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Note de lecture : Pour que les communes s’autogèrent

by mboasawa
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Démocratie rime avec décentralisation; une recette destinée aux collectivités locales. –


Les Etats africains, depuis la première décennie des indépendances, ont échafaudé le socle de la gouvernance des Etats en rendant l’Etat central très fort, omniprésent, règlementant tout et régentant tout. C’est le pouvoir central qui désignait les députés sous le simulacre d’une élection. Il nommait les conseillers municipaux et plaçait les maires à la tête des municipalités. Lorsque les conseils régionaux étaient nécessaires, c’est encore le gouvernement qui nommait les gestionnaires.
La démocratisation des systèmes politiques et la transparence dans la gestion de la fortune publique sont devenues des données universelles incontournables. Il est aujourd’hui impératif de détacher les collectivités locales des administrations centrales et rendre leur gestion autonome et décentralisée. Cette obligation ne se fait pas en Afrique sans douleur ni technicité. Elle apparait d’abord comme un atome qui se détache de sa matière pour aller produire de nouvelles matières.

Après des décennies de vie commune faites de complicité et de domination, il faut que le pouvoir central lâche du lest pour que les collectivités se gèrent. L’ouvrage que Martin Finken vient de produire chez L’Harmattan, nous permet d’avoir dès l’introduction, un large éclairage sur la justification de la mise en oeuvre de la décentralisation territoriale en Afrique. C’est ainsi qu’il nous revient de découvrir que «des décennies de mise en oeuvre des politiques publiques en Afrique ont mis en exergue les limites de l’Etat en la matière et la nécessité de l’implication d’autres acteurs publics, en l’occurrence, les collectivités territoriales, ainsi que les acteurs non gouvernementaux», dit l’auteur. La décentralisation est donc, selon Finkem, une tentative pour l’Etat d’améliorer le management et la performance des affaires publiques. Elle permet un transfert de compétence et des ressources au profil des collectivités territoriales décentralisées, qui sont plus proches des populations locales et détiennent ainsi un avantage stratégique dans la conduite des politiques publiques par rapport à l’Etat central.

Martin Finken nous permet de comprendre que le thème de la décentralisation territoriale a suscité une abondante littérature qu’il segmente en deux types: les ouvrages didactiques et utilitaires dans la perspective d’un renforcement de capacités des acteurs sur l’existant de la décentralisation ; les ouvrages axés sur la réflexion et la problématique de la décentralisation, dans l’optique de l’évaluation et de l’amélioration de la situation actuelle.
Dans cette typologie, l’ouvrage de Martin Finken se positionne volontairement à la médiane sur cet axe , pour emprunter un caractère didactique d’une part, à travers de nombreuses explications et définitions, et un caractère scientifique d’autre part, à travers la réflexion qu’il suscite sur certains grands thèmes de la décentralisation, quant aux difficultés de mise en oeuvre de la décentralisation à proprement parler, et les axes de proposition (gouvernance locale, tutelle de l’administration centrale, coopération intercommunale, coopération de centralisée…)

Toutefois, l’extrême focalisation de l’ouvrage sur le «cas camerounais», ne semble pas favoriser aux lecteurs, l’appréhension de la gouvernance communale en Afrique dans sa globalité, tel que le titre de l’ouvrage semble vouloir l’orienter. Il est vrai, la longue expérience de l’auteur lorsqu’il était en poste au Feicom (Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale), lui procure des outils dont il s’est servi pour observer la décentralisation au niveau continental. Heureusement aussi, l’auteur explique ce choix par l’affiliation des systèmes communaux des pays africains qui sont articulés autour des mêmes identités remarquables à travers des influences historiques inévitables de la colonisation.
Dans cette perspective, le Cameroun, compte tenu de son histoire politique, semble être selon l’auteur, un cas suffisamment représentatif des pays de culture administrative française en Afrique de l’ouest et du centre.

Malgré cet argument, il aurait été souhaitable que les particularités d’un pays de culture anglo-saxonne soient abordées dans cet ouvrage, dont le nombre de pages est déjà assez élevé pour en justifier un espace. L’auteur a choisi de découper son livre en dix chapitres denses, qui auraient tout aussi constitué des parties, tellement les contenus sont riches. Il faut apprécier la profondeur des informations et des analyses dans leur contenu.
Cela ne peut en aucun cas, laisser indifférent le lecteur averti des questions municipales. Mbala Mbala Boniface, qui est un des meilleurs théoriciens en la matière au Cameroun, considère que «cet ouvrage est une excellente production réalisée par un auteur qui fait depuis longtemps honneur à notre pays dans le domaine de la décentralisation au niveau national et international». Le livre de Martin Finkem est un excellent outil de référence tant pour les décideurs que pour les gestionnaires des collectivités locales. Les élèves des écoles d’administration publique y trouveront aussi leur compte.
Les aspects esthétiques et techniques du livre sont aussi indéniables que son fond : la couverture pelliculée, la rend résistante à la manipulation et aux intempéries de toute nature.

Xavier Messè

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