{"id":62003,"date":"2025-04-17T11:28:47","date_gmt":"2025-04-17T09:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/?p=62003"},"modified":"2025-04-17T11:31:17","modified_gmt":"2025-04-17T09:31:17","slug":"alfred-saker","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mboasawa.com\/fr\/alfred-saker\/","title":{"rendered":"Alfred Saker"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><strong>L\u00b4histoire coloniale nous fait croire que c\u00b4est Th\u00e9odore Chistaller qui aurait construit la premi\u00e8re \u00e9cole de Douala. Mais en lisant ce texte du R\u00e9v. Dr. Simon B. Njami-Nwandi sur les \u0153uvres d\u00b4Alfred Saker, nous nous rendons compte qu\u00b4il y a comme une injustice faite \u00e0 ce dernier. Au-d\u00e9l\u00e0 de la restitution de la v\u00e9rit\u00e9 sur les \u0153uvres de Saker, il s\u00b4agit dans ce texte, de l\u00b4histoire de la cr\u00e9ation de Douala qui est li\u00e9 \u00e0 celui d\u00b4un homme : Alfred Saker.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 10 juin 1845, un navire britannique d\u00e9barque dans un village des Bon\u00e9b\u00e9la qui allait devenir Deido. Son chef d\u00b4\u00e9quipage est un jeune Anglais du nom d\u00b4Alfred Saker. Il s\u00b4offre \u00e0 l\u00b4hospitalit\u00e9 spontan\u00e9e et g\u00e9n\u00e9reuse des habitants environnants. Ce fait apparemment banal se pose comme un acte historique fondamental \u00e0 partir duquel se d\u00e9cidera le sort de Douala et m\u00eame du Cameroun tout entier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Visionnaire de g\u00e9nie, le souverain de Bonakou dont les Bon\u00e9b\u00e9la sont les vassaux, saisit l\u00b4\u00e9v\u00e9nement comme tel et l\u00b4exploite au mieux des int\u00e9r\u00eats de son peuple. Le visiteur int\u00e9ressant qui d\u00e9barque, ne vient pas demander l\u00b4hospitalit\u00e9 d\u00b4un jour pour s\u00b4en aller : il veut rester pour longtemps. La Cour Royale d\u00b4Akwa ordonne que Deido lui c\u00e8de cet \u00e9tranger qu\u00b4elle arrache effectivement, le 22 juin 1845. Saker, \u00e0 partir de cette date, s\u00b4installe d\u00e9finitivement \u00e0 Bonakou, il devient d\u00e9sormais le noyau et le centre de rayonnement de la future ville de Douala o\u00f9 son \u00e9pouse le rejoint, le 28 juin 1845. Mais qui est cet \u00e9tranger privil\u00e9gi\u00e9 qu\u00b4on s\u00b4arrache ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Saker, pasteur baptiste<\/strong><br>Alfred Saker est n\u00e9 en Grande Bretagne en 1815. A cette \u00e9poque, l\u00b4Empire Britannique passe pour la plus grande puissance de la plan\u00e8te. Puissance coloniale de tout premier ordre, le pays de Saker utilise l\u00b4\u00e9vang\u00e9lisation des pa\u00efens comme moyen suppl\u00e9mentaire pour \u00e9tendre et imposer sa civilisation chr\u00e9tienne. Quand Saker d\u00e9barque \u00e0 Douala en 1845, il a tout juste trente ans. L\u00b4\u00e2ge id\u00e9al o\u00f9 J\u00e9sus lui-m\u00eame inaugura son minist\u00e8re terrestre.<br>Saker fait alors partie de l\u00b4\u00e9quipe missionnaire de la Soci\u00e9t\u00e9 Baptiste de Londres, bas\u00e9e \u00e0 Fernando-p\u00f4. Ses coll\u00e8gues tel le brillant Noir Jama\u00efcain Merrick, prospectent le Cameroun depuis 1843, afin d\u00b4y envoyer quelqu\u00b4un.<br>Initialement, Saker qui n\u00b4\u00e9tait pas encore Pasteur avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 au titre de m\u00e9canicien charg\u00e9 de l\u00b4entretien et des installations techniques des vaisseaux formant la flotte missionnaire. Mais les Pasteurs \u00e9tant alors rares, ambitieux, Saker se convertit en \u00e9vang\u00e9liste. La mission accepte son offre et l\u00b4envoie au Cameroun apr\u00e8s qu\u00b4il ait am\u00e9lior\u00e9 sa formation th\u00e9ologique et qu\u00b4il fut consacr\u00e9 Pasteur. Son \u00e9tat de technicien rompu \u00e0 tous les m\u00e9tiers fera de lui un grand missionnaire laborieux et efficace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le d\u00e9veloppement de la ville de Douala<\/strong><br>Sit\u00f4t qu\u00b4une portion de terrain lui est offerte sur l\u00b4esplanade dominant la berge du Wouri, dans l\u00b4actuel quartier du Temple du Centenaire &#8211; inaugur\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment en 1945 en souvenir du premier Centenaire du d\u00e9barquement de Saker \u00e0 Douala &#8211; le jeune missionnaire sort ses outils, se construit une maison et entreprend l\u00b4\u00e9dification d\u00b4une chapelle. Les quatre principales familles des Douala sont d\u00e9j\u00e0 fix\u00e9es \u00e0 leurs emplacements actuels avec : les Akwa, au Centre, les De\u00efdo \u00e0 l\u00b4Est, les Bell \u00e0 l\u00b4Ouest, et leurs cousins de l\u00b4autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve, \u00e0 Bonab\u00e9ri. C\u00b4est parmi ces populations de base que Saker jette son filet d\u00b4\u00e9vang\u00e9lisation.<br>Pour mettre en place un minimum d\u00b4infrastructures dont il a besoin pour d\u00e9ployer son \u0153uvre, Saker doit se trouver une main d\u00b4\u0153uvre locale. Ses premiers ouvriers : ma\u00e7ons, charpentiers, menuisiers, peintres, soudeurs, m\u00e9caniciens, sont d\u00b4abord form\u00e9s dans le tas, imprimant \u00e0 jamais \u00e0 notre future m\u00e9tropole, sa prestigieuse vocation de ville ouvri\u00e8re et plate-forme \u00e9conomique.<br>La lecture assidue de la Bible comme la pratique quotidienne des diff\u00e9rents m\u00e9tiers import\u00e9s n\u00b4allant gu\u00e8re sans un minimum d\u00b4instruction, Saker ouvre t\u00f4t la premi\u00e8re \u00e9cole du Cameroun. Car en fait, la ville qu\u00b4il est en train de cr\u00e9er s\u00b4appelle encore purement et simplement : Cameroun. Il en sera ainsi bien longtemps apr\u00e8s lui. Les trait\u00e9s Allemands-Douala seront sign\u00e9s \u00e0 Cameroun, le 12 juillet 1884. Capitale du pays au d\u00e9but du protectorat allemand, de 1885 \u00e0 1900, Douala continuera toujours \u00e0 porter le nom de Kamerun. C\u00b4est par d\u00e9cret du Gouvernement Colonial allemand que notre premi\u00e8re ville sera baptis\u00e9e Douala en 1901. Et c\u00b4est cette m\u00eame ann\u00e9e que la capitale politique du pays changera de Douala \u00e0 Bu\u00e9a (1901 &#8211; 1909). Yaound\u00e9 enfin deviendra le si\u00e8ge de nos institutions de 1909 \u00e0 1910. Toute cette \u00e9volution ne fera par rapport \u00e0 Douala.<br>Le d\u00e9veloppement de la cit\u00e9 de Saker se fait dans la pure tradition occidentale, c\u00b4est-\u00e0-dire, au tour de l\u00b4\u00e9glise et de l\u00b4\u00e9cole, lieux de rassemblement et brassage des populations. L\u00b4\u0153uvre du missionnaire contribue \u00e0 la r\u00e9unification des clans Douala au niveau d\u00b4un peuple. La premi\u00e8re \u00e9glise constitu\u00e9e s\u00b4appelle B\u00e9thel.<br>En 1855, Saker consacre son premier Pasteur, qui r\u00e9pond au nom de Johnson Horton, autre Noir Jama\u00efcain. La Communaut\u00e9 de B\u00e9thel, alors forte de cinquante (50) membres baptis\u00e9s communiants, passe du statut de missionnaire \u00e0 celui d\u00b4\u00e9glise autochtone. Baptis\u00e9e en anglais, \u00a0\u00bb Native Baptist Church \u00a0\u00bb le savant patriote, Pasteur Adolphe Lotin Same la d\u00e9fendra et la r\u00e9habilitera plus tard sous la colonisation ali\u00e9nante.<br>Le premier bapt\u00eame c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par Saker dans les eaux du Wouri, eut lieu le 05 novembre 1849, et le premier Camerounais baptis\u00e9 fut Bekima Bile, de Bonapriso qui re\u00e7ut pour nom chr\u00e9tien : Smith ! Le Duala est adopt\u00e9 comme langue nationale camerounaise et consacre les trois attributs juridiques de souverainet\u00e9 : un territoire commun, une population commune, une langue commune. Le Cameroun de Saker est une ville &#8211; nation dans sa pl\u00e9nitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><br>L\u00b4\u0153uvre de Saker<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00b4\u00e9cole de Saker est l\u00b4un des \u00e9v\u00e9nements les plus marquants au Cameroun de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19\u00e8 si\u00e8cle. Elle marque le d\u00e9but de l\u00b4\u00e9ducation moderne chez nous, en m\u00eame temps qu\u00b4elle pr\u00e9pare le peuple \u00e0 assurer plus tard son destin. C\u00b4est gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00e9cole que les Duala traiterons d\u00b4\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec les Allemands, quarante ans plus tard, lors de la r\u00e9daction et de la signature des trait\u00e9s de protectorat, le 12 juillet 1884. Il en ira de l\u00b4\u00e9mancipation des Camerounais jusqu\u00b4\u00e0 la proclamation de l\u00b4ind\u00e9pendance nationale, le 1er janvier 1960. Et ce n\u00b4est pas par hasard que les auteurs du \u00a0\u00bb chant de ralliement de Foulassi \u00ab\u00a0, devenu plus tard hymne national camerounais, seront des protestants !<br>En cr\u00e9ant une litt\u00e9rature \u00e9crite en langue du pays, Saker suit les traces de R\u00e9formateurs Protestants du 16\u00e8 si\u00e8cle en Europe. L\u00b4utilisation de la langue duala jette les bases d\u00b4une culture camerounaise. Le premier \u00e9l\u00e8ve inscrit et sorti de l\u00b4\u00e9cole de Saker fut George Nkwe, consacr\u00e9 Pasteur en 1866. C\u00b4est lui qui secondera Saker dans la traduction de la Bible en Duala. M\u00e9canicien et imprimeur, le missionnaire britannique sortira ses publications au rythme suivant :<br>&#8211; L\u00b4Evangile selon Saint Matthieu en 1848 ;<br>&#8211; Le Nouveau Testament para\u00eet en 1872 donnant ainsi au peuple, une version compl\u00e8te des Saintes Ecritures.<br>Au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9veloppe l\u00b4instruction, le pragmatisme anglo-saxon incite Saker \u00e0 cr\u00e9er tr\u00e8s t\u00f4t une \u00e9cole industrielle autour de 1855. Cette \u00e9cole donne aux jeunes camerounais une formation professionnelle sur tous les m\u00e9tiers courants : ma\u00e7ons, charpentiers, menuisiers, tailleurs, cordonniers, m\u00e9caniciens, imprimeurs, typographes, sans oublier les enseignants et bien s\u00fbr les futurs pr\u00e9dicateurs de l\u00b4Evangile, h\u00e9ritiers spirituels de Saker. En agriculture \u00e9galement, Saker introduit de nouvelles cultures et enseigne au peuple de nouvelles m\u00e9thodes culturales. Sa femme cr\u00e9e une \u00e9cole de filles dont l\u00b4\u00e9ducation s\u00e9lecte est \u00e0 la base de l\u00b4\u00e9mancipation de la femme camerounaise, \u00e0 la fois comme \u00e9pouse, m\u00e8re et citoyenne.<br>La m\u00e9decine moderne est aussi introduite par Saker. Avec l\u00b4am\u00e9lioration des mesures d\u00b4hygi\u00e8ne, l\u00b4am\u00e9lioration de l\u00b4habitat et l\u00b4instauration de la salubrit\u00e9 publique au niveau de la ville toute enti\u00e8re, les envoy\u00e9s de Londres qui font de surcro\u00eet parler leur propre langue aux indig\u00e8nes, ach\u00e8vent de la \u00a0\u00bb civiliser \u00ab\u00a0, selon les pr\u00e9tentions et les convictions de l\u00b4\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La population de Douala s\u00b4accro\u00eet. La ville se construit et s\u00b4agrandit. Les \u00e9changes avec l\u00b4Europe s\u00b4intensifient. A l\u00b4industrie naissante dont la premi\u00e8re grosse affaire est une briqueterie, suit le commerce. La vocation portuaire de l\u00b4agglom\u00e9ration s\u00b4affirme faisant tr\u00e8s t\u00f4t de Douala, la vitrine du Cameroun. Saker et ses compagnons aussi apprennent beaucoup de choses des Africains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Epuis\u00e9 par un labeur aussi intense que vari\u00e9, Saker laisse son \u0153uvre aux mains de l\u00b4\u00e9quipe qu\u00b4il a form\u00e9e, sous la direction du Jama\u00efcain Joseph Jackson Fuller, qui recevra le premier contingent de quatre missionnaires Suisses de B\u00e2l d\u00e9barqu\u00e9s \u00e0 Douala, le 23 d\u00e9cembre 1886. A l\u00b4\u00e2ge de 65 ans.<br>Ville missionnaire, Douala a des origines sacr\u00e9es que ses populations actuelles doivent pr\u00e9server dans la fraternit\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9, l\u00b4ardeur au travail, le civisme, la culture et la foi. C\u00b4est dans cette tradition que nous devons d\u00e9fendre l\u00b4illustre m\u00e9moire d\u00b4Alfred Saker, fondateur incontestable de la capitale \u00e9conomique du Cameroun.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00b4histoire coloniale nous fait croire que c\u00b4est Th\u00e9odore Chistaller qui aurait construit la premi\u00e8re \u00e9cole de Douala. 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