Home ARCHIVES Livre : Le «nanga boko» et le président

Livre : Le «nanga boko» et le président

by mboasawa
0 comments

Le troisième livre de Guillaume Nana est un appel à la prise en compte des laissés pour compte que sont les enfants de la rue. –

 

Le président de la République depuis sa tour se préoccupe-t-il du sort des enfants de la rue ? Les voit-il ? Les entend-il ? Se soucie-t-il de leur devenir ? Ce sont là autant de questions qui ressortent de la lecture de la dernière livraison littéraire de Guillaume Nana. Un livre de 120 pages qui se lit d’un trait, vu que l’auteur a délibérément choisi un style dépouillé de toute épaisseur langagière pour permettre au lecteur de s’imprégner d’une réalité qu’il côtoie au quotidien, pour ceux qui sont des citadins, et sur laquelle bien souvent il s’appesantit ou s’arrête peu.
Et pour que cela soit plus poignant encore, il a choisi la forme de la correspondance Car ici, c’est l’enfant de la rue qui se décide, après le conseil d’un bienfaiteur, de porter la plume dans sa propre plaie en écrivant au premier citoyen pour non pas lui exposer ses problèmes au demeurant multiples, mais lui raconter simplement son quotidien imbibé de misères de toutes sortes depuis le départ de la maison à l’âge de 15 ans. Bref, tous ces «gosses dont les regards ronds de douleur nous interpellent continuellement, pleins de «comment» et de «pourquoi» désespérément muets» à qui Guillaume Nana rend hommage.

Mais avant de commencer à parcourir ce petit livre, le lecteur est frappé par le titre, un oxymore. «Cri muet» ne renvoie pas à première vue à quelque chose de bien précis. Pire, il s’affiche comme une impossibilité.
Mais à y réfléchir, on se rend compte que c’est la caractéristique de nombre de gosses qui déambulent dans nos rues et ne demandent souvent qu’une oreille ou un cœur dont la seule compassion serait de les comprendre. Un vœu qui dure parfois toute une vie si le «nanga boko», comme on appelle ces enfants de la rue chez nous, ne rencontre pas plutôt un bourreau au détour de ses pérégrinations urbaines.
Le mérite de Guillaume Nana aura donc été, en plus de revenir sur un sujet dont les manifestations vont en s’agrandissant dans les cités africaines, de placer l’enfant de la rue au centre de son projet littéraire.

Où il lui donne une place plus qu’importante, attendrissant au passage nombre d’esprits et, on l’espère, autant de cœurs. Car ces gosses que personne ne veut méritent aussi d’être entendus, méritent considération et prise en compte. C’est là, pensons nous, le vœu secret d’un auteur dont la trajectoire se fait sentir entre les lignes. Ceux qui suivent sa trace dans l’administration savent bien qu’il a été longtemps en poste dans le septentrion d’où il a puisé aussi bien les noms de personnages que de cités. Mettant en lumière au passage une onomastique intéressante pour quelqu’un originaire de l’Ouest du Cameroun. Dans son déroulé, la rue apparaît comme un enfer où seuls les plus rusés parviennent à s’en sortir. En dépeignant ainsi la trajectoire de Patouki, celui-là même qui écrit au président, Guillaume Nana nous renvoie au visage la face hideuse d’une société plus qu’individualiste, en mal de modernité, en perte de confiance en elle-même, et dont les grimaces apparaissent comme un rictus désespérant sur un avenir qui a du mal à se clarifier.

Parfait Tabapsi

You may also like

Leave a Comment

Our Company

Lorem ipsum dolor sit amet, consect etur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis.

Newsletter

Laest News

@2021 – All Right Reserved. Designed and Developed by PenciDesign