Livre. «L’amère patrie» d’Edouard Elvis Bvouma est le regard d’un Camerounais sur son pays. Il a passé un moment à l’étranger et y retrouve les mêmes tares.
Encore un tableau des travers de la société camerounaise. En réalité, de multiples scènes de vie, des comportements, des modes de fonctionnement qu’Edouard Elvis Bvouma présente ou représente dans les cinq nouvelles de son recueil paru en février 2011 chez L’Harmattan Cameroun. C’est, pour l’essentiel, le récit triste d’un retour au pays natal, dans «l’amère patrie», le titre de l’une des nouvelles, celle qui donne d’ailleurs son nom à l’ouvrage.
Amer est le premier contact d’un homme qui revient dans son Cameroun natal, après une décennie passée en Occident. Passé les quelques instants de bonheur créés par l’arrivée dans son pays, le héros de ce récit écrit à la première personne va vite retrouver la triste réalité faite de corruption, d’abus de pouvoir, de vol… Pour avoir présenté son passeport au lieu de sa carte d’identité à un contrôle de police, il va se retrouver au fond de la cellule infecte d’un commissariat. Il y sera dépouillé de son argent, de ses bijoux, de ses chaussures et d’autres objets de valeur.
Et, comble de malheur, une fois libre, il se verra, du fait de son apparence (vêtements sales, pieds nus), repoussé de la banque où il comptait prendre un peu d’argent à l’aide de sa carte de crédit. Celle-ci lui échappera d’ailleurs des mains et disparaîtra dans les eaux boueuses d’une rivière. Il avait voulu faire une surprise aux siens. Ils auraient été servis.
« L’amère patrie », ce Cameroun parfois clairement désigné, parfois indiqué, revient dans toutes les nouvelles du recueil. Il revient à travers la défunte Camair que l’auteur pleure dans «Requiem pour l’Opep», l’affectueux nom donné par les Camerounais de la diaspora au Boeing 747 Combi. Il revient aussi à travers les souvenirs d’enfance. Des souvenirs de rencontres au sommet. Avec le président de la République d’abord, de loin, furtivement, suspendu aux épaules d’un adulte, alors que le cortège traversait la ville (« Je vous verrai»). Avec la Première Dame ensuite, la «mère Noelle», de plus près, sur un lit d’hôpital, à l’occasion d’une fête de Noël («Le pavillon d’un Noël »).
Et il y a, enfin, l’explication de tout l’immobilisme, de tous les maux décriés ici, l’absence de transparence dans le processus électoral avec «Clownerie», un récit des fraudes souvent enregistrées lors des scrutins (bourrage d’urnes, votes multiples, etc). Et au bout de la cinquantaine de pages du recueil, on se sera fait une idée d’un pays où la vie est loin d’être toujours rose. Bienvenue au Cameroun !
Jules Romuald Nkonlak
Edouard Elvis Bvouma
L'amère patrie (Nouvelles)
février 2011
L'Harmattan Cameroun
67 pages