{"id":61999,"date":"2025-04-17T11:19:24","date_gmt":"2025-04-17T09:19:24","guid":{"rendered":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/?p=61999"},"modified":"2025-04-17T11:19:27","modified_gmt":"2025-04-17T09:19:27","slug":"contexte-historique-general-de-lenseignement-catholique-1890-1960-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/contexte-historique-general-de-lenseignement-catholique-1890-1960-2\/","title":{"rendered":"CONTEXTE HISTORIQUE G\u00c9N\u00c9RAL DE L\u2019ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE 1890-1960"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le contexte dans lequel s\u2019est op\u00e9r\u00e9e l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun depuis la p\u00e9riode missionnaire des Pallottins allemands \u00e0 nos jours permet de saisir \u00e0 sa v\u00e9ritable dimension, la place que les dirigeants de notre Eglise ont accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et l\u2019impact de celle-ci<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contexte dans lequel s\u2019est op\u00e9r\u00e9e l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun depuis la p\u00e9riode missionnaire des Pallottins allemands \u00e0 nos jours permet de saisir \u00e0 sa v\u00e9ritable dimension, la place que les dirigeants de notre Eglise ont accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et l\u2019impact de celle-ci dans le processus de l\u2019\u00e9dification de notre pays. Nous tenterons ici de relever les grands rep\u00e8res historiques de cet ordre d\u2019enseignement dans notre pays.<br>L\u2019\u00e8re missionnaire pallottine 1890-1915<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I &#8211; La cr\u00e9ation de la premi\u00e8re \u00e9cole catholique \u00e0 Marienberg<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque les P\u00e8res pallottins arrivent \u00e0 Douala dans la nuit du 24 au 25 octobre 1890, ils sont accueillis par une malveillance qui ne cherche pas \u00e0 se dissimuler. Cette malveillance se manifeste \u00e0 tous les niveaux. Le gouverneur allemand Von PUTTKAMER ne veut pas voir les Pallottins s\u2019installer \u00e0 Douala qu\u2019il consid\u00e8re comme zone confessionnelle protestante. Les missionnaires protestants de la Mission de B\u00e2les, d\u2019ob\u00e9dience suisse allemande ne souffrent pas de voir leurs homologues catholiques prendre pied dans cette ville o\u00f9 ils exer\u00e7aient jusqu\u2019alors sans partage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour emp\u00eacher tout contact entre les missionnaires catholiques et les indig\u00e8nes, les Pasteurs protestants font savoir aux autochtones que les nouveaux venus qui s\u2019habillent comme des femmes parce qu\u2019ils portent des soutanes semblables aux robes des femmes diminuent la f\u00e9condit\u00e9 chez tous ceux qui les approchent. Il n\u2019en fallait pas plus pour que les indig\u00e8nes \u00e9vitent les nouveaux missionnaires comme la peste. C\u2019est alors que gr\u00e2ce au concours moral et mat\u00e9riel du c\u00e9l\u00e8bre commer\u00e7ant \u00c9douard WOERMANN bas\u00e9 \u00e0 Douala, les missionnaires catholiques d\u00e9cident de se rendre \u00e0 \u00c9d\u00e9a pour commencer leur apostolat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des difficult\u00e9s de voyage et l\u2019hostilit\u00e9 des populations d\u2019\u00c9d\u00e9a manipul\u00e9es par les Protestants vont amener les P\u00e8res \u00e0 s\u2019\u00e9tablir sur un petit site de colline que va leur accorder le Chef TOKO NGANGO d\u2019Elok NGANGO. C\u2019est ce petit site de colline qui prendra le nom de Marienberg, c\u2019est-\u00e0-dire colline de Marie. Le 8 d\u00e9cembre 1890, cette premi\u00e8re mission du Cameroun est consacr\u00e9e \u00e0 Marie Reine des Ap\u00f4tres. Du coup, toute l\u2019Eglise du Christ qui venait de na\u00eetre au Cameroun fut plac\u00e9e sous la protection et le patronage de la Sainte- Vierge Marie. Les missionnaires pallottins se montr\u00e8rent tr\u00e8s t\u00f4t soucieux de l\u2019\u00e9ducation des jeunes et pour cause. C\u2019est la jeunesse qui allait fonder l\u2019Eglise de demain. Ces jeunes devaient constituer le ferment de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du pays. Or qui dit \u00e9vang\u00e9lisation, dit pro- gr\u00e8s et \u00e9volution des peuples. La jeunesse chr\u00e9tienne camerounaise, de l\u2019avis des Pallottins \u00e9tait donc l\u2019espoir sur le- quel reposait le progr\u00e8s de notre pays. C\u2019est ainsi que d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1891, les missionnaires mirent en place \u00e0 Marienberg une premi\u00e8re \u00e9cole. Mais les parents n\u2019\u00e9taient pas dispos\u00e9s \u00e0 laisser leurs enfants aller acqu\u00e9rir l\u2019instruction au sein de cette nouvelle institution, car si \u00e0 la c\u00f4te, il \u00e9tait reproch\u00e9 aux missionnaires de menacer la f\u00e9condit\u00e9 des autochtones, \u00e0 Marienberg, les populations s\u2019inqui\u00e9taient du fait que les P\u00e8res et les Fr\u00e8res ne voulaient pas se marier ou tout au moins vivre avec des femmes. D\u00e8s lors, on se posait la question de sa- voir si les missionnaires n\u2019allaient pas inculquer ces habitudes aux jeunes \u00e9l\u00e8ves appel\u00e9s \u00e0 suivre leur formation \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la mission. Le P\u00e8re VIETER, Pr\u00e9fet Apostolique et Chef de la d\u00e9l\u00e9gation de cette premi\u00e8re \u00e9quipe de missionnaires eut de nombreux entretiens avec le Chef TOKO NGANGO, qui \u00e0 la fin accepta de confier deux de ses propres enfants aux missionnaires. Andr\u00e9 et Jacques de- vinrent ainsi les premiers \u00e9l\u00e8ves de la premi\u00e8re \u00e9cole catholique du Cameroun. L\u2019exemple ayant \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le chef lui-m\u00eame, les autres parents con- sentirent \u00e0 laisser leurs enfants venir \u00e0 l\u2019\u00e9cole. C\u2019est ainsi qu\u2019en octobre 1891, l\u2019\u00e9cole de Marienberg enregistra quarante inscriptions d\u2019\u00e9l\u00e8ves venant aussi bien des environs que des contr\u00e9es assez \u00e9loign\u00e9es de la mission. Le P\u00e8re WALTER \u00e9tait charg\u00e9 de la cat\u00e9ch\u00e8se et le Fr\u00e8re KLOSTERNECHT de l\u2019instruction g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A cette petite \u00e9quipe d\u2019enseignants se joindra quelque temps apr\u00e8s Andr\u00e9 MBANGUE qui fut non seulement le premier catholique Camerounais, mais aussi le premier moniteur et le premier cat\u00e9chiste indig\u00e8ne du Cameroun. Les r\u00e9sultats obtenus dans cette \u00e9cole furent excellents et tr\u00e8s encourageants. La plu- part des jeunes scolaris\u00e9s ici devinrent ap\u00f4tres aupr\u00e8s de leurs propres fr\u00e8res, si bien que les Pallottins adopt\u00e8rent une politique qui consistait \u00e0 faire pr\u00e9c\u00e9der la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle mission par celle d\u2019une \u00e9cole ou \u00e0 d\u00e9faut, \u00e0 faire suivre la cr\u00e9ation d\u2019une mission par celle d\u2019une \u00e9cole dans l\u00e0 tr\u00e8s br\u00e8ves \u00e9ch\u00e9ances. Des cas de rivalit\u00e9 furent enregistr\u00e9s dans certaines localit\u00e9s. Chez les Ngumba par exemple, SAMBA fils du notable APIANG, apr\u00e8s sa formation \u00e0 Kribi fit cr\u00e9er deux \u00e9coles en 1899 et 1905 dans le village des Biwombo, village de sa belle-famille, avant de mourir en 1906. Son h\u00e9ritage fut \u00e2prement discut\u00e9 apr\u00e8s sa mort, par les natifs de son propre village de Ngovayang et ceux de Biwombo. C\u2019est \u00e0 Ngovayang que s\u2019\u00e9tablira la mission en 1909. L\u2019\u00e9cole suivra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines \u00e9coles rayonn\u00e8rent au-del\u00e0 du p\u00e9rim\u00e8tre des missions o\u00f9 elles \u00e9taient bas\u00e9es. Ce fut notamment le cas de Kribi qui attira de nombreux jeunes Beti. Le futur Chef Sup\u00e9rieur des Ewondo et des Bene, Charles ATANGANA fut baptis\u00e9 \u00e0 Kribi le 31 octobre 1897, les Archives lui donnent l\u2019\u00e2ge de 14 ans au moment de son bapt\u00eame. C\u2019est toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Kribi qu\u2019il sera \u00e9duqu\u00e9 avant son retour \u00e0 Yaound\u00e9 o\u00f9 il deviendra un agent actif de l\u2019expansion du christianisme chez les Beti. En somme l\u2019\u00e9cole a \u00e9t\u00e9 pour les Pallottins la toile de fond de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>II &#8211; La question des programmes scolaires<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la signature du trait\u00e9 germano-douala du 12 juillet 1884, le probl\u00e8me le plus urgent semblait \u00eatre celui de la conqu\u00eate du territoire. La question de l\u2019\u00e9ducation ne deviendra pr\u00e9occupante que deux ans plus tard, c\u2019est-\u00e0-dire en 1886. Pourtant pour BISMARCK, l\u2019une des cibles vis\u00e9es par l\u2019imp\u00e9rialisme germanique \u00e9tait \u00ab Zivilisierung der Eingeborenen \u00bb : \u00ab civilisation (l\u2019\u00e9ducation des indig\u00e8nes) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il avait d\u2019autre part pos\u00e9 en principe que : Christianisierung = Zivilisierung, \u00ab Christianisation = civilisation (\u00e9ducation) \u00bb. \u00c9videmment, on comprend toute la subtilit\u00e9 qu\u2019il y a dans cette vision de la colonisation par BISMARCK. Le dessein non avou\u00e9 de BISMARCK \u00e9tait de se servir des missions chr\u00e9tiennes pour asseoir les structures coloniales. L\u2019\u00e9cole dans cette perspective n\u2019\u00e9tait utile que dans la mesure o\u00f9 elle \u00e9tait au service de la cause coloniale. Beaucoup d\u2019historiens ont vu dans la collusion de l\u2019action coloniale et de l\u2019action \u00e9vang\u00e9lisatrice une complicit\u00e9 ayant pour d\u00e9nominateur commun l\u2019exploitation du colonis\u00e9. Mais dans les faits, les choses ne se pass\u00e8rent pas toujours ainsi. Si d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les r\u00e8gles \u00e9taient \u00e9dict\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 coloniale, il faut reconna\u00eetre que l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation pour- suivait d\u2019autres ambitions plus nobles, du moins en th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019administration coloniale allemande en poste demanda \u00e0 la m\u00e9tropole en 1886, d\u2019envoyer d\u2019urgence au Cameroun, des enseignants pour mettre en place un syst\u00e8me \u00e9ducatif dans la jeune colonie. En janvier 1887, un enseignant du nom de Christaller d\u00e9barque \u00e0 Douala. Il fit cr\u00e9er deux \u00e9coles d\u2019enseignement public \u00e0 Belldorf en 1888 et \u00e0 De\u00efdodorf en 1890. L\u2019enseignement dans ces deux \u00e9coles \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaire. Christaller se lan\u00e7a dans un programme de r\u00e9novation p\u00e9dagogique, mais fut frapp\u00e9 par la mort en 1896. Le gouvernement allemand encouragea alors les missions chr\u00e9tiennes \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9coles dans leurs stations. Seulement, les programmes dans l\u2019ensemble \u00e9taient mal d\u00e9finis. Chaque confession religieuse menait l\u2019\u00e9ducation des indig\u00e8nes selon ses propres canons. On notait par exemple que les B\u00e2lois et les Presbyt\u00e9riens accordaient une grande place aux langues locales dans leurs \u00e9coles, alors que les Catholiques n\u2019enseignaient les langues locales que dans les deux premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes, dans les trois autres ann\u00e9es, les enseignements se faisaient uniquement en allemand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour harmoniser les programmes d\u2019\u00e9tudes des cycles primaires, le gouverneur SEITZ organisa une grande conf\u00e9rence \u00e0 Douala le 18 d\u00e9cembre 1907, toutes les confessions chr\u00e9tiennes y \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es. Les d\u00e9cisions suivantes furent arr\u00eat\u00e9es :<br>Suppression de la langue douala dans les \u00e9coles, parce que consid\u00e9r\u00e9e comme facteur de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des Douala sur les autres ethnies.<br>Le programme d\u2019\u00e9tudes primaires fut \u00e9labor\u00e9 sur une p\u00e9riode de cinq ans.<br>Les mati\u00e8res \u00e0 enseigner dans toutes les \u00e9coles \u00e9taient : la grammaire et le vocabulaire de l\u2019allemand, l\u2019arithm\u00e9tique, la g\u00e9ographie et l\u2019histoire de l\u2019Allemagne, les sciences naturelles, le chant, le dessin et le travail manuel. Chaque confession religieuse en raison de sa sp\u00e9cificit\u00e9 et de ses objectifs pouvait compl\u00e9ter la liste de ces mati\u00e8res par d\u2019autres disciplines.<br>Pour un meilleur suivi des programmes, il fut d\u00e9cid\u00e9 que les \u00e9coles chr\u00e9tiennes seraient r\u00e9guli\u00e8rement inspect\u00e9es par les agents du gouvernement colonial. Les missionnaires pallottins mirent cependant un point d\u2019honneur dans la recherche p\u00e9dagogique. Ainsi, des ouvrages tels que le LEHRER HEFT (cahier du ma\u00eetre) le SCHULER HEFT (cahier de l\u2019\u00e9l\u00e8ve) furent confectionn\u00e9s.<br>Sur le chapitre des SUBVENTIONS destin\u00e9es au fonctionnement de toutes les \u00e9coles des missions chr\u00e9tiennes, le Reich mit \u00e0 la disposition des responsables des moyens financiers substantiels. Les subventions annuelles oscillaient entre 17 et 20.000 Marks et \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 toutes les \u00e9coles des missions chr\u00e9tiennes qui acceptaient l\u2019inspection du gouvernement colonial. Ces subventions \u00e9taient appel\u00e9es \u00e0 atteindre un montant de 80000 Marks en 1914. Il y eut cependant des p\u00e9riodes de crise. En 1910, par exemple, le gouvernement avait couvert le d\u00e9ficit de ses propres \u00e9coles, en retirant 3.700 Marks des 20.000 destin\u00e9s aux \u00e9coles missionnaires. Pourtant, cette m\u00eame ann\u00e9e, les \u00e9coles catholiques avaient obtenu les meilleurs r\u00e9sultats aux examens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne l\u2019enseignement du second degr\u00e9, le gouvernement allemand n\u2019avait rien pr\u00e9vu, sauf dans le domaine de l\u2019enseignement professionnel. Trois \u00e9coles d\u2019agriculture fonctionnaient \u00e0 Yaound\u00e9, \u00e0 Victoria et \u00e0 Dschang.<br>III &#8211; Einsiedeln : la premi\u00e8re \u00e9cole secondaire catholique du Cameroun<br>Soucieux de maximiser le rendement des auxiliaires indig\u00e8nes, les Pallottins d\u00e9cid\u00e8rent de cr\u00e9er un \u00e9tablissement post-primaire pr\u00e8s de Bu\u00e9a.<br>Bien s\u00fbr, dans l\u2019imm\u00e9diat, le but \u00e9tait d\u2019avoir des chr\u00e9tiens susceptibles d\u2019aider \u00e0 l\u2019expansion de l\u2019Eglise dans le territoire, mais \u00e0 long terme, ces auxiliaires vont non seulement se r\u00e9v\u00e9ler de v\u00e9ritables piliers de la foi chr\u00e9tienne, mais aussi seront les premiers \u00e0 inqui\u00e9ter l\u2019administration coloniale au nom des vertus chr\u00e9tiennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en 1893 que le P\u00e8re VIETER, Pr\u00e9fet Apostolique du Cameroun d\u00e9cide d\u2019envoyer le premier Camerounais en formation de pr\u00eatre \u00e0 Limbourg. Il s\u2019agit du jeune Andr\u00e9 TOKO, originaire de Marienberg. A ses premi\u00e8res vacances pass\u00e9es au Cameroun, Andr\u00e9 se noie dans la Sanaga. Trois autres Camerounais, Pierre MOUGELIN de Kribi, Joseph MADENE de Marienberg, Fran\u00e7ois MOUKOURY de Douala seront envoy\u00e9s en Allemagne pour la m\u00eame formation, mais le r\u00e9sultat ne sera pas meilleur \u00e0 celui d\u2019Andr\u00e9 TOKO. Cer- tes, ils ne se noieront pas comme Andr\u00e9, mais aucun n\u2019ira jusqu\u2019au bout de la formation. Le P\u00e8re VIETER comprit que c\u2019est sur place au Cameroun qu\u2019il fallait commencer la formation. Il adressa une requ\u00eate \u00e0 la Propaganda pour la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9cole apostolique au Cameroun. Par la plume du Cardinal GOTTI, la Propaganda lui r\u00e9pondit : \u00ab Il est bon que vous puissiez commencer quelque chose au Cameroun \u00bb. En 1907, l\u2019\u00e9cole d\u2019Einsiedeln vit le jour sous la direction du P\u00e8re HALBING. Vingt \u00e9l\u00e8ves y avaient \u00e9t\u00e9 accueillis la m\u00eame ann\u00e9e. L\u2019\u00e9cole d\u2019Einsiedeln avait un cycle de trois ans d\u2019\u00e9tudes et un r\u00e9gime d\u2019inter- nat. Elle formait \u00e0 la fois des moniteurs et des cat\u00e9chistes. L\u2019ambition de Mgr VIETER (devenu \u00e9v\u00eaque depuis le 22 janvier 1905) \u00e9tait de faire \u00e9voluer cette \u00e9cole dans le sens d\u2019un petit s\u00e9minaire. Aussi d\u00e8s la rentr\u00e9e 1913-1914, une classe d\u2019\u00e9tudes latines (Latein klasse) vit le jour. Mais c\u2019\u00e9tait sans composer avec le clocher de la guerre qui avait sonn\u00e9 en Europe et dont l\u2019\u00e9cho allait se r\u00e9percuter n\u00e9gativement sur le Cameroun. La 1\u00e8re guerre mondiale venait d\u2019\u00e9clater en Europe. Les Puissances alli\u00e9es rendant l\u2019Allemagne responsable de ce premier d\u00e9sastre d\u2019envergure mondiale, d\u00e9cid\u00e8rent de la combattre jusque dans ses colonies. Ainsi des territoires comme le Cameroun, qui pourtant n\u2019\u00e9taient coupables de rien, furent malgr\u00e9 eux plac\u00e9s sous le collimateur de la violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1916, le Cameroun changeait de tuteurs. Les Allemands partis, l\u2019\u00e9cole d\u2019Einsiedeln fut ferm\u00e9e. Mais la graine ensemenc\u00e9e dans cette \u00e9cole, fort heureusement ne mourut pas avec la guerre. Les fruits d\u2019Einsiedeln furent des agents de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation pendant la p\u00e9riode transitoire, des ap\u00f4tres dignes de foi et d\u2019admiration dont l\u2019action sera capitale au cours de la p\u00e9riode missionnaire des Spiritains, des D\u00e9honiens et des Mill-Hill. D\u2019ailleurs les nouvelles administrations mises en place apr\u00e8s la guerre, verront en ceux-ci des agents de la \u00ab subversion \u00bb*.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est tout \u00e0 fait \u00e9vident qu\u2019apr\u00e8s 25 ans d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation (1890-1915), les Pallottins laissaient au Cameroun une \u00e9lite \u00e9clair\u00e9e et dynamique. Certains noms m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre signal\u00e9s : Johann MELONE, ancien cat\u00e9chiste \u00e0 Ed\u00e9a, Thomas OMOG, ancien moniteur \u00e0 Ed\u00e9a, Alfons BAPITER, ancien enseignant \u00e0 Kribi, Pius OTOU et Pierre MEBE, anciens moniteurs et cat\u00e9chistes \u00e0 Mvoly\u00e9, Mathias EFIEMB, ancien cat\u00e9chiste \u00e0 Soppo (Bu\u00e9a), Paul TANGWA, cat\u00e9chiste pionnier de Kumbo, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour appr\u00e9cier le travail d\u2019\u00e9ducation abattu par les Pallottins au cours de leur apostolat au Cameroun, lisons et m\u00e9ditons ces statistiques.<br>\u00c9volution de l\u2019\u00c9cole Catholique Allemande de 1870 \u00e0 1913<br>Fondations Ann\u00e9e \u00c9coles Moniteurs indig\u00e8nes \u00c9l\u00e8ves: G-F<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">* Voir le livre de NGONGO, Histoire des forces religieuses au Cameroun. Paris, Karthala, 1982. nn. 69-199.<br>Au moment donc o\u00f9 les Allemands sont sur le point de l\u00e2cher le Cameroun, la situation scolaire se pr\u00e9sente de la mani\u00e8re suivante :<br>833 \u00e9l\u00e8ves pour les \u00e9coles publiques,<br>3.000 \u00e9l\u00e8ves pour les \u00e9coles baptistes,<br>9.000 pour les \u00e9coles presbyt\u00e9riennes,<br>19.576 pour les \u00e9coles catholiques et<br>23.000 pour les \u00e9coles luth\u00e9riennes.<br><br><strong>L\u2019enseignement catholique au cours de la p\u00e9riode missionnaire fran\u00e7aise (1916-1960)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par trois grandes congr\u00e9gations missionnaires : les missionnaires du Saint-Esprit qui prennent la rel\u00e8ve dans la partie orientale : dans le Littoral, au Sud, au Centre et \u00e0 l\u2019Est ; Les missionnaires du Sacr\u00e9-c\u0153ur qui continuent l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation des territoires allant de la rive droite du Wouri au pays bamil\u00e9k\u00e9 ; et les Oblats de Marie-Immacul\u00e9e qui plus tard, en 1946, prennent le Nord-Cameroun, qui jusque l\u00e0 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme zone de l\u2019Islam.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question de la r\u00e9ouverture des \u00e9coles du Cameroun a \u00e9t\u00e9 une urgence pour la France et ce d\u00e8s la fin de la re- conqu\u00eate du territoire en 1916. Il s\u2019agissait pour la France de proc\u00e9der le plus rapidement possible \u00e0 la \u00ab d\u00e9germanisation \u00bb du Cameroun. Et pour \u00ab franciser \u00bb le territoire, il fallait s\u2019appuyer sur les \u00e9coles. Le la\u00efcisme fran\u00e7ais \u00e9tait cependant en butte \u00e0 un probl\u00e8me : Les Allemands avaient presque laiss\u00e9 le mono- pole de l\u2019\u00e9ducation des indig\u00e8nes aux missions chr\u00e9tiennes. Le poids de cette \u00e9ducation \u00e9tait consid\u00e9rable. Le G\u00e9n\u00e9ral Jules AYMERICH, Commandant des troupes fran\u00e7aises de la reconqu\u00eate du Cameroun r\u00e9alisa bien vite que la France ne pouvait continuer la scolarisation des indig\u00e8nes sans l\u2019aide des missions chr\u00e9tiennes. Il chargea alors le P\u00e8re Jules DOUVRY, aum\u00f4nier militaire fran\u00e7ais et premier Administrateur Apostolique du Cameroun (apr\u00e8s le d\u00e9- part des Allemands) de la r\u00e9ouverture des \u00e9coles catholiques. Le P\u00e8re DOUVRY fit organiser un stage d\u2019une dur\u00e9e de 8 mois pour les anciens moniteurs indig\u00e8nes de la p\u00e9riode allemande. Il ne pouvait en \u00eatre autrement, d\u2019autant plus qu\u2019il manquait du personnel missionnai- re. Au cours de ce stage, les moniteurs furent recycl\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise. Un examen de fin d\u2019apprentissage \u00ab examen des moniteurs \u00bb sanctionna la formation. La plupart des moniteurs qui avaient servi dans les \u00e9coles catholiques au temps des Pallottins reprirent du service. De 1916 \u00e0 1933, il fut question de revoir les programmes \u00e0 la \u00ab fran\u00e7aise \u00bb. \u00c9videmment le contexte politique imposa que la France rempla\u00e7\u00e2t l\u2019Allemagne comme centre d\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9tudes du cycle primaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi en plus de l\u2019\u00e9tude de la Langue : grammaire et vocabulaire du fran\u00e7ais, \u00e9tude des textes, il fallait apprendre aux indig\u00e8nes, l\u2019histoire, la g\u00e9ographie de la France, tout cela \u00e9tait compl\u00e9t\u00e9 par des rudiments de calcul et de science d\u2019observation. Les \u00e9coles catholiques y ajoutaient naturellement le cat\u00e9chisme. Le cycle d\u2019\u00e9tudes primaires pas- sa de 5 \u00e0 6 ans. Les r\u00e9sultats au certificat de fin d\u2019\u00e9tudes primaires \u00e9voluaient en dents de scie. En 1933, ce fut la catastrophe dans les \u00e9coles catholiques. Le tableau des r\u00e9sultats se pr\u00e9sentait de la mani\u00e8re suivante :<br>\u00c9coles presbyt\u00e9riennes 28\/45<br>\u00c9coles publiques 36\/75<br>\u00c9coles protestantes fran\u00e7aises 8\/30<br>\u00c9coles catholiques 1\/24<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le signal d\u2019alarme fut donn\u00e9 et Monseigneur GRAFFIN \u00e9dicta des r\u00e8gles \u00e0 observer dans les \u00e9coles catholiques. Les sessions p\u00e9dagogiques et les retraites spirituelles des moniteurs ne furent plus consid\u00e9r\u00e9es comme des activit\u00e9s accessoires, mais comme devoir pour tout enseignant dans les \u00e9coles catholiques. Peu \u00e0 peu l\u2019ordre de l\u2019enseignement catholique reconquit ses lettres de nobles- se. On pouvait alors enregistrer en 1944, les r\u00e9sultats suivants au Certificat de fin d\u2019\u00e9tudes primaires : 289 candidats re\u00e7us dans les \u00e9coles publiques, 226 dans les \u00e9coles catholiques et 136 dans les \u00e9coles protestantes. Le souci de la qualit\u00e9 des enseignements dans les \u00e9coles catholiques sera la pr\u00e9occupation constante chez les divers responsables de cet ordre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La naissance de l\u2019enseignement du second degr\u00e9 dans le Cameroun fran\u00e7ais<br>Une fois de plus, l\u2019Eglise tint \u00e0 se d\u00e9marquer du pouvoir colonial en donnant une orientation plus sp\u00e9cifique \u00e0 sa politique scolaire. L\u2019administration fran\u00e7aise n\u2019avait pas eu l\u2019ambition d\u2019aller plus loin que les Allemands en ce qui concerne la scolarisation des indig\u00e8nes, bien que les textes r\u00e9glementant le mandat, puis la tutelle de la France au Cameroun condis\u00e9rassent l\u2019\u00e9ducation des indig\u00e8nes comme une t\u00e2che prioritaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est qu\u2019en 1927 que l\u2019administration coloniale songea \u00e0 mettre en place \u00e0 Yaound\u00e9 une \u00e9cole primaire sup\u00e9rieure dont le but \u00e9tait d\u2019ailleurs de fournir des auxiliaires \u00e0 l\u2019administration dans les domaines de la sant\u00e9, des postes et de l\u2019agriculture. Pour sa part, r\u00e9alisant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019approfondir l\u2019\u00e9ducation et l\u2019instruction des indig\u00e8nes, l\u2019Eglise mit en place \u00e0 Yaound\u00e9, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1923, un petit s\u00e9minaire qui en fait, fut le premier \u00e9tablissement d\u2019enseignement du second degr\u00e9 dans le Cameroun fran\u00e7ais. C\u2019est de cet \u00e9tablissement compl\u00e9t\u00e9 en 1927 par le Grand-S\u00e9minaire que sortiront le 8 d\u00e9cembre 1935, les huit premiers pr\u00eatres camerounais \u00e0 savoir Andr\u00e9 MANGA, Jean TABI, Th\u00e9odore TSALA, Tobie ATANGANA, Simon MPECKE, Joseph MELONE, Jean-Oscar AOUE et Oscar MISOKA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certes dans l\u2019esprit de la hi\u00e9rarchie catholique, cette \u0153uvre visait avant tout d\u2019avoir des pasteurs camerounais, au service de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun. Mais l\u2019on ne doit pas perdre de vue que l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation n\u2019\u00e9tant pas d\u00e9sincarn\u00e9e, elle g\u00e9n\u00e9rait l\u2019\u00e9panouisse- ment des populations concern\u00e9es. Des pr\u00eatres camerounais, cela signifiait aussi des agents du d\u00e9veloppement du Cameroun. D\u2019ailleurs l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise s\u2019accommoda mal de cette initiative. Robert DELAVIGNETTE n\u2019appr\u00e9ciait pas \u2013 et non sans raison \u2013 la formation des pr\u00eatres indig\u00e8nes. Ceux-ci allaient-ils rester indiff\u00e9rents au ph\u00e9nom\u00e8ne colonial avec son cort\u00e8ge d\u2019injustices et d\u2019exploitation malhonn\u00eate du pays ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans tous les cas, les pr\u00eatres indig\u00e8nes remirent en question l\u2019ordre colonial qui pr\u00e9valait au Cameroun. L\u2019abb\u00e9 Jean TABI n\u2019avait jamais cach\u00e9 ses sentiments anti-imp\u00e9rialistes. Ceci lui valut d\u2019ailleurs des difficult\u00e9s avec les autorit\u00e9s coloniales, mais aussi, et assez \u00e9tonnamment, avec ses propres sup\u00e9rieurs.<br>L\u2019Eglise d\u00e9passa le souci de former des pr\u00eatres camerounais, pour amorcer aussi la formation approfondie des la\u00efcs dans des institutions appropri\u00e9es. Au Cameroun britannique, le Coll\u00e8ge Saint Joseph de Sasse voyait le jour en 1939. Au Cameroun fran\u00e7ais, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s de personnel, le Coll\u00e8ge Vogt vit le jour en 1947, \u00e0 Efok gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019association AD LUCEM, et sera transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Yaound\u00e9 en 1952.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la partie septentrionale du Cameroun fran\u00e7ais, le Coll\u00e8ge de Mazenod fut bien accueilli \u00e0 Ngaound\u00e9r\u00e9. Dans toute cette partie ne fonctionnait qu\u2019un petit lyc\u00e9e \u00e0 Garoua.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais s\u2019il faut se f\u00e9liciter des efforts d\u00e9ploy\u00e9s par l\u2019Eglise en vue de la scolarisation du Cameroun, l\u2019on ne saurait \u00e9viter de relever une difficult\u00e9 d\u2019ordre sociologique : La scolarisation des jeunes filles.<br>Le probl\u00e8me de la scolarisation des jeunes camerounaises<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les statistiques sur l\u2019\u0153uvre scolaire au cours de la p\u00e9riode missionnaire des Pallottins montrent un grand d\u00e9s\u00e9quilibre entre la proportion d\u2019\u00e9l\u00e8ves gar\u00e7ons et la proportion d\u2019\u00e9l\u00e8ves filles. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre fut encore observ\u00e9 au cours de la p\u00e9riode missionnaire fran\u00e7aise. L\u2019explication de ce d\u00e9s\u00e9quilibre rel\u00e8ve de la vision sociologique de la femme en Afrique noire. La femme au regard de la tradition africaine doit tout au long de son enfance se pr\u00e9parer au mariage. Il incombe d\u2019ailleurs \u00e0 sa m\u00e8re de la pr\u00e9parer \u00e0 ce mariage en l\u2019initiant \u00e0 la cuisine, au m\u00e9nage, aux travaux champ\u00eatres, en somme \u00e0 tout ce qu\u2019une femme doit faire dans son foyer. D\u2019autre part, les parents de la jeune fille savent que cette derni\u00e8re au moment de son mariage leur rapportera une dot plus ou moins consistante selon les moyens du pr\u00e9tendant. Donc la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019envoyer les filles \u00e0 l\u2019\u00e9cole ne se posait pas. Pour \u00eatre initi\u00e9e \u00e0 sa future responsabilit\u00e9 d\u2019\u00e9pouse, la jeune fille n\u2019avait pas besoin d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. En plus, les parents ne voyaient pas pourquoi ils devaient d\u00e9penser leur argent pour la scolarisation de leurs filles alors que l\u00e9gitimement, ce sont ces derni\u00e8res qui devaient leur procurer par la dot des conditions d\u2019am\u00e9liorer leur cadre de vie. On pourrait ajouter \u00e0 la d\u00e9charge des parents, que l\u2019\u00e9cole occidentale, surtout catholique \u00e9loignait la jeune fille indig\u00e8ne du mariage et la rendait \u00ab d\u00e9sob\u00e9issante \u00bb. Elle l\u2019\u00e9loignait du mariage, parce que tr\u00e8s souvent la jeune fille \u00e9tait tent\u00e9e de prendre pour mod\u00e8le la religieuse qui vivait dans le c\u00e9libat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle la rendait \u00ab d\u00e9sob\u00e9issante \u00bb en raison des enseignements qui y \u00e9taient dispens\u00e9s et qui faisaient valoir que la femme et l\u2019homme \u00e9taient \u00e9gaux en droits et en devoirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La condition de la femme indig\u00e8ne fit appel \u00e0 une pastorale appropri\u00e9e. Dans un premier temps, les missionnaires pens\u00e8rent \u00e0 cr\u00e9er des sixas (le mot d\u00e9rive probablement de Schwester ou de Sister qui signifie s\u0153ur), des centres d\u2019\u00e9ducation populaire de la femme en vue de sa pr\u00e9paration au mariage chr\u00e9tien. Mais les abus constat\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0, les agressions dont les P\u00e8res \u00e9taient souvent victimes de la part des jeunes fianc\u00e9s qui ne voyaient pas la raison de garder leurs futures \u00e9pouses dans ces institutions, (le P\u00e8re De MAUPEOU fut assassin\u00e9 pour cette \u0153uvre \u00e0 Mfoumassi en 1932), pouss\u00e8rent les P\u00e8res \u00e0 surseoir \u00e0 cette \u0153uvre. Mais il n\u2019\u00e9tait pas question de laisser la femme indig\u00e8ne dans son ignorance. Les missionnaires exhort\u00e8rent alors les parents \u00e0 inscrire leurs filles dans les \u00e9coles et leur firent savoir tout le bien que cela ferait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Car entre l\u2019homme et la femme, il ne devait pas y avoir de relation de rivalit\u00e9, mais plut\u00f4t de compl\u00e9mentarit\u00e9. Au d\u00e9but, seules les familles \u00e9volu\u00e9es acceptaient de laisser leurs filles s\u2019inscrire dans les \u00e9coles catholiques. Apr\u00e8s la 2nde guerre mondiale on enregistrait avec satisfaction un nombre croissant des effectifs f\u00e9minins dans les \u00e9coles.<br>Le tableau ci-apr\u00e8s nous permet de mieux appr\u00e9cier la situation. Il donne les statistiques de l\u2019enseignement du premier degr\u00e9 des \u00e9coles catholiques en 1951.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une analyse succincte permet de relever qu\u2019en dehors de Yaound\u00e9 et de Douala o\u00f9 les progr\u00e8s sont significatifs, bien qu\u2019encore modestes, l\u2019\u00e9ducation des filles reste \u00e0 promouvoir. Quant aux \u00e9coles de brousse, elles \u00e9taient le plus souvent mixtes, mais il ne faut pas se faire d\u2019illusions, la proportion des filles qu\u2019on y retrouvait \u00e9tait tr\u00e8s faible par rapport \u00e0 celle des gar\u00e7ons.<br>En 1960, l\u2019enseignement catholique du premier degr\u00e9 comptait 159.515 \u00e9l\u00e8ves dont 104.978 gar\u00e7ons et 54.537 filles sur un total national de 356.093 \u00e9l\u00e8ves. Ce r\u00e9sultat fut encourageant. Le taux de scolarisation des jeunes filles dans les \u00e9coles catholiques \u00e9tait de 50% environ par rapport \u00e0 celui des gar\u00e7ons. Il \u00e9tait le plus \u00e9lev\u00e9 de tous les ordres d\u2019enseignement primaire au Cameroun, au moment de l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Eglise manifestement a pris des options qui ont port\u00e9 des fruits : Scolarisation des couches sociales les plus d\u00e9munies, promotion de l\u2019\u00e9ducation de la femme camerounaise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La question des subventions au Cameroun fran\u00e7ais<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour voir clair dans l\u2019octroi des subventions au fonctionnement des \u00e9coles priv\u00e9es au cours de la p\u00e9riode du mandat et de celle de la tutelle, il est important de relever deux faits :<br>Depuis 1905, une loi en France avait consacr\u00e9 la s\u00e9paration de l\u2019Eglise et de l\u2019\u00c9tat. Il y eut alors en France l\u2019\u00e9mergence d\u2019une politique la\u00efciste teint\u00e9e d\u2019anticl\u00e9ricalisme. Cette politique la\u00efciste eut des r\u00e9percussions \u00e9videntes sur la colonisation fran\u00e7aise en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ce qui est du cas particulier du Cameroun, le d\u00e9cret du 23 mars 1921 accordait une autonomie financi\u00e8re au territoire sous l\u2019autorit\u00e9 du Gouverneur. Ce d\u00e9cret dont il n\u2019\u00e9tait vraiment pas question de se r\u00e9jouir, signifiait que le territoire ne devait pas compter sur les financements de la m\u00e9tropole, par cons\u00e9quent il fallait trouver sur place les sources de financement de diff\u00e9rentes activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 AYMERICH demande la r\u00e9ouverture des \u00e9coles catholiques en 1916, rien n\u2019est pr\u00e9vu pour le fonctionnement de celles-ci. Les aum\u00f4niers militaires heureusement peuvent encore compter sur leurs salaires et les primes qu\u2019on leur alloue pour des raisons diverses. Les moniteurs qu\u2019on vient de recruter sont moins bien pay\u00e9s par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque missionnaire allemande. Ce qui n\u2019eut d\u2019autre effet que d\u2019accro\u00eetre le sentiment de germanophilie qu\u2019\u00e9prouvaient beaucoup de Camerounais, dont surtout les moniteurs. Avec le trait\u00e9 de paix en 1919, les Aum\u00f4niers cessent d\u2019\u00eatre pay\u00e9s. La situation se complique. Il faut trouver d\u2019autres ressources. Les relations entre l\u2019Eglise et la nouvelle administration sont troubles. Les biens des anciens missionnaires allemands ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s sous s\u00e9questre. Les missionnaires catholiques les revendiquent, mais l\u2019administration fait la sourde oreille. L\u2019activit\u00e9 missionnaire est paralys\u00e9e. Il faudra attendre l\u2019arriv\u00e9e de Mgr VOGT en 1922 au Cameroun pour que sous la pression de la m\u00e9tropole, l\u2019administration en poste au Cameroun consente en 1926 \u00e0 c\u00e9der ces biens aux conseils d\u2019administration des missions chr\u00e9tiennes. Mgr VOGT, pour faire fonctionner les \u00e9coles, compte sur le denier du culte et les subventions diverses re\u00e7ues des organismes et associations internationaux. Ce fut l\u00e0 une solution pr\u00e9caire qui ne pouvait durablement garantir le fonctionnement des \u00e9coles. La France dut reconna\u00eetre le caract\u00e8re d\u2019utilit\u00e9 publique de l\u2019enseignement priv\u00e9. Elle se sentit donc dans l\u2019obligation de le soutenir financi\u00e8rement en vertu des accords du Mandat. Mais l\u2019attribution des subventions n\u2019\u00e9tait pas une obligation formelle pour l\u2019administration coloniale. Elle subordonna d\u2019ailleurs l\u2019attribution de ces subventions aux pr\u00e9visions budg\u00e9taires annuelles. En raison de l\u2019autonomie financi\u00e8re du territoire, le budget \u00e9tait aliment\u00e9 par la fiscalit\u00e9 et l\u2019exploitation des autres ressources du pays. Ainsi jusqu\u2019\u00e0 la fin de la 2nde guerre mondiale, l\u2019attribution des subventions d\u00e9pendait de la bienveillance du gouverneur. Il fut des ann\u00e9es o\u00f9 celles-ci ont \u00e9t\u00e9 purement et simplement supprim\u00e9es. En 1945, par exemple, aucun franc ne fut allou\u00e9 aux \u00e9coles priv\u00e9es. Le Vicariat de Douala, le plus sensible \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui s\u2019attendait \u00e0 recevoir 600.000 F, fut dans l\u2019impossibilit\u00e9 de traiter convenablement son personnel enseignant constitu\u00e9 de 18 moniteurs dipl\u00f4m\u00e9s, 72 ma\u00eetres certifi\u00e9s et de 372 aides moniteurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enseignants furent donc tent\u00e9s d\u2019int\u00e9grer le mouvement de gr\u00e8ve qui s\u00e9vit cette m\u00eame ann\u00e9e, faisant des victimes au sein de la population europ\u00e9enne et de la population africaine. Elle fut d\u00e9clench\u00e9e et r\u00e9prim\u00e9e dans la violence, du 24 au 25 d\u00e9cembre 1945.<br>Au lendemain de la guerre, un nouveau visage politique fut imprim\u00e9 \u00e0 l\u2019Afrique fran\u00e7aise. Les premi\u00e8res Assembl\u00e9es apparaissent. En 1946 na\u00eet l\u2019ARCAM (Assembl\u00e9e Repr\u00e9sentative du Cameroun), en 19521\u2019ATCAM (Assembl\u00e9e Territoriale du Cameroun) et en 1957 sous l\u2019impulsion de la loi-cadre de 1956, na\u00eet l\u2019ALCAM (Assembl\u00e9e L\u00e9gislative du Cameroun). C\u2019est au sein de ces Assembl\u00e9es que sera d\u00e9battue la question des subventions \u00e0 allouer aux \u00e9coles priv\u00e9es. Le montant de l\u2019enveloppe d\u00e9pendait du vote des d\u00e9put\u00e9s. Dans tous les cas, le montant ne donnait pas satisfaction \u00e0 la Direction de l\u2019enseignement catholique qui plaidait en faveur de la justice sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1952, on avait adopt\u00e9 560 millions de francs pour 26.059 \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement public, 220 millions pour 133.426 \u00e9l\u00e8ves de l\u2019enseignement priv\u00e9. En d\u2019autres termes, un \u00e9l\u00e8ve dans le public co\u00fbtait 21.500 F et dans le priv\u00e9, il co\u00fbtait 1.700 F. Or les r\u00e9sultats la m\u00eame ann\u00e9e au Certificat de fin d\u2019\u00e9tudes primaires ont \u00e9t\u00e9 les suivants :<br>Enseignement officiel : candidats 1.061, re\u00e7us 348<br>Enseignement catholique : candidats 1.319, re\u00e7us 422<br>Enseignement protestant : candidats 1.252, re\u00e7us 394<br>Autres: candidats 147, re\u00e7us 26<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9tait donc trop flagrant entre l\u2019enseignement public et l\u2019enseignement priv\u00e9 qui pourtant poursuivaient les m\u00eames buts en d\u00e9pit de leur divergence doctrinale. Au regard de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, on comprend aussi la diff\u00e9rence de traitement au niveau des salaires entre les enseignants du public et ceux du priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A qualification \u00e9gale, salaire \u00e9gal<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en 1950 que Mgr BONNEAU, au nom de tous les Vicaires Apostoliques du Cameroun, attira l\u2019attention du Pr\u00e9sident de l\u2019ARCAM sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire, voire de supprimer le d\u00e9s\u00e9quilibre salarial entre les enseignants du public et ceux du priv\u00e9. Cette situation \u00e9tait pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019enseignement catholique qui en 8 ans avait perdu 70 moniteurs dipl\u00f4m\u00e9s. Or la situation au Togo \u2013 qui avait le m\u00eame statut que le Cameroun \u2013 \u00e9tait nettement meilleure. Un moniteur certifi\u00e9 au Togo gagnait environ 3.000 F par mois, alors qu\u2019au Cameroun il touchait 1.775 F par mois (valable pour l\u2019ann\u00e9e 1950). Les familles camerounaises sollicitaient d\u2019ailleurs massivement les \u00e9coles catholiques pour la qualit\u00e9 et le s\u00e9rieux de l\u2019encadrement. En t\u00e9moignent encore ces r\u00e9sultats au Certificat de fin d\u2019\u00c9tudes Primaires en 1957.<br>R\u00e9sultats au certificat de fin d\u2019\u00e9tudes primaires et \u00e9l\u00e9mentaires en 1957<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En toute logique, on comprend que l\u2019\u00e9cole catholique soit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e aux autres \u00e9coles par les familles camerounaises et europ\u00e9ennes. Vu le caract\u00e8re priv\u00e9 de cette \u00e9cole, il est tentant de se poser la question de savoir si les taux d\u2019\u00e9colage ne pouvaient permettre de combler le d\u00e9ficit du budget de fonctionnement et d\u2019entretien, afin de faire justice aux enseignants. Poser une telle question, c\u2019est ignorer l\u2019essence m\u00eame de cet ordre d\u2019enseignement. Au cours de la p\u00e9riode coloniale, les taux d\u2019\u00e9colage dans les \u00e9coles primaires \u00e9taient \u00e9tudi\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 permettre une plus grande scolarisation des enfants issus des familles les plus d\u00e9munies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nombreuses \u00e9taient les \u00e9coles qui ne percevaient pas grand chose, parce qu\u2019on retrouvait parmi les \u00e9l\u00e8ves, beaucoup d\u2019orphelins et d\u2019enfants abandon- n\u00e9s qui eux aussi avaient droit \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 l\u2019instruction.<br>La scolarisation \u00e9tait donc presque gratuite dans les \u00e9coles primaires des missions catholiques. Il n\u2019y a pas lieu de s\u2019en \u00e9tonner. Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un enseignement priv\u00e9, la mission de l\u2019Eglise ne consiste pas \u00e0 monnayer des services de fa\u00e7on \u00e0 faire des b\u00e9n\u00e9fices, et ce au d\u00e9triment des populations pauvres. On peut aussi relever que la D\u00e9claration Universelle des Droits de l\u2019Homme stipule la gratuit\u00e9 de l\u2019enseignement du premier degr\u00e9. Voil\u00e0 pourquoi la question des subventions est rest\u00e9e un grand sujet de discussion entre l\u2019Eglise et les pouvoirs publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, deux principales lois(*) ont essay\u00e9 de r\u00e9soudre le probl\u00e8me. La loi de 1976 (N\u201976\/15 du 8 Juillet) a subordonn\u00e9 la r\u00e9partition des subventions aux r\u00e9sultats de chaque \u00e9tablissement aux examens officiels, \u00e0 la nature de ses infrastructures et \u00e0 son classement dans une des cat\u00e9gories, A,B,C,D,E. En plus, il a \u00e9t\u00e9 question de tenir compte de la qualification et du statut du personnel enseignant. Cette loi laisse \u00e0 l\u2019\u00c9tat la latitude de fixer les taux d\u2019\u00e9colage, de pension et la grille des salaires des enseignants. Si dans son essence, la loi reconnaissait le principe d\u2019utilit\u00e9 publique de l\u2019enseignement priv\u00e9, elle cautionnait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ou non l\u2019injustice sociale, en ce sens que les attentes des enseignants du priv\u00e9 \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre combl\u00e9es. Un enseignant du public titulaire d\u2019un m\u00eame dipl\u00f4me que celui du priv\u00e9 avait un salaire mensuel deux ou trois fois plus \u00e9lev\u00e9 que celui de son homologue du priv\u00e9. Les deux travaillant pourtant pour la m\u00eame cause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La loi de 1987 (N\u00a0\u00bb 87\/22 du 17 d\u00e9cembre) a \u00e9t\u00e9 accueillie plus ou moins avec satisfaction par l\u2019enseignement priv\u00e9 la\u00efc et avec beaucoup de d\u00e9ception par l\u2019enseignement catholique et pour cause. D\u2019abord la nouvelle loi fait de l\u2019octroi des subventions \u00e0 l\u2019enseignement priv\u00e9 une \u00e9ventualit\u00e9 et non plus une obligation. Ce qui en clair implique que l\u2019enseignement priv\u00e9 perd quelque peu son caract\u00e8re d\u2019utilit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En plus la loi pr\u00e9conise la lib\u00e9ralisation des taux de scolarit\u00e9. Si certains ordres d\u2019enseignement priv\u00e9 trouvent satisfaction \u00e0 ce point pr\u00e9cis, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre le cas pour l\u2019enseignement catholique. L\u2019Eglise catholique consid\u00e8re que sa mission serait trahie si elle se voyait oblig\u00e9e d\u2019\u00e9lever le co\u00fbt de son enseigne- ment. Cela signifie que les enfants des pauvres et des couches sociales moyennes ne pourront plus trouver leur place dans les \u00e9coles catholiques et ce n\u2019est pas \u00e9vident qu\u2019ils seront accueillis dans l\u2019enseignement public. Ainsi le d\u00e9ficit observ\u00e9 depuis longtemps, loin d\u2019\u00eatre combl\u00e9 ne pourra que se creuser. Dans ces conditions, l\u2019enseignement catholique ne sera-t-il pas appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre ? Il y a plus grave, la situation des enseignants catholiques est plus que jamais pr\u00e9caire. Les subventions \u00e9tant devenues une \u00e9ventualit\u00e9, les parents ne pouvant plus s\u2019acquitter des frais de scolarit\u00e9 de leurs enfants, d\u2019o\u00f9 viendront les fonds pour r\u00e9gulariser les salaires des enseignants qui du reste demeurent si maigres. Enfin la r\u00e9partition en zones urbaines, semi-urbaines et rurales n\u2019aggrave-t-elle pas l\u2019injustice \u00e0 laquelle sont soumis les enseignants depuis longtemps ? Pourtant dans le public, un professeur licenci\u00e9 d\u2019un CES de Yaound\u00e9 gagne autant que son homologue du CES de Ngomedzap. Mais un professeur licenci\u00e9 du coll\u00e8ge de La Retraite de Yaound\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un traitement diff\u00e9rent de celui du coll\u00e8ge Saint C\u0153ur de Marie de Mbalmayo, parce que le premier exerce \u00e0 Yaound\u00e9 et le second \u00e0 Mbalmayo, bien que les deux soient appel\u00e9s \u00e0 faire le m\u00eame travail pour les m\u00eames objectifs.<br>Ainsi, comme on peut le constater, l\u2019enseignement catholique au moment o\u00f9 l\u2019Eglise c\u00e9l\u00e8bre son premier centenaire au Cameroun, vit des moments d\u2019incertitude. La France dont le Cameroun a h\u00e9rit\u00e9 le syst\u00e8me en vigueur, a pourtant revu ses rouages, et a m\u00eame adopt\u00e9 des solutions plus justes. Il n\u2019y a plus de diff\u00e9rence entre les enseignants du priv\u00e9 et ceux du public au niveau des salaires. Au moment donc o\u00f9 nous abordons le deuxi\u00e8me centenaire de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun, nous avons espoir que les pouvoirs publics et les dirigeants de notre Eglise locale dans un esprit de dialogue, et dans la perspective de consolider la coh\u00e9sion et l\u2019unit\u00e9 nationales, trouveront une solution viable et durable pour que l\u2019enseignement catholique mieux que par le pass\u00e9, joue le r\u00f4le qui est le sien pour le plein \u00e9panouissement de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Enseignement catholique et mouvements nationalistes<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nationalisme camerounais na\u00eet v\u00e9ritablement apr\u00e8s la 2nde guerre mondiale. Mais entre les deux guerres, on a v\u00e9cu une situation unique dans l\u2019histoire coloniale de la France. De nombreux conflits ont oppos\u00e9 l\u2019administration coloniale \u00e0 la mission. Au centre de ces conflits se trouvaient les cat\u00e9chistes. Qui sont ces cat\u00e9chistes ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On aurait tort de les consid\u00e9rer comme de simples agents de la mission. Au moment o\u00f9 les missionnaires fran\u00e7ais prennent la rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun, il existe d\u00e9j\u00e0 sur place une \u00e9lite chr\u00e9tienne autochtone form\u00e9e par les Allemands. Cette \u00e9lite est soucieuse de la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats du christianisme et de son pays. Ainsi les cat\u00e9chistes conscients du fait que la mission peut apporter des changements positifs dans les conditions de vie de leurs fr\u00e8res de race \u2013 m\u00eame si parfois la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait autre \u2013 n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 soutenir sans faille les missionnaires dans leur apostolat. Ce soutien n\u2019\u00e9tait pas du tout du go\u00fbt de l\u2019administration coloniale qui dans un premier temps, tente de r\u00e9cup\u00e9rer quelques cat\u00e9chistes en les faisant nommer chefs traditionnels, ce furent les cas de Joseph AYISSI et de Henri TSALA, anciens cat\u00e9chistes de Mvoly\u00e9. Mais les r\u00e9sultats seront m\u00e9diocres. L\u2019administration coloniale d\u00e9cide alors de d\u00e9manteler le r\u00e9seau cat\u00e9chiste. Rappelons ici quelques textes visant \u00e0 d\u00e9sint\u00e9grer ce r\u00e9seau : l\u2019arr\u00eat\u00e9 du 24 avril 1930 de MARCHAND sur la r\u00e9glementation de l\u2019installation des postes secondaires des missions religieuses confi\u00e9es \u00e0 des indig\u00e8nes, et le d\u00e9cret sign\u00e9 \u00e0 Paris le 28 mars 1933 sur le r\u00e9gime des cultes dans les territoires du Cameroun sous-mandat fran\u00e7ais. Ces deux textes visaient moins les missionnaires europ\u00e9ens que les cat\u00e9chistes indig\u00e8nes. Pourquoi ce vent de panique dans l\u2019administration coloniale ? La r\u00e9ponse est bien simple, ces indig\u00e8nes g\u00eanent au nom de leur foi chr\u00e9tienne l\u2019activit\u00e9 gouvernementale bas\u00e9e sur l\u2019injustice et l\u2019exploitation des colonis\u00e9s. Il faudrait donc d\u00e9j\u00e0 voir dans le minist\u00e8re de ces cat\u00e9chistes une remise en question de l\u2019ordre colonial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019agissant des mouvements nationalistes qui naissent apr\u00e8s la guerre : de l\u2019UPC* \u00e0 l\u2019UC* en passant par le BDC*, l\u2019ESOCAM*, l\u2019USC* etc. leurs fondateurs et plus encore leurs militants ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s dans les \u00e9coles catholiques et protestantes. Peut \u00eatre que la mission n\u2019avait pas toujours conscience de former de futurs contestataires de l\u2019ordre colonial. Mais il \u00e9tait illusoire de croire qu\u2019apr\u00e8s avoir initi\u00e9 les indig\u00e8nes \u00e0 la raison cart\u00e9sienne, ils allaient s\u2019accommoder de cette injustice ambiante que l\u2019on vivait dans tout le territoire. Nul doute que l\u2019administration coloniale avait per\u00e7u le danger et s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e prudemment \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9tablissements scolaires du 2nd degr\u00e9. Aussi faut-il consid\u00e9rer que l\u2019\u00e9veil du nationalisme avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 par les \u00e9coles des missions chr\u00e9tiennes, m\u00eame si ce nationalisme n\u2019a pas forc\u00e9ment chemin\u00e9 dans le sens souhait\u00e9 par la mission. Ruben UM NYOBE, leader de l\u2019UPC a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 dans les \u00e9coles protestantes. Les autres nationalistes influents de cette m\u00eame p\u00e9riode, L\u00e9onard BOULI, MONGO BETI, OS- SENDE AFANA etc., ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s dans les \u00e9coles catholiques. Andr\u00e9-Marie MBIDA, leader des D\u00e9mocrates Camerounais, Charles OKALA fondateur de l\u2019USC sont sortis du moule de l\u2019enseignement catholique. Ces quelques exemples indicatifs, mais significatifs, t\u00e9moignent de l\u2019impact de l\u2019\u00e9cole catholique sur l\u2019\u00e9mancipation politique du Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des incompr\u00e9hensions vont cependant surgir entre l\u2019Eglise et certains mouvements politiques. Ce fut notamment le cas de l\u2019UPC. A la suite de la lettre commune des Ordinaires du Cameroun en 1955 sur la question de l\u2019ind\u00e9pendance du Cameroun et dans la- quelle l\u2019UPC est condamn\u00e9e \u00e0 cause de ses tendances \u00ab communistes \u00bb, des relations d\u2019hostilit\u00e9 naissent entre les missionnaires et les nationalistes camerounais. Cette hostilit\u00e9 d\u00e9g\u00e9n\u00e8re bien vite avec la dissolution du mouvement par le d\u00e9cret du 13 septembre 1955, en actes de violence dont l\u2019une des cibles privil\u00e9gi\u00e9es est la mission catholique. A Douala et dans l\u2019Ouest-Cameroun, de nombreuses \u00e9coles catholiques sont saccag\u00e9es \u00e0 la veille de l\u2019ind\u00e9pendance. La plupart des moniteurs d\u00e9sertent l\u2019enseignement catholique de peur d\u2019\u00eatre victimes de ce terrorisme aveugle. De nombreux jeunes Camerounais sont alors priv\u00e9s de cette s\u00e8ve qui pourtant avait nourri le nationalisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00e9cole catholique gagne en cr\u00e9dibilit\u00e9 et voit ses effectifs augmenter d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Laissons une fois de plus parler les chiffres au cours de la d\u00e9cennie qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019ind\u00e9pendance.<br>Progression des effectifs dans l\u2019enseignement catholique du 1er degr\u00e9 dans le territoire du Cameroun fran\u00e7ais<br>1950-51 1951-52 1952-53 1953-54 1954-55 1955-56 1956-57<br>72.506 75.032 87.088 101.490 117.498 112.974 132.059<br>En 1960, l\u2019enseignement catholique du premier degr\u00e9 comptait 159.515 \u00e9l\u00e8ves sur un total national de 356.093, soit 44,79%.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Progression des effectifs dans l\u2019enseignement catholique du 2nd degr\u00e9, territoire du Cameroun fran\u00e7ais<br>1950-51 1951-52 1952-53 1953-54 1954-55 1955-56 1956-57 1957-58<br>\u00c9cole normale et cours compl\u00e9mentaires 299 407 566 705 1.066 1.506 1.843 2.270<br>Enseignement technique et professionnel 190 208 245 316 452 479 716 917<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1960, l\u2019enseignement catholique du 2nd degr\u00e9 compte 2.875 \u00e9l\u00e8ves sur un total national de 8.456 dans les fili\u00e8res de l\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral, et 1.164 \u00e9l\u00e8ves sur un total national de 4.268 dans les fili\u00e8res techniques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La suite de l\u2019histoire de l\u2019enseignement catholique au Cameroun, vous est propos\u00e9e en images soutenues de brefs historiques et notices explicatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean Paul Messina.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De toutes les lois promulgu\u00e9es sur l\u2019Enseignement priv\u00e9 au Cameroun, seules les deux lois ci-dessus cit\u00e9es ont essay\u00e9 de traiter de fa\u00e7on globale, les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019Enseignement Priv\u00e9. Voici du reste les autres lois :<br>Loi n 64\/LF\/11 du 26 juin 1964 sur les conditions de fonctionnement de l\u2019Enseignement secondaire et technique, et d\u00e9finissant l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat en la mati\u00e8re.<br>Loi n\u201964\/COR\/3 du 9 juillet 1964 sur les conditions de fonctionnement de l\u2019Enseignement primaire priv\u00e9 et d\u00e9finissant l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat en la mati\u00e8re.<br>Loi n\u00a0\u00bb 68\/7\/COR du 9 septembre 1968 compl\u00e9tant la loi n. 64\/COR\/3 du 9 Juillet 1964.<br>Loi n\u201969\/2\/COR du 30 Juin 1969 modifiant et compl\u00e9tant certaines dispositions de la loi n\u00a0\u00bb 64\/COR\/3 du 9 Juillet 1964.<br>Loi n\u201970\/2\/COR du 31 d\u00e9cembre 1970 portant rectification \u00e0 la loi n\u201964\/COR\/3 du 9 juillet 1964.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">* UPC : Union des Populations du Cameroun, UC : Union Camerounaise BDC : Bloc D\u00e9mocratique Camerounais, ESOCAM : Evolution Sociale Camerounaise, USC : Union Sociale Camerounaise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">* Pour r\u00e9diger cette histoire, nous avons utilis\u00e9 les archives des P\u00e8res du Saint-Esprit, les anciens num\u00e9ros de L\u2019EFFORT CAMEROUNAIS (de 1955 \u00e0 1962), les archives du Secr\u00e9tariat Permanent de l\u2019Enseignement Catholique et nos archives personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Source:mahuzier.ifrance.com\/mahuzier\/cam-hist.htm<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le contexte dans lequel s\u2019est op\u00e9r\u00e9e l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Cameroun depuis la p\u00e9riode missionnaire des Pallottins allemands \u00e0 nos jours permet de saisir&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":62000,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_lmt_disableupdate":"","_lmt_disable":"","footnotes":""},"categories":[244,52],"tags":[],"class_list":["post-61999","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-inspiration"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61999","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=61999"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61999\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":62001,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/61999\/revisions\/62001"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/62000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=61999"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=61999"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=61999"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}