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Peinture : Le pinceau tourne en rond

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Les galeristes évoquent la sécheresse créative pour justifier la réduction du nombre d’expositions. –

Dans la ville de Douala, capitale économique à la diversité culturelle assise, on décompte à peine une vingtaine d’expositions présentées par les plasticiens camerounais en ce début de juin. Un chiffre qui n’a cessé de décroître depuis 2005, où à la même date le cap de 40 vernissages était largement dépassé. Surtout que c’est à cette période qu’il y’a eu l’ouverture de plusieurs galeries comme celle de Keuko, le Carré des artistes, le Bonapriso Centers of arts et, la confirmation du talent des artistes comme Hervé Youmbi, Blaise Mbang, Hervé Yamguem, Salifou Lindou, Alioum Moussa, Joe Kessy, Mboko Lagriffe, Louis Epée, Kanté, etc. Le foisonnement d’évènements comme The last pictures show, Barbecuexpo, Le Ngondo show ont contribué à entretenir le besoin chez les artistes de toujours faire mieux, en mûrissant leur démarche artistique ou en questionnant de nouveaux horizons. Force est de constater que six mois après le lancement de l’année culturelle 2009 beaucoup de galeries n’ont pas encore accueilli une exposition. Comment Douala qui est un vivier d’artistes et qui regorge 60% des plasticiens camerounais est arrivée à un tel essoufflement du bouillonnement créatif et de leurs relais de visibilité ?

C’est une question centrale qui d’après Lionel Manga, critique d’art, "nous amène à nous interroger sur l’état de ce que Nathalie Heinich appelle le triple jeu. Pour qu’une action s’enclenche, il faut que les artistes produisent, les galeries exposent avec les commissaires et le public où on retrouve les journalistes. Le principe de l’absence de l’un de ces maillons entraîne la claudication que nous observons en ce moment, qui malheureusement ne permet pas que le triple jeu se poursuive". Les deux leviers importants ici sont les galeries d’art et les plasticiens semblent être à bout de souffle. Si certaines galeries, lieux d’art et d’exposition semblent évoquer "la crise financière et l’absence de budget", comme c’est le cas pour le Centre culturel français Blaise Cendrars de Douala, pour justifier l’amaigrissement du nombre d’expositions, d’autres évoquent "l’assèchement de la créativité et la prolifération des copieurs en mauvais de ce qui existe déjà", livre le responsable du Carré des artistes. Cette stagnation dans la fécondité d’idées et de propositions artistiques a fini par décourager la galerie Mam, l’une des plus grande galerie de Cameroun. Elle s’est recentrée sur elle-même en accompagnant quelques projets artistiques de recherche avec la Fondation Mtn. Toute comme l’espace Doual’art qui continue à montrer à un rythme moins régulier qu’auparavant le travail des plasticiens, a adopté une démarche plus "art public" comme une institution avec son concept du Salon urbain de Douala (Sud).

Tricherie mortelle
La galerie d’art est un lieu d’exposition dans lequel se trouvent réunis des collections de meubles, de tableaux, de sculptures ou de photographies. Les œuvres qui y sont présentées peuvent être mise en vente ou simplement exposées pour le plus grand plaisir du visiteur. La galerie d’art permet de rendre l’art accessible à tous ceux qui peuvent se rendre dans ce lieu. Sauf que pour beaucoup de lieux d’exposition qui ouvrent à Douala, "sont abusivement appelés galerie d’art. Il y manque du curateur et de commissaires. Ce sont des bazars qui manquent de véritable parti pris esthétique comme pour Mam et Doual’art ou par exemple l’expression artistique contemporaine est désirée avec une orientation pour le questionnement urbain" Ici, un accent particulier est mis sur l’art décoratif qui rapporte beaucoup plus d’argent et non celui de la recherche qui permet aux plasticiens de développer sa démarche artistique et de la faire évoluer vers une reconnaissance internationale.

C’est ce manque de "respect pour leur travail" qui a conduit certains artistes à se détourner des galerie et créer leur espace de travail et de visibilité dans leurs domicile. Pour Joël Keuko, plasticien "l’artiste, bien souvent, n’est pas considéré par le curateur d’exposition comme il conviendrait. Il est traité sans égard, instrumentalisé, mis au service d’une "vision" de l’art qui est moins la sienne que celle, sérieuse, fantasque ou tactique, des metteurs en scène de son œuvre. Parfois, il passe des commandes pour des expositions, en demandant de retoucher avec tel ton pour que cela aille avec les rideaux d’un tel".

Un avis qui n’est pas partagé par Didier Schaub de Doual’art" Nous montrons dans notre espace des travaux qui nous ont convaincu, qui ont une bonne qualité d’exécution, qui est créatif avec quelque chose de nouveau collés à nos thématiques urbaines. Les artistes qui déclinent ce qui a été présenté pendant deux décennies ne nous intéressent pas". Les plasticiens qui ont une renommée qui dépasse nos frontières se retrouvent aujourd’hui à "gérer leur carrière à l’international" et se constitue un réseau de collectionneurs qui achètent régulièrement à domicile. Quand ils ne se déplacent pas pour des résidences hors du Cameroun. Les plus jeunes n’ont plus que les halls d’hôtels, les chefferies ou la Délégation régionale de la Culture pour exister.

Pour certains acteurs de la scène plastique camerounaise, nous assistons à une fin de cycle. Les plasticiens qui ont émerveillé, étonné et conquis hier, sont revenus à des préoccupations situées sur les deux premiers paliers de la pyramide des besoins de Maslow (Physiologique et sécurité). Ils repositionnent dans la littérature, infographie, ingénierie culturelle, vidéo, etc. Il y’a eu Koko Komegne, Viking et puis sont arrivés Hervé Youmbi, Blaise Mbang, Hervé Yamguem, Alioum Moussa, Joe Kessy, Mboko Lagriffe, Salifou Lindou, Louis Epée, Kanté, etc. Cependant, tout ne s’arrête pas avec la reconversion ou la réorientation artistique de certains plasticiens. En ce moment, l’espace Doual’art accueille une exposition d’œuvres d’arts des plasticiens Man Faust, Landry Mbassi et Boris Nzebo baptisée "Regards urbains".

Leur peinture est nouvelle, fraîche avec une force d’expression singulière. "Cette exposition est un bain de jouvence pour moi car ce sont des jeunes artistes qui ont une excellente écriture artistique et dont il faut encourager" Marilyn Douala Bell. C’est la même impression qui s’est dégagé lors de la dernière édition du Barbecuexpo avec les tableaux de T. Williams, Rostand Pokam et Rodrigue Fotso. Depuis le mois de février 2009, les galeries Carlad et Mujart ont été inaugurées à Bonanjo, venant s’ajouter à la dizaine déjà présentes. Ceci est révélateur d’un frémissement qui traduit une demande qui pourra rencontrer d’autres formes d’expressions artistiques dans un sas de vacuité dans lequel va s’introduire ces jeunes pour féconder un nouveau cycle de vie pour les plasticiens camerounais.

Marion Obam

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