Avec des formes aguichantes, ils constituent un appât devant des boutiques spécialisées dans le vêtement.
Marion Obam –
Alain Njoh, propriétaire de "Be sexy", une boutique de vêtements à l’entrée du marché New-Deïdo de Douala, a vu qu’un jeune homme s’est arrêté devant la vitrine de sa boutique mais hésite à entrer. "Mon frère, pourquoi tu regardes de loin. Approches et tu verras que c’est la qualité". Finalement le client consent à entrer avec beaucoup de scepticisme, il interroge Alain Njoh en posant sa main sur un mannequin gonflable qui porte un pantalon jeans moulant : "Est-ce que ce sera la même chose sur ma petite amie?".
Avec précaution, le vendeur précise que "si elle a les mêmes mensurations, il n’y aura pas de problème, le pantalon ci va lui aller comme un gant". Après quelques discussions sur le prix, les deux hommes se mettent d’accord et la marchandise est remise au client. Qui s’en va content, tandis que le vendeur applique une tape sur le mannequin gonflable qu’il vient de déshabiller avec cette phrase "merci ma fille, tu m’as encore aidé à vendre un pantalon ce matin. Je vais t’en mettre un autre".
A Douala et dans plusieurs marchés et centres commerciaux, la pratique de mise est aux mannequins gonflables, parfois derrière les vitrines ou flottants devant des boutiques de vêtements. Ils ont remplacé peu à peu, les mannequins en cire, grossière représentation humaines en bois ou certains plus chics importés en plastiques recyclés. Cette mode a réussi une pénétration fulgurante en moins de deux ans dans les espaces de l’habillement au Cameroun. Il était difficile qu’il en soit autrement, car ces mannequins gonflables, utilisés spécialement dans la vente des vêtements pour femmes, ont un bassin et un postérieur dessinés comme une guitare. "Ils n’occupent pas beaucoup d’espace et sont facilement manipulables, le contraire des mannequins humains ou ceux qui sont des représentations complète de l’homme. En plus, ils tapent dans l’œil des clients et attirent les deux sexes. Ce qui est excellent pour les affaires", explique Francine Endong, vendeuse à Chic&Choc, magasin de vêtements à Akwa, qui précise que "le chiffre d’affaire a augmenté depuis que j’utilise cet argument pour la vente". Ces vendeuses d’un autre genre existent en deux types sur le marché actuellement.
Des mannequins qui n’ont pas de bustes et qui servent uniquement pour les pantalons, culottes, collants et jupes. Ceux qui sont entiers et qui permettent de présenter mettre en valeur une tenue complète de la même coupe et du même ton ou alors recomposée. "Ils sont vendus exclusivement par les chinois et coûtent entre 5000 Fcfa et 10.000 Fcfa. Les plus onéreux sont ceux qui ont le buste. Cependant, ils sont très rentables, au vu de ce que les cinq premiers que j’avais acheté m’ont rapporté je suis allé doubler le nombre et ce sont de vrais vecteurs de mode. Toutes les filles qui mettent les collants avec les mini jupes aujourd’hui ont été conquises par ces mannequins", livre Alain Njoh. Qui a d’ailleurs changé son marketing de vente, "avant je cintrais les robes et pantalons, ce n’était pas attirant. Avec ces mannequins gonflables, l’habillement change tous les jours et les clients viennent d’eux-mêmes car psychologiquement c’est difficile de résister à une belle mise rehaussée par de formes aguichantes".