Le jeune peintre a exposé son style novateur vendredi dernier à la galerie Mam de Douala. –
Achillekà Komguem brise les canons de la peinture classique. Son style atypique tranche avec les coups de pinceaux sur des tableaux rectangulaires. Place à la "création multimédia et transmédia". Ici, l’art s’assimile aussi bien à la télévision, à la vidéo, et au numérique qu’à la presse écrite. L’accord parfait entre tous ces matériaux, donne ce qu’il a baptisé "barrières". Une exposition de six œuvres sur fond de trois thématiques. Une façon inhabituelle de décrier l’inertie des décideurs. Un hymne à l’identité et à l’introspection. Le décor se plante avec "Emigration", où l’artiste "explore l’univers chaotique des candidats à l’exil". Comme toutes les sculptures de l’exposition, "Emigration" est une mise en scène. Une disposition de toiles en papier de presse, d’échelle, des chaussures liées par des cordes et perforées d’ampoules, qui reflètent des lanternes. De la lumière rouge et verte. Symbole de l’interdit et du permis. Faisant fi des barrières, jeunes et moins jeunes se jettent à corps perdus dans un océan de risques. Habités par l’espoir d’arriver à un ailleurs qu’ils croient meilleur.
Achillekà poursuit son crédo dans "visa-ge". Le visiteur s’attarde alors sur deux téléviseurs incrustés dans des fils de fer. Sur chaque écran, un gros plan est fait sur l’œil. L’association des deux yeux forme un regard. Celui qu’on porte sur soi par rapport à l’autre. La synchronie entre la vidéo et le fil métallique constitue, en effet, l’esthétique de cette sculpture. "C’est très beau !", s’écrie Koko Komegne, un vieux de la vieille dans la peinture.
Dans un autre compartiment de la galerie, une œuvre assez surprenante attend l’inquisiteur. Dans "transparence", Achillekà réussit simplement à faire parler le béton. Au milieu de la pièce, se dresse royalement un mur. Un rempart construit avec du ciment certes, mais aussi… des livres. Après chaque couche de ciment, le maçon superpose un livre. Une bibliothèque en béton, pourrait-on dire. Ou, plutôt, "Un gâchis de livres", comme s’exclamera un visiteur.
Voltaire n’apprécierait probablement pas le sort réservé à Candide dans cet amalgame. Mais c’est aussi cela "Barrières". Une approche libre et arrogante. Le portrait moral de son auteur. "Barrières naît, en effet, de mes frustrations, des difficultés que j’ai eu à surmonter", confie l’artiste.
Titulaire d’un diplôme d’études approfondies (Dea) en art plastique obtenu à l’Université de Yaoundé I, Achillekà, 36 ans, débute ses amours avec la peinture en 1994. Son art est quelque peu singulier. Il témoigne d’une recherche picturale. Des sculptures qui se prêtent, non pas à une interprétation figée, mais qui déblaie la voie à l’imagination. "J’ouvre des brèches pour laisser le soin à chacun de trouver un sens à la toile suivant sa sensibilité", prétend la créateur. Le vernissage de son exposition a eu lieu vendredi, 19 juin dernier à la galerie Mam de Douala, avec le concours de Mtn Foundation. Elle se poursuit jusqu’au 10 juillet 2009.
Monique Ngo Mayag
