La littérature politique, entendue comme l’ensemble des ouvrages dont l’objet est la réflexion sur la vie de la société telle qu’elle est assumée par les acteurs qui ont la charge d’animer les institutions républicaines, fleurit à la faveur de l’élection présidentielle dont le calendrier a été définitivement clarifié et précisé par un récent décret présidentiel. Cette littérature peut être répartie en trois catégories. A côté des ouvrages-programmes, des ouvrages-manifestes produits par les candidats à ce jour déclarés, on retrouve des ouvrages qui sont le fait de stratèges et autres états major des partis ou des acteurs de la société civile ; on doit aux techniciens des questions électorales, aux politiciens et aux universitaires spécialistes de la science politique la troisième catégorie d’ouvrages qu’on retrouve de plus en plus dans les rayons de certaines librairies en cette période de précampagne.
Si on peut se féliciter de ce que les acteurs politiques (membres de la société civile et leaders de partis) consignent, pour certains, sous la forme d’ouvrages, leurs projets de société et leur réflexion sur notre commun destin, on peut regretter que, dans de nombreux cas, ces ouvrages ne bénéficient pas d’une édition professionnelle. Ce manquement déteint sur la qualité de ces publications et en limite la portée ; lesdits ouvrages ne bénéficiant généralement pas d’une promotion et d’une diffusion professionnelles, leur impact sur la vie politique nationale en est davantage réduite. Ceux des auteurs qui confient leurs textes à des éditeurs professionnels se retrouvent quant à eux à les publier à l’extérieur du pays et, au final, à proposer au lecteur locaux des livres au prix moyen prohibitif et à la diffusion restreinte.
Du point de vue des contenus, la plupart des ouvrages des candidats et de certains membres de la société civile ressortissent du registre du réquisitoire, lorsqu’ils ne sont pas de simples compilations de v?ux et de promesses d’une vie meilleure sous la férule de tel ou tel autre leader. Pour se faire une idée du destin de ces publications, il faudrait interroger les candidats à la présidentielle qui s’étaient livrés à l’exercice de l’écriture en 2004. Hubert Kamgang, Hameni Bieuleu et les quelques autres n’ont assurément pas battu des records de vente en leur temps. La raison en est simple. Les cibles de telles publications sont soit les militants des partis dont les auteurs sont les leaders, soit les stratèges des autres partis, curieux de savoir ce que proposent leurs rivaux, soit les indécis du champ politique ; il n’y a pas là de quoi faire des best seller.
Les ouvrages produits par les techniciens et les spécialistes de la vie et de la science politique sont moins nombreux. Leur succès est parfois paradoxal en ce que les records de vente qu’ils peuvent atteindre ne sont pas nécessairement la reconnaissance de la valeur de leur contenu. Notre société politique n’étant pas différente des autres, les ouvrages qui sont des pavés jetés dans la marre en terme de révélations vraies ou fausses, de dénonciations, de règlements de comptes sous des formes diverses, etc. sont les plus consommés. Une autre catégorie d’ouvrages qui a du succès est constituée de livres qui bénéficient d’une publicité mise en ?uvre de façon consciente ou non par certains acteurs politiques locaux. La frilosité de certains d’entre eux finit par susciter la curiosité autour de certains livres, paradoxalement présentés comme ne présentant pas un intérêt particulier.
Mais la portée de tous les écrits politiques reste très marginale. Le livre est donc encore très loin d’avoir un impact réel et déterminant sur la vie politique nationale. Si la presse qui est la littérature de la prise de conscience quotidienne et dont la diffusion est plus large peut à peine faire bouger les lignes malgré les situations parfois graves et avérées dont elle rend compte, on doit logiquement en demander moins au livre.
Par Marcelin VOUNDA ETOA**
* Article paru dans notre édition n° 2981
**Directeur des éditions CLE/
Critique littéraire
