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Film d’animation : Le dessin ne s’anime pas encore au Cameroun

by mboasawa
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Les professionnels de ce secteur ont profité du lancement officiel du Fescarhy vendredi dernier pour solliciter l’aide du gouvernement. –

 

«Avez-vous déjà une idée de la façon dont le gouvernement entend accompagner les projets des dessinateurs-animateurs camerounais pour qu’ils arrivent à réaliser un dessin animé camerounais?
-(Sourire presqu’embarrassé). Je vous prie de lui (Babeni Léontine, directrice du Fescarhy, ndlr) poser votre question ». C’est la substance de la brève conversation que nous avons eue le vendredi, 30 juillet 2010 dans l’arrière cour de l’Hôtel de ville de Yaoundé, avec Ama Tutu Muna, ministre de la Culture, qui venait d’y lancer officiellement les activités marquant la 12ème édition du Feschary. Aussitôt la ministre partie, la réponse de la directrice du Festival international de la caricature et de l’Humour de Yaoundé (Fescarhy) que Ama Tutu Muna venait de désigner comme fondée de pouvoir du gouvernement pour la circonstance, ne s’est pas faite attendre: «Nous continuons d’attendre l’aide du gouvernement. Les animateurs en ont besoin pour réaliser leurs projets, qui sont en l’occurrence, très intéressants et très originaux». Avant de poursuivre: «A notre niveau, nous faisons ce que nous pouvons. Le thème même de cette 12ème édition du Feschary (Dessin animé et développement de l’enfant) témoigne de notre engagement aux côtés des dessinateurs-animateurs pour sortir leur secteur de l’ornière. Il est impératif que les films d’animation qui sont proposés à nos enfants puissent véhiculer notre culture pour les en imprégner dès leur plus jeune âge».
De fait, et dans le cadre de ce festival, un projet de court métrage a été matérialisé avec les contributions de 11 autres pays africains. Le film raconte les péripéties de la vie d’un jeune Africain, Boyoko, aux prises avec le Sida, le chômage… «Nous avons eu cette idée depuis quelque temps. Mais nous n’arrivions pas à mobiliser les financements nécessaires pour réaliser le projet», explique François Olinga, dessinateur-animateur, co-auteur du court métrage. «Nous avons eu la chance que notre projet retienne l’attention de la Francophonie, qui nous a suggéré d’associer d’autres pays africains», ajoute Emmanuel Eba, l’un de ses collègues.

Les deux dessinateurs-animateurs sont unanimes sur un fait: Lever des fonds à l’intérieur du pays pour réaliser un film d’animation local, relève de la gageure. Emmanuel Eba explique, volubile: «Le film d’animation est beaucoup plus coûteux que les films ordinaires. Car pour faire un dessin animé, il faut, en plus des acteurs qui prêtent leurs voix, avoir des dessinateurs, des coloristes, des paysagistes, des encreurs…, alors que pour un film classique, vous pouvez vous dispenser de certains de ces professionnels». Selon nos interlocuteurs, les dessinateurs camerounais vont de plus en plus à la conquête des fonds sur le plan international, sans beaucoup de succès. «Normal, explique, nerveux, Evariste B., un autre dessinateur-animateur. Quand votre gouvernement ne fait rien pour vous, qui peut le faire?».

«Le problème serait-il résolu si l’Etat consentait à financer la production de vos œuvres?». «Pas sûr, répond Emmanuel Eba. Il y a la question de la formation. A ma connaissance, il n’y a que trois centres de formation à Yaoundé: Le Centre de formation professionnelle de l’Audio visuel d’Ekounou, l’école des Beaux arts Cheik Anta Diop et le Centre de formation aux métiers de l’Audio visuel. Il y en a un autre à Douala, dirigé par les Canadiens. Et aucun dans les autres villes du pays. Encore faut-il avoir assez de moyens pour s’inscrire dans les centres de formation qui existent».
Conséquence, selon lui, l’abondance des signatures de caricaturistes ou de dessinateurs ne traduit pas forcément la vitalité de ces métiers, où pullulent des «débrouillards», au talent certain, mais ignorants des règles élémentaires de la profession. «De toutes les façons, nuance François Olinga, on ne peut pas vraiment évaluer leurs aptitudes, tant qu’on a pas encore lancé le train de la production des films d’animation au Cameroun. Et il en est de même pour les moyens techniques. Je pense pour ma part que le Cameroun dispose de moyens autant humains que logistiques suffisants pour créer une véritable industrie du dessin animé. Ce qui nous manque, c’est la volonté».

Au-delà des questions liées au financement et aux ressources humaines et techniques, il y a celle, commune à tout le cinéma camerounais, de la consommation des productions. Jusqu’ici, producteurs et réalisateurs, n’ont eu de cesse de dénoncer un environnement globalement dissuasif: Absence de salles de cinéma, baisse du pouvoir d’achat…en plus du fait que, les télévisions nationales proposent souvent des prix d’achat de ces films très en deçà des coûts de production. «Le film d’animation n’échappe pas à ce cercle vicieux. Loin s’en faut. Dans un tel contexte, s’y aventurer est raisonnablement inenvisageable», commente Emmanuel Eba. «Il faut cesser de croire que les télévisions nationales peuvent amortir les frais de production. Il faut élargir la chaîne de distribution. Il faut faire de bons produits qui peuvent s’imposer sur le plan international. Je pense par ailleurs que même au plan local, la demande est réelle. La preuve c’est que nos chaînes nationales achètent des dessins animés réalisés à l’extérieur», lui répond François Olinga.

Dans sa livraison du 25 au 31 juillet 2010, l’hebdomadaire Jeune Afrique annonçait que Michel Ocelot, le réalisateur de «Kirikou», un film animé qui a connu beaucoup de succès sur le continent, et même au-delà, est en train de préparer le troisième épisode de la saga kirikouesque. Nul doute que ces télévisions auront une attention toute particulière pour ce troisième épisode que l’on annonce en version 3D. Seulement, Michel Ocelot dispose d’un budget de 6 millions d’Euros, soit 3,9 milliards de Fcfa pour réaliser cette troisième sortie. Quel réalisateur camerounais peut revendiquer une telle aisance financière?
Le 30 juillet dernier, Ama tutu Muna avait promis à un styliste, qui partage non seulement le même stand d’exposition mais aussi la même table que Emmanuel Eba (et son personnage Boyoko) une aide substantielle de l’Etat, dans le cadre de l’enrichissement de la «Boutique du musée national» dont elle annonce la fin des travaux pour septembre 2010. Sur le projet des dessinateurs-animateurs que la directrice du Fescarhy venait de lui présenter longuement, pas un mot. Tout au plus, un sourire franc. Même si ce n’était pas dans l’intention du ministre, il y a de quoi faire des envieux. Au moins.

Serge D. Bontsebe

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