Le coordonnateur de la compagnie Wé Guara présente la pièce que joue la troupe samedi prochain à Yaoundé.
Propos recueillis par Francky Bertrand Béné –
Ce samedi dès 19 h, votre troupe fait une représentation théâtrale au Ccf de Yaoundé. Que proposeriez-vous aux spectateurs ?
Nous jouerons Caligula, c’est le titre du spectacle tiré d’une pièce d’Albert Camus et qui a été joué trois au centre culturel français de Yaoundé. La première fois, c’était lors de la première édition des scènes nationales du théâtre camerounais où le groupe a remporté deux prix sur les quatre en jeu. Notamment, le grand prix du meilleur spectacle et celui du meilleur acteur.
En quelques mots, que vivra le public ?
La trame du spectacle est simple. Relativement aimable jusque-là, Caligula s’aperçoit à la mort de Drusilla, sa sœur et sa maîtresse, que l’amour ne suffit pas et que ce monde tel qu’il va n’est pas satisfaisant. Son infidélité à l’homme et sa fidélité à lui-même témoignent de sa passion de vivre. Il prend alors le visage bête et incompréhensible de la peste humaine… Car, il s’est rendu compte que c’est l’autre qui a raison… et que rien ne dure ici bas.
Vous venez de participer à un festival international. Quel accueil a été réservé à votre pièce ?
Notre spectacle a impressionné le public gabonais et a été retenu comme un des meilleurs moments du festival international des théâtres gabonais (Fitega). D’ailleurs à l’occasion, nous avons reçu des invitations à participer à des festivals prévus en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo.
Vous êtes le metteur en scène de la pièce, dans quelle intention avez-vous choisi de jouer Caligula plutôt qu’un autre spectacle ?
Ce monde n’est pas aussi parfait ni logique tel que nous le croyons. Il est divisé en deux à bien l’observer : ceux qui sont cons et ceux qui jouent aux cons. Chacun sait le rôle qu’il interprète, qu’il joue. Dans ce spectacle, je n’hésite pas à tout remettre en cause s’agissant surtout des conventions traditionnelles de l’activité théâtrale telles que développées par Aristote jusqu’aux avant-gardistes. C’est d’ailleurs le principe fondamental du théâtre de l’absurde. Ainsi, j’ai pu explorer bien de techniques et de positiver les acquis issus des différents frottements et rencontres. Car, nous découvrons chaque jour les exigences de la création contemporaine. Entre la réalité vraie et la vérité artistique, il y a le principe du jeu de l’acteur que je ne cesse d’expérimenter.
Le principe de l’intérieur vers l’extérieur, de l’influence de l’esprit sur le corps qui permet de produire la profondeur de la vie humaine sur scène à partir d’un univers imaginaire. L’option de la mise en scène nue n’épouse pas la convention terminologique du théâtre pauvre mais accorde un primat réel à la création du jeu de l’acteur. Je pense humblement que le comédien doit se déployer entièrement et se mouvoir avec aisance sur le plateau. D’ailleurs, dans l’attitude psychologique de toute action humaine, la crudité est un élément nécessaire et fondamental. Au théâtre, cette crudité permet le rapprochement entre les hommes.
Comment?
Le bruit crée le mécontentement. C’est vrai. Mais, l’art est fait pour déranger les habitudes acquises ou connues, pour troubler les consciences. L’art par la crudité, révèle la nature première de l’homme. Ce processus de déthéâtralisation implique celui de déshumanisation.
Ces divers éléments m’ont aidés à m’orienter vers l’expérimentation d’une mise en scène énergique et brute, où durant près de 80 minutes, les 06 acteurs présents sur scène sortent de leur gong. Un peu de Brecht ? Un peu d’Artaud ? Un peu de Sartre ? Peut-être…
Après Caligula, quel spectacle prépare votre troupe?
Nous voulons d’abord exploiter le spectacle afin de ne pas disperser nos énergies. Puisque la pièce a été créée, il faut qu’elle vive d’abord avant de mourir. En attendant un autre spectacle qui va la ressusciter.