J.M.G. Le Clézio : un Nobel bien de chez nous !

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Depuis l'annonce de son Prix Nobel, on n'a pas beaucoup entendu dire que J.M.G Le Clezio était Mauricien, c'est-à-dire Africain.
Par Marcelin VOUNDA ETOA*





S'il est vrai que sa famille est originaire de Bretagne, il est tout aussi vrai qu'elle en est partie depuis cinq siècles pour s'établir à l'île Maurice. Assez de temps pour que ces immigrés soient considérés comme des Africains, au même titre que les Blancs d'Afrique du Sud, de Namibie, etc. Qui plus est, le père de J.M.G. Le Clézio, ancien médecin des Colonies, qui avait épousé sa propre cousine germaine, s'était vu retirer sa nationalité britannique après l'indépendance de l'île Maurice.

Le Prix Nobel de littérature 2008 appelle d'ailleurs son père L'Africain dans un beau livre autobiographique que les critiques les plus éminents et les spécialistes de son œuvre s'accordent à présenter comme étant le " livre cardinal pour comprendre [son] œuvre ". Quoique prévenu des rigueurs et des difficultés de l'exercice de la profession médicale en Afrique par son frère aîné Eugène qui, avant lui, est médecin sur notre continent, le père de Le Clézio décide de venir y travailler. " Sauf pour deux brefs congés, pour son mariage puis pour la naissance de ses enfants, il ne reviendra plus en Europe jusqu'à la fin de sa vie active ".

Le plus camerounais des mauriciens
Quinze des vingt deux années que les parents de J.M.G. Le Clézio ont passées en Afrique l'ont été au Cameroun. Le Prix Nobel de littérature 2008 évoque longuement, de façon émouvante, attachante et nostalgique, le séjour de ses parents dans le Nord-Ouest du Cameroun. " C'est à Bamenda que mon père emmène ma mère après leur mariage, et Forestry Haouse est leur première maison, écrit-il ". (p. 73). Le Clézio poursuit en déclarant : " Pendant leurs premières années de mariage, mon père et ma mère ont vécu là leur vie amoureuse, à Forestry House et sur les routes du haut pays camerounais, jusqu'à Banso […] Pendant plus de quinze ans, ce pays sera le sien. Il est probable que personne ne l'aura mieux ressenti que lui, à ce point parcouru, sondé, souffert. Rencontré chaque habitant, mis au monde beaucoup, accompagné d'autres vers la mort. Aimé surtout, parce que, même s'il n'en parlait pas, s'il n'en racontait rien, jusqu'à la fin de sa vie il aura gardé la marque et la trace de ces collines, de ces forêts et de ces herbages, et des gens qu'il a connus ". (pp. 81-82)

L'Afrique, à " la fois sauvage et très humaine " fut la nuit permanente des noces - au sens où Camus entend le mot noces dans son œuvre éponyme- des parents de Le CLézio, nuits pendant lesquelles son frère et lui furent conçus. Le romancier revendiquant sa filiation au Cameroun déclare : " les Africains ont coutume de dire que les humains ne naissent pas du jour où ils sortent du ventre de leur mère, mais du lieu et de l'instant où ils sont conçus ". Il poursuit en affirmant : " Moi je ne sais rien de ma naissance mais si j'entre en moi-même, si je retourne mes yeux vers l'intérieur, c'est cette force [exhalée par les hauts plateaux de l'Ouest camerounais, les douces collines de Bamenda et de Banso,[…]les chemins à travers les Grass Fields et les montagnes du Mbam et des pays Mbembé, kaka, shanti] que je perçois, ce bouillonnement d'énergie, la soupe de molécules prêtes à s'assembler pour former un corps".

Dans L'Africain, J.M.G Le Clézio, souligne donc l'attachement viscéral de son père au Cameroun, sa préférence de cette terre à toutes les autres qu'il a visitées. Mais le Prix Nobel de littérature 2008 dit surtout le rôle majeur que l'Afrique qui fut pour lui l'antichambre de l'âge adulte a joué dans sa formation humaine. Il conclut son livre en affirmant : " C'est à l'Afrique que je veux revenir sans cesse, à ma mémoire d'enfant. A la source de mes sentiments et de mes déterminations".
Pourquoi notre pays, le Cameroun, ne lui donnerait-il pas l'occasion de revisiter la terre de sa conception, le paradis de son enfance ? Le Nobel de littérature de 2008 est assurément le nôtre.
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