Depuis le 4 février dernier, le jeune portraitiste Hervé Momo présente des gloires du football camerounais. –
Il avait déjà fait parler de lui. Quelques mois avant le vernissage de l’exposition «Lions for ever» particulièrement courue au Centre culturel français de Yaoundé, Hervé Momo avait en effet accroché l’œil des critiques avec l’esquisse de portraits de quelques noms du football camerounais. Et à la faveur de l’exposition qui court jusqu’au 28 février prochain, il a fini par asseoir sa réputation, tant le rendu de ses portraits est saisissant et a séduit un public qui, depuis le vernissage, s’extasie devant les toiles aux couleurs vives et soigneusement encadrées dans le hall du centre culturel François Villon de Yaoundé. La preuve, le livre d’or de plus de 200 pages ouvert à l’occasion de cette exposition explose sous les compliments et quelques critiques légères et menace de se remplir bien avant la fin de l’exposition.
Ici, on admire la finesse des traits mais aussi l’utilisation des couleurs plus ou moins austères qui permet au peintre de se créer sa marque. Et lui-même de confesser «en utilisant différents genre visuels pour ces portraits, ça me permet de me créer une identité. Je suis portraitiste mais il faut bien que j’emmène les gens à faire la différence entre un portrait de photographie et un portrait de peinture. A la fin, le portrait est très ressemblant et c’est ça le plus important à mon sens. Ça me permet également d’évaluer la sensibilité des camerounais par rapport à l’utilisation de certaines couleurs».
De fait, sous son pinceau, chaque tableau devient un hommage à la vie, au caractère unique d’un personnage rendu immortel par la magie du dessin et de la couleur. Les portraits, multicolores, sont couplés à des contrastes très lumineux. Ainsi, alors qu’un joueur est nimbé de couleurs ocres, un autre peut-être noyé dans des couleurs sombres comme c’est le cas pour Emmanuel Kundé. Ce qui, précise l’artiste n’est aucunement une prise de position «c’est juste l’expression de ma sensibilité un matin», explique-t-il.
Admirateurs
De face ou de trois quarts, les modèles se font graves, durs ou joyeux, mais toujours sérieux. Ce qui donne une certaine harmonie à l’ensemble de l’exposition. Le plasticien se félicite d’être allé au-delà du portrait et, le temps d’une exposition, d’être devenu impressionniste pour ressortir la personnalité et les émotions de chacun des footballeurs. Hervé Momo semble en effet jauger et sonder ses modèles autant qu’il les expose, transformant du même coup le spectateur en voyeur à la fois si loin et si proche de ces Lions Indomptables. On comprend donc la folle envie qui prend ces admirateurs qui souhaitent acquérir les toiles qui s’étendent chacune sur 150×120 cm.
Parmi ces admirateurs, Georges Mbida, 50 ans est féru de football. Il est parti de Mfou où il réside pour admirer les toiles et se faire une idée de la qualité du travail. Face aux toiles, il se remémore ces moments forts que lui ont fait vivre les 23 joueurs sélectionnés par l’artiste. «ce sont des personnes qui ont vraiment eu à un moment donné de leur vie, une certaine influence sur la vie de notre pays. Quand je vois Mve Elemva, je me remémore ses prouesses en compagnie des autres joueurs», dit-il tout en parcourant les couloirs de l’exposition. Samuel Mbappè Leppé, Thomas Nkono, Marc-Vivien Foé, Samuel Eto’o, Albert Roger Milla, François Omam Biyick, etc. sont, entre autres, ceux des lions qui se sont faits croquer par l’artiste. Malgré son enthousiasme, il regrette que l’artiste n’ait pas pris le soin de mettre un nom sous chacun des portraits.
Sourire de Hervé Momo, heureux de son effet : «comme je l’ai dit lors du vernissage de l’exposition, elle tient d’un devoir de mémoire collective. Je préfère que les gens se posent des questions plutôt que de donner l’impression qu’ils reconnaissent tous les visages qui sont présentés ici. Je veux que devant chaque toile, le visiteur s’interroge et trouve lui-même des réponses. Si non, il devra reconnaître qu’il y a une partie de l’histoire des Lions indomptables qu’il ne connaît pas. Ce n’est pas une accusation mais c’ets ce qui permettra de leur rendre hommage comme il se doit». Et qu’en est-il de la possibilité d’acquérir une des 23 toiles? Impossible, affirme peintre «cette exposition n’aura aucun sens dès qu’on lui aura enlevé un élément. Je préfère faire des copies plutôt que de les vendre à l’unité». Hervé Momo est portraitiste depuis 1998. Il est par ailleurs étudiant en master en arts plastiques à l’université de Yaoundé I. Par cette exposition, il a entrepris de revaloriser le portrait, ce «classique» des arts plastiques. Soutenue par la Fondation Samuel Eto’o, Lions forever est sa première exposition individuelle.
Dorine Ekwè
