Le traducteur en langue bassa du coran revient sur le chemin parcouru et la nécessité de ce travail.
Propos recueillis par Lazare Kolyang –
D’où vous est venue l’idée de traduire le coran en langue Bassa ?
L’idée de traduire le coran en Bassa remonte à 1982, date qui coïncide avec ma conversion à l’islam. Il se trouve à ce moment là que j’ai été un peu mal compris dans mon village d’origine. Parce que l’islam était perçu comme la religion des Haoussa. Puisque au niveau de la langue, des pratiques, on ne retrouvait presque pas des Bassa dans cette religion. Il a fallu pour moi, pour leur faire comprendre profondément le message, revenir dans le livre d’origine. Et exposer de manière claire la quintessence ou la traduction du sens des versets du coran en leur langue pour qu’ils comprennent que le Dieu créateur qui gouverne toute la création qu’adore les Bassa, les Français, les Camerounais, et tout le monde, c’est le même Dieu que le musulman qu’il soit arabe, Camerounais : il fallait donc essayer de faire comprendre que le message du coran est presque le même que le message de la bible, c’est vrai même s’il existe quelques petites disparités.
Concrètement, comment s’est organisé votre travail ?
Sur le plan du travail technique, nous avons commencé avec environ une trentaine de personnes. On a tenu deux réunions, et à la troisième, je me suis dit que si chaque fois qu’on se rencontre, on parle, on ne fait rien, on n’agit pas, il est évident qu’à un certain moment la fatigue ou le découragement va naître. En préparation d’une réunion, j’ai donc fait traduire en bassa la sourate Fatiha, et les trois dernières sourates du coran. Et séance tenante, j’ai proposé la traduction et on n’a fait que corriger ce qui y avait à corriger. A une autre réunion, j’ai proposé la traduction de la sourate 105 à la sourate 112, et c’est comme ça que le départ a été donné.
En plus des musulmans, avez-vous fait appel à d’autres intelligences en milieu bassa pour faire ce travail ?
Bien entendu. Nous avons fait appel à d’autres personnes appartenant au peuple Bassa et même n’appartenant pas à ce peuple. Il y a des personnalités comme le Malien Hassan Traoré, Abdoulkarin Abo, qui est Camerounais mais de l’Extrême Nord. Leur apport a été important au niveau de la compréhension profonde du message coranique en arabe. Nombre d’entre eux avaient beaucoup d’aptitude. De temps en temps, on organisait aussi des séances de correction, et c’est comme ça qu’on a fait appel à certains de nos parents au village qui nous permettaient de revenir sur ce qu’on avait déjà fait pour essayer de minimiser les risques d’erreur.
Depuis quand ce travail est-il achevé?
Le travail a commencé en 1999. Et je dois dire qu’au début, nous avons souhaité travailler avec nos propres moyens, souhaitant que l’argent intervienne peu. Nous avons néanmoins continué le travail avec beaucoup de difficultés. Je suis informaticien, on a facilement obtenu un ordinateur complet avec imprimante, ce qui nous a facilité la tâche. A ce titre, j’ai pris la charge de saisir les textes moi-même, ayant peur de le confier à une autre personne parce qu’il faut faire preuve d’imagination pour obtenir certaines lettes arabes. La première mouture a pris fin en 2005, ce qui donne presque sept ans de travail, jour et nuit. Nous avons pu imprimer à ce jour une centaine d’exemplaires grâce à certains employés de la Bibliothèque nationale à Yaoundé. Nous souhaiterions avoir de millions d’exemplaires, mais l’élément financier ne nous le permet pas encore.
Quel est l’intérêt de traduire le coran en langue bassa, quand on sait que les prières se font exclusivement en arabe ?
Le prophète Mohammed n’était qu’un transmetteur de message, le message d’Allah. Et dans un verset du coran, Dieu nous dit quelque part, et ça il s’adresse à l’humanité toute entière, il dit : vous avez en ce prophète, un exemple à suivre. Et dans un autre verset Dieu dit : il n’a envoyé un prophète à un peuple qu’avec la langue de ce peuple. D’autres religions, tel que le christianisme, ont connu une expansion fulgurante parce que les missionnaires ont pris soin de traduire la bible en langue locale, chaque fois qu’ils arrivaient dans un e région.