A quoi servent les ateliers d'écriture ?

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La genèse d'aucun chef-d'œuvre n'a jamais été rattachée à un atelier d'écriture comme lieu de création.
Par Marcelin VOUNDA ETOA *





L'histoire ne dit pas combien de bons auteurs doivent leur talent et leur destin littéraire à leur passage dans des ateliers d'écriture. L'ironie dans l'affaire c'est que plusieurs des auteurs qui animent les ateliers d'écriture n'en ont qu'une expérience de formateurs. L'argument que quelques uns font valoir est que " personne ne vient au monde par sa propre volonté, seuls les écrivains peuvent donner naissance aux écrivains ". Mais ce qu'on ne dit pas assez, c'est que le mode de parturition des écrivains a beaucoup changé avec le temps. Par le passé en effet, c'est en lisant les bons auteurs qu'on acquérait la culture sans laquelle toute écriture manque d'épaisseur et de charme. Il n'y a pas de création sans imitation à la base. Icare doit ses ailes à Dédale : c'est en se laissant séduire par le modèle des auteurs qu'on alus qu'on devient soi-même un grand créateur.

C'est le sens de la fameuse phrase de Victor Hugo qui sonnait comme un défi personnel : " je serai Chateaubriand ou rien ". Seuls ceux qui, le visage découvert et les sens en alerte, contemplent comme dans un miroir la gloire et le génie des grands créateurs, peuvent être transformés à leur ressemblance. Comme le reconnaît Bernard Noël, écrivain et animateur d'ateliers d'écriture : " On ne rencontre les grands écrivains que dans les livres, jamais ailleurs, jamais en vrai. Celui qu'on rencontre en chair et en os n'est jamais que l'apparence de l'autre, qui se cache et se montre à la fois dans l'écriture. "Là est précisément le problème.

En effet, si le goût de la lecture a régressé, la nature humaine elle n'a pas changé : le désir de la gloire littéraire ne s'est guère estompé ; il s'est même considérablement accru depuis que nous sommes passés de la société de l'information à la société des auteurs. Nombreux sont donc les plumitifs qui ont la naïveté de croire que du simple fait d'avoir écrit, d'avoir écrit n'importe quoi, leur confère un titre à la gloire. Le nombre de livres augmente donc alors que les lecteurs diminuent de façon dramatique, y compris parmi ceux qui se piquent d'être des écrivains.

Les ateliers d'écriture, quand ils se sont pas organisés pour accompagner ceux qui ont quelque chose de particulier à dire et qui ne sont pas familiers des formes et des catégories littéraires dans lesquelles leur discours doit s'inscrire, sont donc d'une utilité très discutable. Ils ne peuvent en effet servir qu'à aider cette catégorie infime d'écrivains circonstanciels à identifier des archétypes formels. On peut leur concéder également, par l'environnement qu'ils créent, d'être des cadres de stimulation, de détection des potentialités de futurs auteurs, sans plus ! Dans ce cas de figure, l'écriture devient non pas l'objet enseigné, mais le lieu de la rencontre. Cette écriture permet alors à ceux qui participent à un atelier de se projeter dans leur propre abstraction.

Au demeurant, la multiplication exponentielle des ateliers d'écriture cache mal un jeu d'intérêt dans lequel l'écriture n'est pas toujours gagnante. Dans plusieurs pays en effet, l'organisation des ateliers d'écriture est devenue une activité à plein temps, un gagne pain sûr. Dans des sociétés où la matière dicte sa loi à l'esprit, il y a dans l'organisation frénétique des ateliers d'écriture une volonté de prémunir l'industrie du livre contre les pénuries éventuelles de production liées au caprice de la Muse. Les enjeux liés aux ateliers d'écriture sont donc trop nombreux pour que cette pratique ne triomphe pas de l'idéalisme de quelques nostalgiques d'un mode de parturition lente des grands esprits et des grandes œuvres. Hélas !
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