Yves Eya’a Eya’a : Le danseur revient sur ses pas

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Il est professeur de danse en France, 4 ans après son départ du Cameroun.
Jules Romuald Nkonlak

C’est bien son rôle de prof de danse qu’il a joué pendant toute une semaine dans la ville où lui aussi a appris à danser. Un retour d’ascenseur d’autant plus remarquable que Yves Eya’a Eya’a a pris son envol grâce à l’association Meka, organisatrice du festival de danse et de percussion Abok I Ngoma, au siège de laquelle il a pu partager son expérience, ses connaissances avec une trentaine de danseurs camerounais restés au pays.
Lui est parti, mais voudrait que les autres restent. Pour être plus libres dans leur création. Plus authentique aussi, certainement. Parce qu’il pense que la danse a un avenir au Cameroun et qu’il faut le préparer. C’est la raison d’être de l’association Abok, que le jeune homme de 26 ans a créé en 2005 à Lyon en France. Dans cette ville de l’Hexagone, il est professeur de danse camerounaise. Mais son association s’intéresse plus aux danseurs restés au pays.

Le premier geste de son projet, qui veut professionnaliser la danse au Cameroun, a été l’atelier qui a eu lieu du 7 au 11 août derniers au quartier Elig Essono à Yaoundé. Yves Eya’a Eya’ a a à l’occasion, fait venir Frédéric Gausseres, professeur de danse jazz à Lyon, un ami qu’il a pu convaincre pour la mise en œuvre de son projet. Il s’y est investi financièrement. " Pour cette première édition, ce sont mes sous. Frédéric a accepté de venir de façon bénévole. J’espère pouvoir décrocher des subventions à l’avenir", affirme-t-il.
D’autres actions suivront. La plus attendue est notamment la mise sur pied d’un studio, avec la collaboration de l’association Meka, où les danseurs camerounais pourraient travailler dans de meilleures conditions. Ces conditions idéales, Yves Eya’a ne les a découvertes qu’en France, où il s’est installé en 2002. Après avoir trépigné pendant des années sur des planchers, ou plutôt ce qui en tient lieu, à Yaoundé. C’est par la danse traditionnelle qu’il fait ses premiers pas dans la danse. "J’ai commencé à 17 ans. J’ai vu des danseurs à l’œuvre, j’ai aimé. Jérôme Ndoun m’a proposé de rejoindre sa compagnie. J’avais un don en moi et je l’ai cultivé. Après un mois, j’étais bien sur scène. J’étais passionné, j’ai tout quitté pour être danseur", se souvient-il.

C’est donc à travers la compagnie "Tambour d’Afrique" de Jérôme Ndoun qu’il s’initie à la danse. Yves Eya’a dirigera même la compagnie pendant deux ans. Ensuite, il s’installera en France pour continuer de vivre sa passion, mais surtout parce qu’il a choisi de passer à la danse contemporaine. Il suivra une formation au centre national de la danse de Paris, il obtiendra également un diplôme d’Etat de professeur de danse. Depuis deux ans, il travaille à Lyon avec Kilina Cremona, auprès de qui il prend des enseignements de danse classique contemporaine. Tout en dispensant lui-même des cours de danse traditionnelle camerounaise. Et maintenant il rêve à un avenir proche où la danse du Cameroun, de l’Afrique centrale en général, pourra véritablement s’imposer. "En France, quand on parle de danse africaine, on pense surtout à l’Afrique de l’Ouest", se plaint-il. A 26 ans, il a le temps de voir les choses changer, mais surtout l’énergie pour y contribuer.
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