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Sexe et création littéraire*

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La littérature camerounaise vient de s’enrichir de deux œuvres de fiction qui ne vont sûrement pas passer inaperçues. Il s’agit de L’évangile du coït de Fernando d’Almeida et d’Une nuit dans les sissongo d’Elise Mballa Meka. –

  Si le titre du recueil de poèmes de d’Alméida en dit long sur son contenu et le ton de la provocation qui le caractérise, le roman d’Elise Mballa Meka n’en est pas moins articulé autour du sexe. La romancière recourt à l’esthétique du merveilleux dans une écriture qui n’est pas sans faire penser au Garcia Marquez de Cent ans de solitude. Une nuit dans les sissongo est l’histoire «d’un bitolero qui débitait plus bite (sic) que son ombre» en pleine ère où «la bitocratie se dresse géante à la face du peuple, dans les campus, dans les bureaux, dans les bistrots. L’on ne vécut plus que pour elle, comme en son temps, on avait vécu pour la nation, pour le football, pour le diplôme, pour la feymania. Elle devint objet de promotion, sujet d’adoration, thème de dissertation, cause de séparation, sport de compétition.

Elle entra dans les trous de tous âges, dans les foyers de jeunes filles, les internats de jeunes filles, les asiles de vieilles filles, les trous de cul des pas filles, les trous bonbons et les trous acides. Enfin la bitocratie trouva son terrain de prédilection dans les sissongo» Le ton du roman est ainsi donné ; celui-ci n’est ni moins torride, ni moins audacieux que le recueil de poèmes de Fernando d’Almeida.
Ces œuvres remettent donc au goût du jour un débat presqu’aussi vieux que l’invention de l’écriture: la place du sexe dans la création littéraire.
Notre littérature a sa petite histoire de débats houleux et de prises de positions radicales la question, adossés ou non sur la morale et l’éthique. Pour se limiter à un passé récent, les œuvres autour desquelles ce débat sur sexe et littérature s’est cristallisé sont le roman Femme noire femme nue de Calixthe Beyala, Soif azur (poésie) et Bouillons de vie (roman) d’Angeline Solange Bonono, Les Chaînes du droit de cuissage (roman) de Virginie Stella Engama et Boulevard de la liberté, un recueil de poèmes collectif dont l’un des principaux inspirateurs et auteurs fut l’indécrottable Fernando d’Alméida.

En son temps, le roman érotico-pornographique de Beyala suscita un vif débat qui divisa l’opinion au Cameroun. La démarche de la romancière camerounaise fut même «désapprouvée» par presque toutes ses consœurs du terroir dont Patrimoine (n°39 de juillet 2003) recueillit les avis. Même les plus audacieuses de nos romancières : Marie Claire Dati, Virginie Stella Engama et Angeline Solange Bonono furent d’avis que le sexe pour le sexe nuit à la création et qu’il ne faudrait parler de sexe qu’en tant que valeur essentielle de la vie.
Depuis le houleux débat suscité par son recueil de poèmes Mesure de l’Amour et surtout le tollé déclenché par la publication par les éphémères éditions du CCF de Douala de Boulevard de la liberté, Fernando d’Almeida s’est fait un devoir de défendre la poétique et l’esthétique du nu, du sexe et de l’érotisme. D’Alméida accuse notre société d’être hypocrite et de fermer les yeux sur des réalités du sexe, de la sexualité qui font partie de notre quotidien. Le dessein qu’il assigne à son iconoclaste manifeste intitulé «De la poérotique comme quête du merveilleux» c’est de ruiner les masques, de briser les tabous pour questionner de fond en comble le corps et ses signifiants. De son point de vue le nu est «l’antichambre du corps sexué» ; celui-ci nécessite que ses «présupposés idéologiques soient connus, analysés» pour atteindre le cœur archétypal du monde dont d’Almeida prétend que le sexe féminin est l’épicentre symbolique.

Au demeurant, qu’on y recoure ou non, on conviendra que la sexualité n’est pas toujours créative. Comme le constatait Nocky Djedanoum à l’occasion du Fest’Africa 2002 consacré à la sexualité dans la littérature, «la sexualité pourrait aussi tourner en rond, être crânement improductive. La sexualité créatrive, c’est plus complexe que cela, et ça vaut vraiment la chandelle. Une étincelle, un feu, deux lumières, une mosaïque de bougies en branle, pour chanter la vie ou la mort…Eh oui, hélas, la sexualité, c’est aussi quitter la vie. Mourir de sexe sexuellement transmis, mourir de désir, mourir d’amour». Une nuit dans les sissongo est précisément une histoire tragique de sexe et d’amour. Le mérite d’Elise Mballa Meka est de faire du sexe un prétexte, le tremplin d’une histoire merveilleuse, haletante, à travers laquelle le lecteur traverse le Cameroun dans une randonnée faite de pittoresque, côtoie certaines de ses figures éminentes, redécouvre non sans étonnement les mœurs et les mentalités des populations composites de ce pays-mosaïque.

Par Marcelin Vounda Etoa*

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