La grande messe des genres musicaux bantu s’ouvre demain à Yaoundé. La programmation annonce sur scène les plus grosses pointures du bikutsi de l’heure. –
Yaoundé, la ville aux sept collines accueille du 1er au 4 novembre prochain, la VIIIème édition du festival des musiques bantu, baptisé “ Festi Bikutsi ”. A la fois saccadé, langoureux, mythologique et rituel, le bikutsi qui se présente sous diverses facettes et milles visages, est fortement pratiqué dans plus de cinq pays de la sous région d’Afrique centrale. Parrainé par le vétéran et vieux briscard, Ange Ebogo Eméran, le festival verra la participation de nombreux artistes chansonniers et grands paroliers dans ce genre musical. Ronz, Aijo, Tonton Ebogo, Zélé, Atango de Manajama, Amat Pierrot, Tatou Bass, Bisso Solo, Racine Sagath… Ils seront tous là pour occuper les feux de la rampe pendant quatre jours.
Créé en 1995, le “ Festi Bikutsi ” est aujourd’hui rendu à la croisée des chemins. Il doit valoriser son expérience d’une décennie et se tourner résolument vers l’avenir, avec la collaboration de toutes les bonnes volontés. Il s’agit pour l’organisation de s’ouvrir à toutes les régions du monde en vue de permettre au festival d’enrichir les patrimoines des musiques traditionnelles et urbaines. Le faire consiste à s’appuyer selon les spécialistes de ce rythme, sur les trois piliers que sont : le rythme, la danse et le rituel.
Haro sur les déviances
Depuis quelques années, le bikutsi a perdu de sa prestance et de son charme. C’est ainsi que le bikutsi n’était plus : une musique de complainte dont se servait la femme pour répondre à son mari ; une musique de conseils qui allaient dans le sens du mariage ; une musique de dénonciation pour contester et protester contre les dérives et les exactions d’un chef de communauté ; une musique thérapeutique dans le but de guérir ceux qui sont angoissés, attristés par une crise ou un malheur. Beaucoup d’aventuriers et des marchands, ont envahi le temple. Aussi, le pas de danse a cessé d’obéir aux règles d’antan et aux sons de chaque instrument traditionnel sur lequel on pouvait coller une danse particulière. De nombreux “ artistes du dimanche ” se sont laissés aller à la facilité dans des chansons obscènes où certaines déviances libidineuses se disputaient la scène avec une pornographie grossière et mal goupillée.
On espère que le festival de bikutsi, qui répond à plusieurs objectifs culturels et artistiques qui engagent toute l’activité de l’art musical camerounais au contact des influences étrangères, est un appel à l’orthodoxie. René Ayina et ceux qui s’investissent dans la promotion des rythmes africains en voie d’urbanisation en général et ceux de la zone équatoriale en particulier, ont du pain sur la planche.
