;<strong>Ekwa<\/strong>&nbsp;<strong>muato<\/strong>&nbsp;<strong>!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; la foule&nbsp;:&nbsp;<strong>O o<\/strong>&nbsp;<strong>!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le chef&nbsp;:&nbsp;<strong>O tam&nbsp;!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; la foule&nbsp;:&nbsp;<strong>Nj\u00f4m&nbsp;!<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les paroles du serment duala ont \u00e9t\u00e9 quelque peu d\u00e9form\u00e9es avec le temps et alt\u00e9rations multiples subies par la langue sous l\u2019effet de ph\u00e9nom\u00e8nes divers. Il convient de reproduire le texte original de l\u2019ancien duala&nbsp;:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>E kwi ya muato<\/strong>&nbsp;: Ce qui est sorti des entrailles de la femme&nbsp;: (tout \u00eatre humain).<\/p>\n<p><strong>O-o&nbsp;!<\/strong>: Oui&nbsp;! (Entendu&nbsp;!).<\/p>\n<p><strong>O tam&nbsp;!<\/strong>: (si) Tu attentes (jalouses, hais, envies, ou trahis, etc.)<\/p>\n<p><strong>Nj\u00f4m&nbsp;!<\/strong>: Responsable (tu es&nbsp;! avec toutes les cons\u00e9quences, sous-entendu.)<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aujourd\u2019hui&nbsp;<strong>e kwi<\/strong>&nbsp;se dit en duala&nbsp;<strong>e busi<\/strong>&nbsp;;&nbsp;<strong>muato<\/strong>&nbsp;se dit&nbsp;:&nbsp;<strong>muto&nbsp;<\/strong>;&nbsp;<strong>o tam<\/strong>&nbsp;est l\u2019abr\u00e9viation de&nbsp;:&nbsp;<strong>o tam \u00f1ama<\/strong>&nbsp;(tu lui veux du mal&nbsp;; tu cherches sa perte, sa mort, son malheur, etc.).<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notons tout de suite, sans renvoi fastidieux, que la plupart des B\u00e9ti (dans le Centre-Sud du Cameroun) disent&nbsp;:&nbsp;<strong>kwi<\/strong>&nbsp;(<strong>ns\u00ea\u00f1<\/strong>) pour \u00ab&nbsp;sortir&nbsp;\u00bb&nbsp;; que les Pongo et les Mungo appellent toujours la femme&nbsp;<strong>muato<\/strong>&nbsp;et les Wuri&nbsp;:&nbsp;<strong>muaro<\/strong>. (Il est connu que les populations de ces trois derni\u00e8res sous-tribus parlent du duala archa\u00efque).<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La prononciation actuelle de l\u2019expression&nbsp;<strong>o tam<\/strong>&nbsp;fait penser \u00e0&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ramasses&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;Tu touches&nbsp;\u00bb. C\u2019est proprement incorrect. Nos parlers \u00e9tant des langues \u00e0 tons, il faut prononcer cette phrase de mani\u00e8re \u00e0 lui donner plut\u00f4t l\u2019un des sens ci-dessus expliqu\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout ceci pour rappeler symboliquement \u00e0 la m\u00e9moire de tous le triste sort advenu \u00e0 Malob\u00e8 qui avait os\u00e9 attenter \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019honneur des Duala.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Mais \u00e0 ce moment de la c\u00e9r\u00e9monie du serment, toute l\u2019assistance entre dans un \u00e9tat de transe tr\u00e9pidante, comme mue et poss\u00e9d\u00e9 par le&nbsp;<strong>jengu<\/strong>. On se tr\u00e9mousse, on trottine (sur place&nbsp;!)&nbsp;; des milliers de bras gesticulent tels des manivelles, comme dans la danse des&nbsp;<strong>mal\u00f4k\u00f4<\/strong>, propre aux pas de lutte traditionnelle. Le tout cadenc\u00e9 par le son cristallin des&nbsp;<strong>mike\u00f1<\/strong>&nbsp;et des&nbsp;<strong>mbaka<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par cette pri\u00e8re collective, le&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>&nbsp;implore les&nbsp;<strong>miengu<\/strong>&nbsp;afin qu\u2019ils prot\u00e8gent et gardent son peuple bien-aim\u00e9, qu\u2019ils le couvrent de toutes les b\u00e9n\u00e9dictions, qu\u2019ils le comblent de toutes les vertus de la terre&nbsp;: force, sagesse, intelligence, richesse&nbsp;; qu\u2019ils lui apportent la prosp\u00e9rit\u00e9 en tout, une plus grande f\u00e9condit\u00e9 des femmes, des parties de p\u00eache fructueuses, de bonnes r\u00e9coltes, l\u2019union de tous dans la fraternit\u00e9 et l\u2019amour du prochain, la paix dans les foyers et sur l\u2019ensemble du pays\u2026 Que, du m\u00eame coup, les&nbsp;<strong>miengu<\/strong>&nbsp;conjurent et \u00e9loignent du peuple tous les maux d\u2019ici bas&nbsp;: la mort, le deuil, la st\u00e9rilit\u00e9 des m\u00e8res de famille, la pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re, la haine et la d\u00e9sunion. Tout&nbsp;!<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais dans tout ce rituel du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>, la minute la plus path\u00e9tique, la plus poignante, la plus subjugante, celle qui accroche le plus l\u2019attention, retient le curieux et intrigue la profane, c\u2019est, sans aucun doute, celle de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019immersion du vase sacr\u00e9 dans les profondeurs du Wouri, autre demeure mystique des g\u00e9nies peuplant le fleuve, les&nbsp;<strong>miengu<\/strong>. C\u2019est le&nbsp;<strong>siba<\/strong>&nbsp;l\u2019<strong>eloko<\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cet office remonte aux temps les plus recul\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 des Bonamb\u00f4ng\u00f4 dont sont issus les Duala lato sensu. C\u2019est-\u00e0-dire avant m\u00eame l\u2019installation d\u00e9finitive de membres de cette vieille souche bantou sur le littoral camerounais, il y a de cela un peu plus de 350 ans. La l\u00e9gende va jusqu\u2019\u00e0 soutenir que c\u2019est l\u2019exceptionnelle qualit\u00e9 des miengu de cette r\u00e9gion qui, \u00e0 la suite de nombreuses proph\u00e9ties re\u00e7ues des dieux morts, inspira puis d\u00e9termina le d\u00e9part de la famille Bonamb\u00f4ng\u00f4 des lointaines boucles du Congo (ou Za\u00efre&nbsp;?) et de l\u2019Oubangui, dans la r\u00e9gion des B\u00e2-Muel\u00e8, pour les voisinages de l\u2019Atlantique\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais autrefois, le rite de l\u2019immersion du vase dans l\u2019eau n\u2019\u00e9tait point, comme c\u2019est le cas de nos jours, un symbole d\u2019ordinaire r\u00e9miniscence, la reconstitution \u00e9vocatrices de faits du pass\u00e9, lesquels, force de le reconna\u00eetre, ont v\u00e9cu quant \u00e0 leur authentique puret\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En cette \u00e9poque-l\u00e0, un initi\u00e9 plongeait jusqu\u2019au fond des eaux, tenant dans ses mains un vase noir en terre cuite, assez volumineux. Il y s\u00e9journait pendant un laps de temps relativement long, environ une demi-heure. Lorsqu\u2019il revenait \u00e0 la surface, on pouvait le voir sans la moindre goutte d\u2019eau sur le corps ni sur ses habits&nbsp;; le vase lui-m\u00eame revenait totalement sec mais avec, \u00e0 son fond, un&nbsp;<strong>ding\u00f4mb\u00f4<\/strong>. Le&nbsp;<strong>ding\u00f4mb\u00f4<\/strong>, \u00e0 Douala, est un crabe d\u2019un brun tr\u00e8s fonc\u00e9, \u00e0 la carapace particuli\u00e8rement dure et aux pinces plus crochues, plus ac\u00e9r\u00e9es et plus agressives que chez le crabe ordinaire. Mais le&nbsp;<strong>ding\u00f4mb\u00f4<\/strong>&nbsp;figure surtout la f\u00e9condit\u00e9&nbsp;: celle des m\u00e8res de famille, du sol, des parties de p\u00eache sur le Wouri, toutes choses distinctives de la prosp\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019esprit de ces gens.<\/p>\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Toujours en ces temps-l\u00e0, les&nbsp;<strong>miengu<\/strong>&nbsp;participaient manifestement \u00e0 la f\u00eate. On voyait de multiples bras, sortis de l\u2019eau, remuer autour de la barque au bord de laquelle montent le plongeur et trois autres initi\u00e9s. Sur le sol de la plage, on pouvait encore apercevoir d\u2019\u00e9normes quantit\u00e9s de poissons d\u00e9pos\u00e9s par des mains invisibles. En un mot, on sentait et percevait la pr\u00e9sence des&nbsp;<strong>miengu<\/strong>. Sans, bien entendu, les voir\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A cet instant merveilleux de l\u2019immersion du vase sacr\u00e9, on entend fuser de la foule grouillant sur la berge, une litanie psalmodi\u00e9e en sourdine par un groupe de chanteurs, rares initi\u00e9s au langage des&nbsp;<strong>miengu<\/strong>&nbsp;que seuls ils savent parler, que seuls ils entendent\u2026 Puis cette ouverture se termine par un magnifique crescendo.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le retour du vase sur la terre ferme marque la fin des c\u00e9r\u00e9monies de communion du peuple avec ses dieux tut\u00e9laires.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au temps jadis, le centre d\u2019activit\u00e9 du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>&nbsp;(consid\u00e9r\u00e9 ici comme secte religieuse ou magique de toute la communaut\u00e9 duala) se trouvait sur un rocher gigantesque qui s\u2019\u00e9levait, tel un minaret, sur les rivages du Wouri, \u00e0 l\u2019emplacement actuel du quartier de Bonamouti, dans le canton d\u2019Akwa. Les gens de Bonamouti passaient alors pour \u00eatre les principaux d\u00e9tenteurs et les plus grands dignitaires du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>&nbsp;et, par le fait m\u00eame, les plus purs \u00e9l\u00e9ments de la race. Car la pratique du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>&nbsp;\u00e9tait, semble-t-il, de par la structure sociale duala, incompatible avec des \u00ab&nbsp;origines impures&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;incertaines&nbsp;\u00bb, bref \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la nation.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais depuis l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens, le bruit \u00ab&nbsp;insolite et incommodant&nbsp;\u00bb de leurs chaloupes et de leurs bateaux \u00e0 vapeur a \u00e9loign\u00e9 de Bonamouti le centre de la confr\u00e9rie, le transf\u00e9rant de cet endroit \u00e0 l\u2019\u00eele de Jebal\u00e8, au large du Wouri. C\u2019est dans un tourbillon situ\u00e9 au Nord-Ouest de cette \u00eele, au lieu dit&nbsp;<strong>Tondo<\/strong>&nbsp;ou&nbsp;<strong>Tonda<\/strong>&nbsp;<strong>Jebal\u00e8<\/strong>&nbsp;(confluent de trois bras du Wouri venant le premier du pays Wuri, le deuxi\u00e8me de Dibombari et le troisi\u00e8me de Bonendal\u00e8), qu\u2019autrefois se d\u00e9roulait le rite d\u2019immersion du vase sacr\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les gouffres et tourbillons (<strong>betia<\/strong>) des fleuves et rivi\u00e8res se classent parmi les lieux enchant\u00e9s des r\u00e9gions de notre littoral, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de certains monts, c\u00e9l\u00e8bres sous ce chapitre. Aussi bien les principaux gardiens du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>&nbsp;des Duala se retrouvent-ils \u00e0 l\u2019heure actuelle \u00e0&nbsp;<strong>Jebal\u00e8<\/strong>. Et c\u2019est \u00e0 Jebal\u00e8 que recrutent les grands initi\u00e9s&nbsp;: les plongeurs de l\u2019<strong>eloko<\/strong>, les chantres myst\u00e9rieux du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>,&nbsp;les interlocuteurs authentiques des&nbsp;<strong>miengu<\/strong>, les initiateurs \u00e9ventuels aux rites du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>, etc.<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les Malimba de la Sanaga-Maritime, les Batanga de Kribi, les habitants de la r\u00e9gion de Santa Carlos \u00e0 Dikabo (appellation duala de l\u2019\u00eele de Fernando-P\u00f4, en Guin\u00e9e Equatoriale) poss\u00e8dent aussi leurs lieux sacr\u00e9s propres, destin\u00e9s \u00e0 la pratique du&nbsp;<strong>Jengu<\/strong>. Ces lieux sont le delta de la Sanaga pour les Malimba, les embouchures du Nyong, de la Lob\u00e8 et de la Kient\u00e9 pour les Batanga&nbsp;<strong>lato sensu<\/strong>&nbsp;(Batanga, Ban\u00f4h et Bapuku r\u00e9unis).<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u00e8s la fin de la phrase spirituelle des c\u00e9r\u00e9monies, tous les assistants, les dignitaires du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>&nbsp;en t\u00eate, entreprennent \u00e0 pied le tour des principaux quartiers duala de la ville. Ensuite commence, la grande f\u00eate populaire. Dans les plus petits recoins de la cit\u00e9, hommes, femmes, enfants de tous \u00e2ge, habill\u00e9s \u00e0 la&nbsp;<strong>ngondo<\/strong>, dansent, chantent, s\u2019embrassent \u00e0 l\u2019envi, boivent et mangent jusque dans les rues, \u00e0 qui mieux mieux. Ce spectacle, extr\u00eamement haut en couleurs, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre vu&nbsp;!<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vers 11 heures, en pr\u00e9sence des autorit\u00e9s administratives locales, le bureau du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>&nbsp;offre vin d\u2019honneur aux diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s de la ville, \u00e9trang\u00e8res ou camerounaises non-duala, repr\u00e9sentant tous les secteurs d\u2019activit\u00e9 en place. A cette occasion, son pr\u00e9sident prononce un important discours dans lequel il passe en revue l\u2019historique du&nbsp;<strong>Ngondo<\/strong>, ses id\u00e9aux et ses objectifs essentiels, en insistant plus particuli\u00e8rement sur la volont\u00e9 de collaboration de ses membres avec les pouvoirs publics, par une communaut\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019action entre la puissance temporelle d\u2019une part et les forces spirituelles et traditionnelles de l\u2019Assembl\u00e9e du peuple de l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>INFORMATEURS<\/strong><br \/>\n<em><br \/>\nPrincipaux informateurs :<\/em><br \/>\nAlbert Mpondo Dika<br \/>\nEdingu\u00e8l\u00e8 Muangu\u00e8 Meetom<br \/>\nModi a Bebe Bell<br \/>\nMongwan a Ndemba<br \/>\n<em><br \/>\nAutres informateurs :<br \/>\n<\/em>Ebos\u00e8 Et\u00f4k\u00ea<br \/>\nGuillaume Jemba<br \/>\nGaston Kingu\u00e8 Jong<br \/>\nPasteur Paul Mbend\u00e8<br \/>\nThomas Mb\u00f4ng\u00f4 Mounoum\u00e9<br \/>\nKunz Mukuri Kumba<br \/>\nHans Ngaka Akwa<br \/>\nJ. Ngall\u00e8-Miano<br \/>\nJean Ngando Ekwa, etc.<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><strong>AUTEUR<br \/>\n<\/strong>Maurice DOUMBE MOULONGO est originaire de Bw\u00e8n\u00e8-Wouri, au Cameroun. N\u00e9 en 1923, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Ecole Sup\u00e9rieur de Yaound\u00e9, il appartient \u00e0 la Fonction Publique de son pays depuis un peu plus de 30 ans. Apr\u00e8s avoir occup\u00e9 d\u2019importantes fonctions de responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019administration fran\u00e7aise, notamment dans le commandement territorial, il a \u00e9t\u00e9 stagiaire \u00e0 l\u2019Ecole Nationale de la France d\u2019Outre-Mer \u00e0 Paris de 1958 \u00e0 1959. Administrateur Civil depuis janvier 1961, ce haut fonctionnaire camerounais s\u2019est vu confier de nombreux postes dans diff\u00e9rents d\u00e9partements minist\u00e9riels. Chercheur isol\u00e9 et occasionnel, sa passion pour les \u00e9tudes historiques et ethno-sociologiques s\u2019est affirm\u00e9e dans plusieurs travaux consacr\u00e9s aux populations du Sud-Cameroun en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 celles de la c\u00f4te en particulier.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Origines du Ngondo. &nbsp;C\u2019est l\u2019assembl\u00e9e traditionnelle du peuple duala. Son existence est ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, en1843, des premiers missionnaires \u00e0 Douala. Son ann\u00e9e de cr\u00e9ation peut se situer approximativement en 1830, soit une quinzaine d\u2019ann\u00e9es avant la mort, en juillet 1845, de Ngando a Kwa, roi des Akwa \u00e0 l\u2019\u00e9poque. 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