Le voyage du chef de l’Etat à Pékin intervient après un ballet d’émissaires occidentaux à Yaoundé.
Confirmée par des sources proches de l’ambassade de Chine au Cameroun, la nouvelle n’est plus qu’un secret de polichinelle dans les salons et cercles sélects de la capitale. Le président de la République, Paul Biya, devrait effectuer autour du 20 juillet prochain, une visite officielle en Chine.
Au cours de son séjour à Pékin, Paul Biya aura un tête-à-tête avec Hu Jintao, le président de la République populaire de Chine. L’entretien est annoncé à dominante économique, la Chine n’étant pas réputé sourcilleuse sur les questions de démocratie et de droits de l’homme en Afrique. A priori donc, la situation politique au Cameroun ne sera pas au menu des échanges, même si on ne peut pas totalement exclure l’évocation des sujets y relatifs.
Cela dit, des informations circulent dans des milieux généralement bien informés dans la capitale pour présenter cette visite de Paul Biya en Chine comme «une réponse au chantage auquel les Occidentaux le soumettent depuis peu». Le chef de l’Etat, qui ne s’est pas beaucoup déplacer en Europe ces derniers temps contrairement à ses habitudes, a effet reçu tour à tour, en l’espace de 5 jours au palais de l’Unité, des émissaires de Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron. Les trois chefs d’Etat occidentaux les plus représentatifs d’une certaine Communauté internationale. Laquelle affiche son rejet quasi-pavlovien des régimes qui brillent par leur longévité au pouvoir.
Processus électoral
En dehors des questions d’ordre économique, les envoyés spéciaux de la «Communauté internationale» ont évoqué avec Paul Biya la situation politique au Cameroun. Johnnie Carson, le sous-secrétaire d’Etat américain chargé des Affaires africaines a par exemple invité Paul Biya à veiller à ce que les autorités permettent aux citoyens de participer aux débats publics sur tous les sujets d’intérêt aux électeurs. Il a dit que de tels débats sont de pré requis nécessaires à des élections libres, et que toute intimidation sur des candidats et des leaders de la société civile par des autorités gouvernementales dans la perspective des élections sera perçue par la Communauté internationale comme ayant un impact négatif sur la crédibilité du processus électoral. D’après le politologue Alain Fogue Tedom «dans le contexte actuel, la Chine ne peut pas constituer un rempart pour le régime de Yaoundé étant donné que celui-ci tire ses principales forces de l’appui des puissances occidentales telles que la France et les Etats-Unis. Ce ne serait donc pas une bonne stratégie d’utiliser la Chine comme allié de revers des Occidentaux, car le problème de fond, c’est de satisfaire l’aspiration légitime du peuple camerounais à plus de démocratie».
Du point de vue strictement économique, la visite annoncée de Paul Biya en Chine intervient dans un contexte de «printemps chinois» au Cameroun, au moment où la France, en dépit de la signature du C2d de deuxième génération, a quelque perdu de sa superbe au plan des échanges avec Yaoundé. Les investisseurs de l’ «Empire du milieu» vont en effet financer, en tout ou partie, des projets structurants au Cameroun.
Notamment la construction des barrages de Lom Pangar, Menve’ele, du barrage de Mekin et du Port en eau profonde de Kribi. La Chine est également engagée sur d’autres chantiers dans des domaines aussi variés que les infrastructures, la santé, l’amélioration de la fourniture et de l’accès à l’eau potable, l’agriculture, les télécommunications ou l’énergie.
Depuis 1982, année de son accession à la magistrature suprême, Paul Biya a effectué quatre voyages en Chine, notamment en mars 1987, octobre 1993, septembre 2003 et novembre 2006. Le ballet des officiels chinois en terre camerounaise, quant à lui, ne s’est pas arrêté depuis la venue de Hu Jintao, président de la République populaire de Chine au Cameroun entre le 30 janvier et le 1er février 2007.
G.A.B
