Le Ccf de Douala a accueilli, samedi, un spectacle de danse franco-mozambico-japonaise ! –
Le nom du spectacle semblait promettre l’apocalypse. " Gyrations of Barbarous Tribes ". Si ce n’est pas terrifiant ! Et puis, à l’arrivée, on souffle. Elle est plutôt époustouflante, la prestation du Kubilaï Khan Investigations. La troupe de danse s’est produite samedi dernier au centre culturel français de Douala. Et on comprend pourquoi ses membres préfèrent qu’on dise d’eux qu’ils sont un " comptoir d’échanges artistiques ".
Echanges, le mot est bien choisi lorsqu’on voit arriver sur la scène des danseurs mozambicains, français et des musiciens japonais. Qu’est-ce qui peut les réunir ? La magie des arts, parbleu ! Alors que dans un coin deux musiciens s’activent autour d’un arc à musique, d’un long xylophone timbila, d’un tambour, d’une sorte de mbiro oriental et bientôt d’un violon et d’une guitare électrique, six danseurs arrivent petit à petit, au rythme de la musique produite live ou alors programmée dans la console nippone.
Passés les fondamentaux de la danse contemporaine, les six artistes laissent parler leur corps. Leur expression, avec des forts soupçons de hip hop urbain et de capoeira brésilienne, épouse les mélodies et transes ensorcelantes chopi du sud du Mozambique. La cadence s’accélère progressivement et les danseurs africains en particulier, qui ne peuvent se départir de leur nature, restent profondément ancrés au sol. Chez eux, le ballet est surtout énergique et physique alors que leurs camarades français, à force, semblent avoir une meilleure maîtrise de leur énergie au service de la souplesse. Une illustration de ce que Hélène Cathala, danseuse et chorographe française, est venue apprendre à des stagiaires ici à Douala, en avril dernier.
Les gars et les filles de " Kubilaï " réussissent à créer la symbiose entre les backgrounds gestuels et chorégraphiques des uns et des autres. Un vrai comptoir où l’on échange donc. Mais, entre sensualité apprivoisée et acrobaties périlleuses, il y a de la place pour bien d’autres formes d’expression inattendues. Tout est en effet mélange puisque à côté de la danse, du chant et de la musique, il y a aussi le cirque et le mime qui font pouffer de rire et construisent la passerelle avec un public qui, lui aussi, rentre dans le spectacle. Du spectacle vivant. La scénographie, avec ces paravents amovibles et ces balles de tennis, apporte de la dynamique à une création qui, d’un bout à l’autre, n’est jamais la même. Peu importe que la métrique ne semble pas assez maîtrisée. Le spectateur a en effet l’impression, un moment, que " Gyrations " tire en longueur. Peut-être que ça dure pour que chacun comprenne que décidément tout est possible sur la scène des arts. Et nulle part ailleurs. La connivence, le rapprochement, l’amour. Le Mozambique, le Japon et la France. Vous parlez d’un attelage…