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Abui Mama : Y a t- il des salles de rédaction là-bas ?

by mboasawa
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Hommage au directeur de la rédaction de Cameroon-Tribune, décédé à l’âge de 56 ans.

C’est le genre d’exercice qu’Abui Mama aurait confié à un jeune confrère avec son petit sourire en coin, en lui disant : « c’est aussi ça le journalisme »… Rendre hommage à un (grand) confrère défunt. C’est l’auteur déjà auréolé du succès de la rubrique « Autant le dire » qui me reçoit à Cameroon-Tribune, un jour de 1989, en sa qualité de directeur des rédactions. J’engage le vouvoiement. Abui Mama me stoppe net : «Entre confrères on ne se vouvoie pas ». Nous en resterons à tu et à toi.
Lui, le directeur des rédactions, moi le jeune secrétaire de rédaction, partions souvent les derniers de la rédaction de Cameroon-Tribune. 

J’appréciais alors la franche camaraderie de l’homme et pourquoi ne pas le souligner, sa grande sobriété. Un jour que je commandais une deuxième bière dans le café où il m’avait fait l’honneur de m’emmener, afin qu’on souffle après une dure journée de Cameroon-Tribune, il s’étonna : «Comment quelqu’un peut-il boire plus d’une bière ? » Cela ne l’empêchait pourtant pas de mettre de l’ambiance dans sa rédaction, qu’il dirigeait d’un ton badin, mais avec une fermeté sans faille. N’avait-il pas institué « le godet du mois», ce petit verre sympathique que les journalistes se partageaient chaque fin de mois ? (Les mauvais garçons de la rédaction transformèrent cette initiative en « la nuit des longs godets »). En ces années-là, celui que tout le monde appelait tranquillement «Abui » a essayé de maintenir un climat de travail enjoué, où le journalisme a pu s’exprimer, malgré l’âpreté du contexte politique et la lourdeur de l’environnement managérial.
Il y a quelque temps, je lui ai demandé pourquoi il avait quitté une confortable «planque» au ministère de l’Economie et des Finances, pour retourner dans une salle de rédaction, dans ce bureau dont on l’avait éjecté 13 années auparavant, c’est peu dire, sans élégance. Il ma répondu : «Je suis d’abord journaliste. Et ça peut manquer, une salle de rédaction…»
Je revois cette salle de rédaction où, Abui Mama, directeur de la rédaction, quittait son bureau douillet pour venir dans la salle de rédaction, à une heure quelconque de la journée, écouter les histoires salées que racontait Eyoum Ndoumbè de sa voix rocailleuse, que pimentait André Vincent Ekani de petites relances bien senties et que Go’Away reprenait souvent dans une caricature. David Ndachi Tagne, de retour d’une énième pérégrination, se moquait de tout ce beau monde…Y a t-il des salles de rédaction là- bas ?

Témoignages

Badjang Ba Nken, rédacteur en chef : « Il avait une grande idée de la profession »

Brutalement, ce matin, on a appris le décès de Abui Mama. Cela a été un choc. Je garde de lui le souvenir d’un professionnel exemplaire. Il avait une grande idée de la profession. Il estimait qu’on devait reconnaître aux journalistes aussi le droit à l’erreur. C’est l’un des combats qu’il a mené. Abui Mama était un patron qui essayait toujours de protéger ses collaborateurs. C’est une grosse perte pour nous, il laisse un vide qu’il va être difficile de combler, compte tenu de son ancienneté et de son talent. On avait beaucoup de projets, notamment le relookage du journal.

 

Augustin Fogang, rédacteur en chef technique : « C’était un excellent journaliste »

Abui Mama et moi, on s’est connu à l’Ecole de journalisme (Esijy, ndlr). Il était de la 6ème promotion et moi de la 5ème. Puis je l’ai retrouvé ici à Cameroon Tribune en 1981 Pendant les années où il a exercé au ministère de l’Economie et des Finances, qui est devenu ministère des Finances, on a eu à travailler ensemble, notamment dans la mise en place du magazine Finances Infos. Je peux me prévaloir de l’avoir eu comme ami. On a toujours travaillé dans un bel esprit d’équipe, en très bonne entente. C’était une personne simple, réservée mais plutôt ouverte. C’était surtout un travailleur acharné et un excellent journaliste. A la tête de l’équipe de rédaction de Cameroon Tribune, il a su tenir haut le flambeau.

 

Patrice Etoundi Mballa, ancien collègue et ami : « C’est une espèce de sosie à moi qui a disparu »

Quand on nous a chassés de Cameroon Tribune en 1992, on était ensemble. Ensemble nous avons animé « Autant le dire ». J’étais rédacteur en chef et lui directeur de la Rédaction. Il m’appelait toujours grand-frère. Parfois, pour l’embêter, je l’appelais Jean-Marie. Il n’aimait pas son prénom, je ne sais pas pourquoi. Il s’amusait parfois à dire qu’il n’a pas d’anniversaire, parce que sur son acte de naissance, quelqu’un s’était amusé à écrire né le 32 janvier. Abui Mama savait rire aux éclats mais ce n’était pas un homme expansif. Il était plutôt discret. C’est une espèce de sosie à moi qui a disparu.

 

Yves Atanga, chef du service Société : « Sa plume et ses conseils vont nous manquer »

Lorsque Abui Mama est revenu après son évacuation en France, il était physiquement diminué mais il avait gardé sa bonne humeur. C’était même lui qui vous consolait ! Il fait partie des gens auxquels je voulais ressembler, un modèle en quelque sorte. Je voulais essayer d’écrire comme lui. En travaillant à ses côtés, je me suis rendu compte qu’il avait gardé un esprit jeune. Il était un conciliateur et essayait de résoudre les problèmes qui se posaient. Sa plume et son encadrement vont nous manquer, de même que ses conseils.

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