Joël Mpah Dooh et Goddy Leye sont chez Mam, à Douala depuis vendredi, avec » Ba mama « , une sublime expo photo.
Stéphane TCHAKAM –
Avec la fondation MTN, la galerie Mam à Douala accueille un grand événement depuis vendredi dernier, et ce, pour un mois. Une exposition photo qui s’appelle " Ba Mama ". Signée Joël Mpah Dooh et Goddy Leye. Ces deux grands messieurs des arts plastiques au Cameroun ont simplement photographié les mamans du village de Bonendale, là-bas, après Bonaberi. Simplement ? Oui, mais extraordinaire. 34 mamans de plus de 60 ans se sont prêtées au jeu de ces " gamins " qui, décidément, les agacent un peu. Mais, l’équanimité qui caractérise cet âge-là se prête à une insoupçonnable plasticité. Et le résultat est sublime.
Les mamans, le plus souvent grand-mères et arrière-grand-mères, veuves aussi, poursuivent leurs destinées au milieu des leurs. C’est dans cet environnement du quotidien que Joël et Goddy ont saisi cette vie qui se perpétue dans l’attente. Comme on le voit sur ces dizaines de clichés, les mamans sont elles-mêmes. Elles ne connaissent ni les artifices ni les oripeaux. Elles vivent là, près de leurs petits-enfants, près de leurs souvenirs, souvent sauvegardés sur d’autres photos, images d’une jeunesse désormais lointaine. Derrière cette tranquillité hiératique et doucement altière, se cache mille et un savoirs, mille et une histoires, mille et un secrets. Parce qu’elles sont dépositaires d’un passé et d’une sagesse dont elles restent les gardiennes et les témoins.
Leurs yeux ont tout vu et tout vécu. Rien ne les perturbe, rien ne les émeut. Les " Ba mama " ont blanchi sous le harnais de l’existence et se contentent des plaisirs ou des efforts de cet âge-là : " boire une bière, raconter l’Histoire aux générations d’après ou confectionner des miondos ". Il est encore plus heureux que ce travail ait été fait dans la couleur. Il ne faut pas croire que les mamans, ce n’est plus que ces rides et ces cheveux gris. La patine des ans et les stigmates de la durée ont buriné les traits, les visages et même les gestes, c’est vrai. Mais ils ont dessiné d’autres tableaux, avec d’autres couleurs.
Désormais assises, comme pour le repos des guerrières — elles l’ont été à leur manière —, les mères scrutent les jours à venir, qui se lèveront peut-être sans elles. Mais, les photos seront à leur place. 34 d’entre elles ont accepté de poser et ont dû s’étonner de ce que faire des photos aujourd’hui soit si facile. Le numérique. Joël et Goddy ont jeté leur dévolu sur cet outil pratique et rapide. Qui offre la possibilité de montrer tout de suite la photo aux mamans qui en avaient besoin pour comprendre ce qu’on leur faisait faire. Ça les a rassurées et motivées aussi. " A notre époque, ont-elles dû penser, c’était bien plus compliqué ". La modernité, elles ne s’en plaignent pas. Au contraire, elles s’en accommodent. C’est manifestement une certaine modernité qui ne veut pas d’elles. Deux de nos artistes majeurs s’élèvent contre cela. Joël Mpah Dooh et Goddy Leye ont sans doute posé un acte immense.