C’est la thématique qui a sous-tendu la table ronde organisée par le ministère de la Culture hier à Yaoundé. –
Combien de musiciens camerounais vivent exclusivement de leur art ? Très peu, sans doute dans un environnement culturel où la piraterie ravit la vedette aux artistes. Selon Elise Mballa Meka, présidente du conseil d’administration (Pca) de la Sociladra, il existe deux types d’artistes musiciens au Cameroun : ceux qui s’en sortent et les «autres qui constituent hélas la masse la plus importante de ces artistes».
Ce sont ces «autres» là cependant qui essaient tant bien que mal de nourrir leur famille avec les rémunérations relatives aux droits d’auteurs qu’ils touchent lors des répartitions opérées par les sociétés de gestion collective auxquels ils appartiennent. Même si, à en croire Odile Ngaska, la Pca de la Socam, «le droit d’auteur est un élément significatif de la rémunération de l’artiste musicien au Cameroun». Pourtant, à en croire les panélistes de la table-ronde organisée hier à la Centrale de lecture publique à Yaoundé par le ministère de la Culture (Mincult), l’artiste musicien camerounais peut (doit?) vivre de sa musique.
Mieux, la musique peut être une activité génératrice de revenus. Mais comment ? «La musique est rentable. Le problème, c’est ceux qui capitalisent la rentabilité et ceux là, ce sont les pirates», décrie Ruben Binam, membre du groupe Macase et promoteur du concept «Culture Mboa». Selon ce dernier, s’il y a piraterie, cela veut dire que la musique est hautement rentable. Pour étayer son argumentaire, il s’appuie sur sa structure qui, depuis sa création en 2006, a non seulement générer des emplois et des richesses économiques, mais a, à travers la vente de milliers de Cds originaux, permis de redistribuer plus de 14 millions Fcfa aux artistes et aux labels. Pour Luc Yatchokeu, promoteur du festival «Le Colatier», la musique peut être un véritable levier de développement à travers le spectacle car «le spectacle est un produit qui peut s’exporter come la banane». Seulement, arriver à un tel résultat équivaut à un professionnalisme dans les métiers de la musique. Un avis que partage Elise Mballa Meka.
Professionnalisation
Mais comment professionnaliser le métier quand il n’existe pas de formation diplômante dans notre pays, les quelques offres existantes étant conçues de l’extérieur et ne correspondant pas à nos réalités ? Comment sortir de l’amateurisme avec la faiblesse des budgets alloués au Mincult ? Celle-ci milite pour une véritable industrie de la musique au Cameroun. «La production est le socle d’émergence à la création, qui, elle, est l’essor à une véritable industrie de la musique dans notre pays», dit-elle, interpellant le ministre sur la nécessité de la création d’infrastructures, la reconnaissance du danseur et du musicien comme «agent économique» et non pas seulement comme un «agent ludique». Plus, elle pense qu’il est important de renforcer la loi en matière de protection des œuvres. Ce à quoi réplique Blaise Nkene.
Pout le directeur des arts, des spectacles et des entreprises culturelles au Mincult, le gouvernement a mis en place un cadre juridique et institutionnel pour l’amélioration des conditions de vie des artistes musiciens, avec notamment le compte d’affectation spéciale, la «carte de l’artiste qui donnera un certain nombre d’avantages aux musiciens une fois qu’elle sera promulguée». Bien plus, ajoute Ama Tutu Muna, les textes relatifs au statut de l’artiste ainsi que d’autres projets en cours pour l’amélioration du bien-être des artistes en général et des musiciens en particulier, sont en bonne voie pour être finalisés d’ici la fin de l’année. La table-ronde d’hier rentrait dans le cadre de la célébration de la Fête internationale de la musique. Selon Ama Tutu Muna, le Mincult, a voulu marquer un temps d’arrêt pour réfléchir sur la manière dont la musique peut être un levier de développement et un outil de croissance économique pour notre pays. La thématique de cette année (La musique, activité génératrice de revenus), est le prolongement de celui de l’année dernière (La lutte contre la piraterie au Cameroun, conclut le Mincult.
Patricia Ngo Ngouem
