L’unique femme candidate à ce jour ne revendique pas un traitement de faveur mais ne manque pas de stratégie pour faire bouger les lignes. –
De tous les leaders politiques et de la société civile impliqués dans l’organisation des manifestations devant commémorer « la semaine des martyrs », Kah Walla aura probablement été celle qu’on a le plus vu au front. Celle qui en a le plus souffert aussi, puisqu’elle s’est rapidement retrouvée internée dans un hôpital de Douala, après avoir été molestée (avec, semble-t-il, une rare brutalité) et après avoir bombardée à l’eau comme savent si bien le faire les forces de répression du renouveau. Mais à peine était-elle sortie d’hôpital qu’elle se battait déjà pour faire libérer six de ses militants avec qui elle avait organisé les manifestations. Chose qu’elle a obtenue au bout de 24 heures.
C’est son véritablement baptême du feu sur le terrain de la violence politique, elle qui, jusqu’à présent, avait montré qu’elle était une véritable boule d’énergie dans l’animation des réunions ou meetings, des échanges avec la population, les diplomatiques et autres leaders des medias et de la société civile. Et si elle a profité de ce week-end pour récupérer un peu, elle doit désormais se dire, comme Achille Mbembe, que le combat pour la démocratie et la quête du pouvoir n’est assurément pas un pique-nique.
Au moins cette sortie aura le mérite de clarifier son positionnement, plusieurs langues ayant, lors du meeting de lancement de sa candidature à la magistrature suprême, la main du pouvoir pour fragiliser davantage un Sdf déjà miné par de nombreuses contradictions et qui, en 20 ans d’existence, a perdu l’essentiel de sa superbe. Ce qui, en soi, était trop facile et, surtout, faisait injure à la personnalité et aux idées de Kah Walla qui, dans sa démonstration, ne ménage pas le système en place, comme on a encore pu s’en rendre compte la semaine dernière.
Mais Kah Walla n’est pas tombée du ciel. On l’a quand même vu venir, en quelques mois, entre des divergences de plus en plus étalées, notamment au sujet de la bonne stratégie à adopter pour l’élection présidentielle à venir, avec la présidence du Social democratif front (Sdf) dont elle était jusque-là le responsable stratégie. Principal point de divergence : les inscriptions sur les listes électorales. "La solution pour mettre la pression sur ce processus, ce système, n’est pas de se mettre à l’écart (…) C’est donc cela qui fait la différence entre la position du parti et la mienne. Personne n’a donc été surpris, un soir d’octobre, alors que le divorce semblait consommé avec John Fru Ndi, elle claquait la porte du parti.
Dans une interview publiée par votre quotidien, elle indiquait déjà, faisant allusion à sa position de candidate de sexe féminin, pour l’instant la seule : «Le Cameroun a besoin d’une vraie rupture avec le système opprimant que nous avons actuellement. Mais le sexe de la candidate ne garantit rien. Les Camerounaises et les Camerounais doivent choisir cette fois non pas sur la base des apparences et des belles paroles, mais sur les actes et le bilan du candidat ou de la candidate. Quels sont ses principes et valeurs ? Comment cela s’exprime-t-il au quotidien ? Quels sont les actes posés en tant qu’acteur politique, en tant qu’acteur de développement ? (…)» Avant de préciser plus loin : «2011 est notre prochain rendez-vous avec l’Histoire. Nous le savons. C’est le tour de notre génération ; il est l’heure pour nous. Porter ce combat, nous le devons. Nous le devons à nos ancêtres et nous le devons à nos enfants. Il est l’heure ! La seule question que chacun de nous doit se poser est « quel est mon rôle ?», «quelle est ma tâche ?»
Pour ses tâches actuelles, en plus de peaufiner sa stratégie pour la magistrature suprême, elle s’active, en sa qualité de Conseillère municipale à la commune de Douala 1er, dans la métropole économique camerounaise, à changer le quotidien des Camerounais de cette zone de compétence. Dans le même, en dirigeant de nombreuses associations parmi lesquelles "Cameroun o Bosso", une sorte d’école de conscience politique, elle a emmagasiné une expérience accumulée à la rencontre des plus grands leaders du monde (des Etats unis à l’Asie, et de l’Europe à l’Afrique du sud où elle n’est pas peu fière d’avoir côtoyé Nelson Mandela.
Se proclamant "la voix du peuple", c’est qui à la naissance a hérité du nom de Kassang Edith Walla dit vouloir "gouverner pour et avec les Camerounais". Une mission pour laquelle elle entend construire de nouvelles définitions du pouvoir, du leadership et de la gouvernance. Ça tombe bien pour elle comme pour les Camerounais : « C’est le moment ». Et il sera toujours temps de savoir si le clin d’œil de l’Histoire sourit aux grands hommes ou aux grandes dames. Puisque ce dossier spécial est publié exactement le jour où Kah Walla va fêter ses 46 ans.
A.B.B
Mutations
