Alors que ce mode d’apprentissage est de plus en plus prisé et recommandé, les institutions universitaires locales ont de la peine à l’intégrer dans leurs modules. –
En marge de la quatrième conférence des recteurs et présidents des universités africaines qui s’est tenue du 30 mai au 03 juin derniers à Stellenbosch (Afrique du Sud), ces derniers ont eu le loisir de discuter de l’importance et de l’incidence de l’enseignement à distance pour les pays africains. A cette occasion, Fred Simiyu Barasa, Directeur Exécutif du Conseil Africain pour l’Education à Distance, explique : «La Formation ouverte et à distance (Faod) est à la fois une philosophie et une méthode de prestation de l’éducation. Elle a évolué progressivement à partir d’une préoccupation secondaire vers un agenda inévitable de développement auquel les décideurs, les prestataires de l’éducation et les employeurs doivent faire face.
Le développement rapide des TIC, la mobilité transfrontalière croissante des populations, des programmes et institutions, la quête incessante de l’enseignement supérieur sont notamment des facteurs clés de motivation qui ont fait de son agenda une grande priorité».
De fait, les responsables d’institutions universitaires camerounaises et grandes écoles confondues tentent, malgré tout, d’inscrire cette formation à distance dans leurs programmes. Sans grand succès pour le moment. Selon Georges Elambo Nkeng, directeur de l’école nationale des travaux publics de Yaoundé (Enstp), présent aux travaux de Stellenbosch : «Nous réfléchissons à la stratégie à mettre sur pied pour introduire l’enseignement à distance complet à l’Ecole».
Partenariat
Pour matérialiser ce fait, affirme son collaborateur, René Nsegbe, l’école oeuvre à l’installation d’une «connexion à fibre optique sur le campus de l’école. Tout sera disponible d’ici la fin de cette année 2011. L’objectif ici, est de mettre la plupart des cours en ligne, notamment les travaux pratiques de sciences physiques. Nous avons commencé par les cours magistraux. Le reste suivra», dit-il, enthousiaste.
A l’université de Yaoundé II (Soa) qui prépare depuis quatre ans étudiants et enseignants sur la thématique de l’enseignement à distance, les responsables travaillent actuellement en partenariat avec l’agence universitaire de la Francophonie (Auf) sur la mise en ligne des contenus pédagogiques et le concept de télé-enseignement. Mais déjà, à l’Ecole supérieure des Sciences et techniques de l’Information et de la Communication (Esstic) qui dépend de cette université, le phénomène tend à sortir de sa phase expérimentale.
Selon les responsables de cette école, le projet a été expérimenté avec la licence en information documentaire. Une formation de deux semestres par an dispensée en ligne dont un examen en ligne qui compte pour 30% de la note finale et 70% comptant pour l’examen «présentiel». Pour ce faire, une salle qui compte environ 20 machines connectées à Internet est disponible. Mais est-ce suffisant pour parler de formation à distance ? «Non» reconnaît M. Elambo Nkeng de l’Enstp selon qui : «A l’Enstp, on n’est qu’au début de cette expérience. Toute la formation ne peut actuellement être faite en ligne. Nous montons un projet de formation continue pour employés diplômants. Ce qui leur permettra de rester sur le lieu de service et suivre leur formation. Seulement, toutes les données nécessaires n’ont pas encore été mises sur pied». Et Boubacar Diallo, président de l’université virtuelle africaine de rappeler: «l’enseignement à distance, ce n’est pas seulement un ordinateur et une connexion internet. Il faut également que les enseignants aient reçu une formation qui leur permet de dispenser des cours en ligne. C’est primordial pour le suivi des étudiants».
Evolution significative
A cet effet, Louis Martin Onguéné Essono vice doyen chargé de la scolarité à la faculté des Arts, Lettres et Sciences humaines (Falsh) de l’université de Yaoundé I rappelle que : «C’est à 1990 que la formation à distance a commencé à Yaoundé I grâce à une convention signée avec l’agence de coopération culturelle et technique (Acct) l’actuelle Agence universitaire francophone (Auf) à cette époque, fut créée l’école francophone d’été. Ici, Yaoundé I et l’Ens étaient chargées de former les cohortes d’enseignants en poste dans les lycées et collèges qui n’avaient que le baccalauréat. Ceci a duré jusqu’en 1998 où nous avons pu former à peu près 99 enseignants puisqu’on en formait à peu près 300 par an».
Entre temps, explique-t-il, la formation à distance a connu une évolution significative. Notamment lorsque le ministère de l’enseignement supérieur (Minesup) a permis l’ouverture d’une faculté d’agriculture à l’université de Dschang. Formation qui se faisait à distance. Concrètement, à l’université de Yaoundé I «la formation à l’Ecole normale supérieure est donc devenue une formation en ligne et à distance. Ceci, dans le cadre de la coopération avec l’Auf qui forme au titre de l’université à peu près 1500 à 2000 Camerounais qui prennent des formations surplace et dont les enseignements viennent de l’étranger», informe Louis Martin Onguené Essono. Pour y prendre part, il faut débourser 700. 000 Fcfa quand on s’inscrit dans le cadre du partenariat avec l’Auf au lieu de 2 millions et avec l’Inde elle coûte 50.000Fcfa. Les cours sont programmés en accord avec l’université hôte étrangère.
Dorine Ekwè
