Douala :
Ils ne savent plus vers quelle hiérarchie se tourner après le limogeage de l’administrateur provisoire et la fermeture de la direction générale.
Eugène Dipanda et Sandrine Tonlio (stagiaire)
Postée devant la direction générale de Cameroon Airlines (Camair) à Bonanjo à Douala, dans les environs de 11h hier, jeudi 13 mars 2008, Berybelle Loulon, une cliente de la compagnie aérienne, lance des cris ahurissants qui suscitent les regards curieux des passants. "Mais qu’est ce qui se passe ici ? Je dois retourner en France, j’ai des obligations à respecter", déclare-t-elle. Berybelle Loulon est une commerçante camerounaise résidant en France. Elle dit être récemment venue dans son pays avec sa fille pour "se reposer". Malheureusement pour elle, pendant son séjour au Cameroun, elle a subi "une opération chirurgicale qui a échoué. Ce qui m’oblige à écourter mon séjour. Je dois rentrer dans les plus brefs délais pour être réopérée", dit elle.
C’est en effet mercredi, 12 mars 2008, en venant confirmer son départ pour Paris à la direction générale de Camair, qu’elle se rend compte que les locaux sont fermés et que les employés se retrouvent tous à l’extérieur du bâtiment. Cette situation est d’ailleurs celle que connaissent la plupart des clients de Camair depuis deux jours. "Ça fait deux semaines que j’ai fait une réservation et c’est ce matin (jeudi 13 mars 2008, Ndlr) que je lis dans les journaux locaux que la compagnie est sous scellée", déplore Rodrigue Tombe, un autre client de Camair tenant entre ses mains un journal d’un quotidien de la place. Selon toute vraisemblance, ces clients ne savent donc plus à quel saint se vouer. "Compte tenu de l’urgence de mon état de santé, je me suis rendue à Air France pour savoir si les clients des vols Camair pouvaient se joindre à ceux de cette compagnie. Mais, les responsables m’ont renvoyée à la compagnie où j’ai acheté mon billet d’avion", déplore Barybelle Loulon.
A l’origine de tous ces désagréments, le décret présidentiel signé le mardi 11mars 2008, qui mettait fin aux activités de l’administrateur provisoire de Camair, Paul Ngamo Hamani. Lequel acte du chef de l’Etat a été suivi, le lendemain, par la pose des scellés à la direction générale de la compagnie nationale de transport aérien à Bonanjo, par les éléments du commissariat de police du 1er arrondissement de Douala.
"Nous avons reçu l’ordre de ne laisser entrer personne. Les clients de Camair sont priés d’aller attendre un communiqué du président de la République parce que c’est lui qui a donné les ordres. Personne ici ne peut leur venir en aide", explique un vigile rencontré sur les lieux. Cette réponse ne semble cependant pas satisfaire les clients qui ont déjà fait des réservations.
"J’ai acheté un billet Camair parce que je me suis dit que je rendais ainsi un service à mon pays. Aujourd’hui, je suis bloqué ici à cause de cette situation et je n’ai plus assez d’argent pour acheter un autre ticket dans une autre compagnie. Que le chef de l’Etat trouve donc une solution pour nous, clients de Camair", soutient Rodrigue Tombe. Aux dernières nouvelles, une assemblée générale de Camair a lieu ce vendredi, 14 mars 2008, au siège de la Commission technique des privatisations et de liquidations (Ctpl), à l’immeuble Sni à Yaoundé. Elle fait suite à une autre réunion de la Ctpl tenue hier, jeudi, à l’hôtel Sawa de Douala. Il est question, prioritairement, d’arrêter les chiffres du solde de tout compte de quelque 800 employés de la compagnie. Au-delà, à charge pour le gouvernement et la Ctpl, soit de procéder au lancement immédiat des activités de Camair-Co, ce qui semble très peu probable dans le contexte actuel ; soit alors de mettre en place une équipe transitoire coiffée par un liquidateur, avec un groupe d’agents recrutés dans l’effectif actuel de Camair, question d’assurer au moins le service minimum. En attendant…