Débouché de l’oléoduc Tchad-Cameroun et futur pôle portuaire, la cité balnéaire de Kribi s’industrialise à vue d’oeil. Y perdra-t-elle son âme ?
Kribi a tant d’histoires à raconter qu’un seul Mayi – le festival de la ville – n’y suffirait pas. Chaque année, début mai, cette ville intimement liée à l’océan Atlantique chante et danse sur ses plages de sable blond pour évoquer son passé tourmenté. Son épisode le plus douloureux remonte à la Première Guerre mondiale, lorsque, en 1914, les populations batangas sont prises entre deux feux dans la bataille qui oppose les forces coloniales allemandes à un corps expéditionnaire franco-britannique. Pour réduire les pertes civiles, les Batangas sont évacués manu militari et installés à Moliko (Sud-Ouest), sur les flancs du mont Cameroun. Le Mayi (de l’anglais May) commémore le retour, le 9 mai 1916, de ces déplacés sur leur terre natale après la fin des hostilités. Cette histoire montre qu’à Kribi la modernité n’efface pas le passé. La ville essaie de préserver son identité dans le vertige de l’industrialisation à marche forcée.
