Emile Youmbi a présenté ses nouvelles créations au Ccf de la ville.
Justin Blaise Akono –

Huit gigantesques tableaux ornent les deux murs du hall du Centre culturel de Yaoundé depuis mercredi soir. Huit toiles dont la plus grande, représentant le "délestage électrique" dans la ville de Yaoundé, mesure trois mètres de long et plus de deux mètres de haut. "La tendance actuelle dans les expositions internationales, ce sont les formats énormes. Les immeubles sont grands, les routes très larges. Alors, pour que l’œuvre puisse s’imposer, il faut, en plus du fond, de la dimension", explique l’artiste plasticien Emile Youmbi, qui a intitulé son exposition "Travellers". C’est d’après l’artiste, "un voyage à travers la ville de Yaoundé. Je promène l’inconnu dans les points chauds de la capitale".
Le premier point chaud qu’il peint sur un tableau est la poste centrale, avec ses enfants de la rue et ses inondations "Ampoule rouge" est l’un des tableaux qui attire les admirateurs et suscite un sourire en coin. La toile indique une rangée d’auberges dont le repère est l’ampoule rouge. A l’intérieur, des personnes presque nues. "Le carrefour Ekounou est un endroit connu pour sa prostitution", souligne Emile Youmbi qui dit avoir fait des recherches avant de s’en rendre compte. Il relate sur une autre toile le langage relatif aux restaurants où le nom se limite au menu. Par exemple, on dit : "je vais au taro au lieu de dire je vais au restaurant manger du taro", semble-t-il s’insurger. Tout comme il déplore les embouteillages enregistrés dans les "Trottoirs", du fait de leurs encombrements.
Pendant que certains amateurs de peinture présents au vernissage se sont sentis offusqués du fait que l’artiste expliquait par le menu ses œuvres, ce dernier s’affiche comme un urbaniste à sa manière, à travers la toile indiquant la croix de Saint André. "Je m’interroge sur l’épanouissement des citoyens, sur les rapports conflictuels entre les populations et la municipalité", avance-t-il. "Je ne m’oppose pas aux démolitions du délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé. Mais, des gens se retrouvent sans domicile. Il faut que la ville se développe. Mais, qu’on pense à les recaser", confie-t-il.
Pour ce faire, le peintre, qui revient d’une série d’exposition dans plusieurs pays européens, a mis plus d’un an pour préparer cette collection. Il a travaillé sur la toile que certains peintres camerounais présents à l’exposition trouvent rare. Il avoue avoir utilisé le matériau conventionnel. Pas de collage, pas de matériau de rajout. Juste de la peinture à huile et la peinture à eau (de l’acrylique sur toile), et les deux sur certains tableaux. Le rouge, le jaune, le bleu et d’autres couleurs vives constituent sa panoplie. Emile Youmbi qui participe également à l’exposition collective de la peinture Bamoun, qui se tient en ce moment même au Musée national de Yaoundé précise qu’il n’y a aucun lien entre les deux. "Le thème sur l’art Bamoun était imposé alors celui-ci est choisi. Les contraintes sont différentes même si l’expression reste la même", souligne-t-il.
Les premières critiques semblent plutôt laudatrices. "On se pose toujours la question de savoir s’il travaille pour vendre ou pour éduquer. Est-ce parce qu’il a déjà roulé sa bosse ou parce qu’il s’est frotté à d’autres groupes. Tout est nouveau chez lui. Notamment ce gigantisme de ses tableaux. Il a de l’avance sur le temps", commente le prince Idryssou Njoya, lui aussi peintre et enseignant à l’université de Yaoundé I. Pour Louis Epée, artiste plasticien résidant à Douala, "c’est un travail très fouillé, très assidu et très pointu. Il n’y a pas un véritable changement dans l’approche de la gestion de la couleur, de l’image. Il a apporté un plus. Notamment ses couleurs m’intéressent bien". L’exposition court jusqu’au 2 mars prochain.