Les artisans du vêtement s’imposent peu à peu dans les goûts vestimentaires des camerounais. –
Nakuin peut à présent s’accorder un repos mérité, après une longue période de travail et de stress. La jeune styliste n’abandonne pas pour autant le pinceau, l’aiguille et ses planches à dessin. Mais la 6ème édition du festival international de mode, Afric Collection, vient de s’achever, avec son lot de pressions. Dans le cadre de cet évènement, Nakuin est fière que ses efforts pour confectionner une collection compétitive, aient porté des fruits. En effet, le 04 février dernier, la jeune dame de 28 ans raflait le second prix du concours des jeunes créateurs de mode. Des nuits passées à dessiner et à réaliser des tenues traditionnelles, de ville, de soirée et de mariée, ont été fructueuses.
La créatrice aurait souhaité être en première ligne, tant ses modèles sobres, chics, avec une touche de fantaisie, témoignaient d’originalité. C’est pourtant la Malienne Aby Diallo qui a raflée la mise. Mais Nakuin fait contre mauvaise fortune, bon cœur : «Ce prix rallonge quelque peu mon curriculum vitae, ce qui n’est pas rien», lance-t-elle fièrement. En attendant d’autres challenges, la jeune épouse de M. Mabiama continue de peaufiner son style, la griffe Nakuin. D’autant plus que la concurrence est rude, tant la mode au Cameroun connaît de nouveaux visages, qui ont le talent plein les tripes. La friperie, le prêt-à-porter et la «chinoiserie», entrent par ailleurs dans cette danse concurrentielle.
Pour tirer son épingle du jeu dans cette guéguerre commerciale, il faut e neffet faire preuve d’originalité et de professionnalisme. Des qualités que développe Jules Wokam. Depuis 4 ans, le trentenaire a imposé la marque Toomaï sur le marché de la capitale économique du Cameroun. Outre des tenues cousues sur mesure, la marque Toomaï propose un prêt-à-porter ou des modèles en série pour diverses tailles, repérables dans les magasins Tsékénis et Evéca à Douala. Du côté de la capitale politique, Martial Tapolo fait également parler de lui.
Son show-room sis en face du lycée de Tsinga, dévoile des tenues originales. «Tapolo a un style innovant, pas avec un air de déjà-vu. Sa couture est exportable. En effet, il évite de se cataloguer dans le style «couturier africain» qui veut qu’on se serve de cauris et autres accessoires africains. Il essaie de diversifier», confie Alain Pascal Ekollo, consommateur et observateur averti de la mode. «Il excelle par ailleurs dans les finitions», témoigne une autre. Charlotte Mbatsogo, jeune styliste basée à Yaoundé, a également le vent en poupe. Elle a par ailleurs reçu le troisième prix du concours des jeunes créateurs, «L’Afrique est à la mode», qui s’est tenue à Niamey au Niger en octobre 2009. La styliste de 24 ans présentait alors sa collection baptisée «Renaissance». Un mélange d’impertinence et de créativité. Charlotte a une fois de plus dévoilé son style lors de la dernière édition d’Afric Collection. Malgré son jeune âge, elle figurait sur la liste des grands créateurs de mode devant se produire lors du défilé final qui clôturait Afric Collection 2010. Aux côtés d’Imane Ayissi, Pathé’O Gilles Touré, John, Chrystalix et autres grands noms de la mode en Afrique. Afric Collection aura ainsi permis de découvrir le travail fort apprécié, d’autres jeunes créateurs camerounais.
Formation
Mbonjo Mathy, par exemple, a ébloui le public de Bonanjo, à Douala, par sa collection à mi-chemin entre l’Afrique et le Japon. Ses modèles affriolants et parfois suggestifs, ont permis de juger de la créativité de la jeune styliste. Mbonjo Mathy n’a pas remporté de prix au terme du concours des jeunes créateurs invités à Afric Collection, mais son nom et sa collection ont attisé des convoitises. «J’ai très aimé ses finitions», confie un mannequin qui a arboré une tenue signée Mbonjo Mathy. Le point commun entre Mbonjo Mathy et Charlotte Mbatsogo est que les deux ont suivi une formation «professionnalisante» à l’Ecole supérieure de mode et de design (Esdm) ou à l’Institut Cheikh Anta Diop de Nkolbisson, à Yaoundé.
La formation des stylistes (ceux qui créent et dessinent des modèles) et des modélistes (ceux qui cousent des vêtements sur mesure) passe en effet par des écoles de mode, qui, au Cameroun, sont principalement localisées à Douala et Yaoundé.
Ainsi, à Douala, on retrouve le Jemann Institute, Chrystalix couture et Némale Center. Yaoundé compte l’Ecole supérieure de mode et de design (Esdm), Abdel Aidda, l’institut Deutou. C’est grâce à un apprentissage approfondi à l’Esdm que Nakuin, par exemple, dit avoir allié ses talents de designer et de couturière. Elle dit ainsi être fière de sa polyvalence et de son indépendance. Grâce à ces qualités, elle déjoue en effet le chantage des couturiers, qui, souvent tardent à réaliser des modèles dessinés par le styliste. Par ailleurs, l’un des fleurons de l’institut Cheikh Anta Diop s’appelle Joëlle Choupa. Cette dernière a reçu le premier prix des jeunes créateurs en 2007, lors de la troisième édition d’Afric Collection. Un festival organisé par des particuliers, qui est, d’après des stylistes, une vitrine importante pour les créateurs de mode d’ici et d’ailleurs. «Nous gagnerions beaucoup plus en visibilité si l’Etat s’impliquait davantage à promouvoir la mode, tel en Afrique de l’Ouest. Encore faut-il que les principaux acteurs que nous sommes, constituons de véritables synergies», ponctue Nakuin. La fédération camerounaise de couture et de prêt-à-porter a donc du pain sur la planche.
Monique Ngo Mayag
