Le centre en hibernation depuis quelques temps semble mettre la dernière main au chantier. –
«Qu’est devenu le centre d’art contemporain Africréa ? A-t-il fermé ? S’est-il écarté de son projet initial ?» Voilà quelques-unes des questions que se pose le grand public depuis quelques temps, ayant constaté que les rendez-vous des spectacles avaient disparu, des annonces autour des événements culturels que programmait souvent ce lieu des arts du quartier Ekoudou Bastos à Yaoundé non loin de la Socam (société civile du droit d’auteur de l’art musical) quasi-inexistants. Et pourtant, «nous sommes en train de parvenir au terme du défi nous nous sommes lancé il y a 12 ans, au terme du projet», peut rassurer Malet ma Njami Mal Njam, le directeur d’Africréa, qui se plie au rituel de l’hospitalité en faisant faire à son visiteur le tour du propriétaire dans ce labyrinthe pendant que les ouvriers continuent à se tuer à la tâche, sur les échafaudages, lissant le mur extérieur du gigantesque bâtiment.
L’intérieur contraste de l’extérieur, visiblement mal entretenu, du fait du contexte de l’heure : le bâtiment est en chantier. Les murs intérieurs qui avaient commencé à prendre un coup de vieux scintillent. Les meubles sont mieux disposés qu’avant. Les escaliers ont désormais leurs garde-fous. Des meubles originaux ont remplacé les gravas dans certaines salles.
Le décor est celui d’une Afrique qui s’expose : fauteuils en bois reliés avec du rotin, luminaires pour éclairer les lieux dans la nuit en bambou avec des abat-jour en feuilles de cacao. Même si dans cet espace, les matériaux les plus utilisés sont le fer, le bois, la terre, la pierre (pour les murs), le verre et, bien sûr, le béton. Les différents espaces sont presque prêts. Et les activités se poursuivent.
Dans la salle réservée aux expositions, trois jeunes filles sont en train de s’entraîner à la danse. Dans la salle des spectacles aux rideaux tirés, une dizaine de jeunes travaillent sur un projet de film. Au balcon, un peintre est au début de son exercice. Il prépare des toiles pendant qu’une jeune fille travaille sur un format A4. Mal Njam lui donne quelques conseils. «Il faut que ce soit dans la continuité», lui dit-il, avant de confier que ce peintre portraitiste est un professionnel en résidence interne prolongée. Ce dernier travaille sur un projet en relation avec la célébration du cinquantenaire. Sur sa table, une photographie d’Hamadou Ahidjo, le premier chef de l’Etat camerounais. Comme lui, «plusieurs autres artistes sont en résidence ici en ce moment», rassure Mal Njam.
Hibernation
Le directeur d’Africréa reconnaît certes que la rentrée des activités a lieu en octobre prochain. Mais, se refuse de parler d’hibernation. D’ailleurs, «Africréa ne s’est pas éloigné de son projet initial. Mais, c’est que nous ne sommes pas dans le Show Biz. Nous ne sommes pas un cabaret. Mais, un centre d’art, une fabrique d’arts, un fonds documentaire», tient-il à préciser, avant d’ajouter que, «des spectacles, nous en faisons. Mais, ce n’est pas ça qui fait la force de notre centre. Nous n’aurons pas la même aisance qu’avec les arts plastiques et la mode. Nous sommes sollicités dans tous les domaines. Mais, nous n’avons pas vocation à tout assumer», martèle Mal Njam, qui balaie du revers de la main l’idée selon laquelle Africréa ne vit plus, qu’il a viré à l’aspect commercial.
«On a toujours l’impression que tous les projets au Cameroun sont éphémères. Africréa est un centre où convergent plusieurs activités telles la formation, la promotion, le design, les spectacles», précise son directeur. Mais, le volet spectacle reste le ventre mou de la structure. «Cette partie pose plus problème car l’entrain accordé aux arts plastiques n’a pas été le même pour les spectacles», reconnaît le directeur du centre pour qui un travail en amont n’a pas été fait. Mais, Mal Njam estime que «ce volet n’est pas celui qui peut permettre un retour d’investissement. Même si c’est la partie visible de l’iceberg».
Pour la musique et dans le cinéma, aucune stabilité. Aucune compagnie théâtrale n’est permanemment là. Pendant que les expositions, collectives ou individuelles ont une rotation régulière avec 70% des Camerounais depuis une décennie, les conférences se déroulent «à l’humeur du temps au regard des ressources disponibles à l’époque et à la pression», reconnaît le directeur, qui pose le problème des ressources humaines, «que nous n’avons pas encore réussi à réunir», déplore Mal Njam pour qui l’université forme les jeunes de façon théorique. «Ils ne peuvent s’insérer dans aucun tissu économique. Et nous participons à la création d’emplois», pense le responsable d’Africréa.
Il parle des managers pour la promotion et la mise à la disposition des Camerounais de ce qu’ils font. Car, selon le responsable d’Africréa, ce travail exige technicité, savoir-faire, disponibilité, présence pour imposer la culture camerounaise à l’extérieur. Quelques préoccupation répertoriées dans sa feuille de route pour les cinq prochaines années afin de revivifier Africréa que le grand public a connu, la priorité, selon lui étant les finitions du chantier.
Justin Blaise Akono
