Les productions locales cherchent encore leur voie du petit écran national. –
Gérard Désiré Nguele, producteur de documentaires et fictions, raconte avec dépit sa malheureuse expérience avec deux chaînes de télévisions camerounaises, notamment Spectrum Television (Stv) et Cameroon radio television (Crtv). L’une lui aurait proposé 30.000 Fcfa pour diffuser son film et l’autre 150.000Fcfa. Une somme que le réalisateur juge dérisoire, au regard des coûts de production que le film a nécessités. M. Nguele décrit ainsi la relation cahoteuse qui existe entre les réalisateurs et producteurs camerounais et les responsables des chaînes de télévisions locales. Un autre qui a du mal à taire son antipathie envers les chaînes de télévisions camerounaises, est Jean Jacques Etoundi. Le jeune réalisateur serait prêt à s’auto interviewer pour relater le parcours du combattant qu’il effectue depuis cinq ans pour espérer voir son film apparaître sur le petit écran.
«Je me suis rendu à Canal 2 International», dit-il. «Là-bas, la première question qu’on m’a posée était de savoir ce que mon film va rapporter à la chaîne. Une façon pour ces personnes de traduire leur volonté pour que l’œuvre leur soit donnée gratuitement», déclare-t-il, le front ridé. A la Crtv, poursuit M. Etoundi, «il faut être connu pour que l’on accepte même de te recevoir», ironise-t-il. Et le chapelet de réalisateurs mécontents est loin d’être exhaustif. Ces derniers citent avec envie les sitcoms et téléfilms ivoiriens, nigérians, occidentaux, brésiliens, et indiens qui comblent la grille de programmes des chaînes de télévisions. Un choix que Mireille Mumba, responsable de programmes à Stv explique avec entrain. «Primo, les télévisions ont peu de moyens. Nous préférons ainsi acheter une série brésilienne dont les épisodes (environ 200) vont combler notre grille de programmes sur une longue période, à un film tout aussi coûteux, mais dont la diffusion va se faire sur un court terme, sinon deux fois», rajoute-elle.
D’autre part, confie Théodore Kayesse, responsable des programmes à la Ltm tv et critique d’art, «les chaînes de télévisions qui sont d’abord des maisons de diffusion, ont la mission d’informer, former puis distraire. Les nôtres ont déjà du mal à informer à plus forte raison de distraire. Et lorsqu’elles font dans du divertissement, elles empruntent la voie facile, celle de l’humour pince sans rire», décrie-t-il. Une idée que semble partager Mme Mumba. «L’autre problème des réalisateurs camerounais est celui de la qualité de leurs films», dit-elle, faisant allusion aux scénarii, son, image, éclairage qui, constate-t-elle, sont très souvent de qualité douteuse. «Certains sont faits à la va vite. On dirait du théâtre pourtant on parle de film», tranche Mireille Mumba. Jean Jacques Etoundi pense plutôt que «les chaînes de télévision camerounaises n’ont pas encore foi au cinéma camerounais».
Financements
L’on se souvient néanmoins que les sitcoms «Just for fun» et «Retrouvailles bar de Bonendalè» de Vincent Ndoumbè ont fait les beaux jours de la Crtv. C’est donc avec raison que ses jeunes confrères lui ont demandé des conseils en mai dernier, lors du festival «la nuit du court métrage» à Douala. A la question de savoir comment il a réussi à diffuser ses productions sur la Crtv, embarrassé, le réalisateur chevronné (30 ans d’expérience) a simplement répondu qu’il a eu la chance d’être employé de la maison. Sans plus. Pour raviver l’espoir des jeunes cinéastes, notamment réalisateurs, Henry Toukam, chroniqueur culturel, planche sur la solidarité et le professionnalisme. «Au moment où les valeurs humaine s’effritent, le cinéma est le moyen le plus efficace pour les restaurer. Il vous faut surtout travailler en association. Pour ce, prenez attache avec le délégué de la Culture», dit-il, s’adressant à des jeunes réalisateurs.
«Les télévisions dépensent environ 16 millions Fcfa pour les séries brésiliennes. Je pense sincèrement que si l’on travaillait plus sérieusement nos films, on les vendrait facilement. Il faudrait améliorer la qualité des scénarii pour être rentable», rajoute M. Toukam. Mais pour l’heure, remarque Mireille Mumba, les réalisateurs camerounais semblent aimer les productions lourdes et onéreuses. Tout le contraire des Ivoiriens ou des productions d’Afrique de l’Ouest, qui sont moins coûteuses et de bonne qualité. C’est le cas par exemple, du sitcom «Ma famille». Les Nigérians, ainsi que les Indiens, en font également à la pelle et c’est moins coûteux», analyse-t-elle. Toutefois, la «Nuit du court métrage» récente depuis trois ans, une cinquantaine de films camerounais aussi captivants les uns que les autres. Aucun n’est encore diffusé sur les chaînes locales. Même pas les meilleurs. «Nom de code negro», d’Alphonse Ongolo (qui a raflé trois prix en 2009) est visiblement rentré dans les tiroirs après le festival.
Michel Kuaté, promoteur de la « Nuit du Court métrage », déclare néanmoins que la diffusion sur des chaînes locales, de quelques films primés à son festival, est sur la bonne voie. «Des accords attendent d’être finalisés», dit-il. En attendant la diffusion, il faut manifestement assurer la production. A cela, Mireille Mumba propose l’option de la coproduction. Celle-ci suppose qu’une Tv mette à la disposition des producteurs, toute la logistique nécessaire. «Par la suite, ils ont la liberté de vendre le film ailleurs, mais on se partage les bénéfices que la production engendre. Par ailleurs, suggère Mme Mumba, «les producteurs camerounais doivent rechercher des mécènes (sponsors). L’Union européenne (Ue) propose à ce sujet des financements. Il en est de même pour la coopération française et plusieurs autres organisations. Ces associations se méfient néanmoins du Cameroun. Car, ceux à qui on octroie des fonds, préfèrent construire des villas, acheter des voitures etc. Bref, tout sauf, ce pourquoi ils ont bénéficié de ces fonds», déplore-t-elle.
Monique Ngo Mayag
